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De Jean-Baptiste Drouet au Maréchal d’Erlon, un étonnant destin

Général de Division à 38 ans, décoré de la Légion d’Honneur par Napoléon, condamné à mort par Louis XVIII, nommé gouverneur d’Algérie, Jean-Baptiste Drouet a bien gagné son titre de maréchal d’Erlon.

(Photo AM 2021)

Entourée de huit grosses bornes en fonte, la stèle est imposante au coeur du cimetière du Nord. Mais le petit buste réalisé par Théodore Champion hier maculé de vert de gris qui surmontait une colonne a disparu depuis le début des années 2000.

Le petit buste a disparu et n’a jamais été remplacé. Pourquoi ne pas en refaire un simultanément à la réhabilitation de la statue du Maréchal lancée par souscription? (Photo AM 2021)
La tombe du maréchal telle qu’on pouvait la voir en août 1998. Elle fut vandalisée en 2006. Le buste en bronze volé (photo AM 1998)

Le monument n’est pas tout à fait la dernière demeure du maréchal Drouet d’Erlon. En fait, il repose sous une pierre plus sobre quelques mètres derrière, dans un cercueil de sapin, de plomb et de chêne, sabre à la main, un bâton de maréchal et sa famille à ses côtés.Jean-Baptiste Drouet, fils de charpentier, né à Reims le 29 juillet 1765 et décédé à Paris le 25 janvier 1844, ne fut enterré au cimetière du Nord que quelques mois plus tard. Non sans quelques polémiques

Le comte Droet d’Erlon d’après une huile d’Ary Scheffer

Pas facile de résumer le destin exceptionnel de cet homme simple à la fois acteur et prisonnier d’une période historique folle, folle, folle. Un Rémois qui a tout de même le privilège d’avoir son nom sur l’Arc de triomphe de l’Etoile à Paris et son portrait en pied peint par Philippe Larrivière dans la galerie des maréchaux du château de Versailles.

Engagé à 17 ans

L’armée du « Beaujolais » dans laquelle il s’était engagé à l’âge de 17 ans l’avait pourtant congédié cinq ans plus tard. Qu’à cela ne tienne, Jean-Baptiste Drouet se sent l’âme militaire. Il resigne en 1792 et entre un an plus tard au très populaire bataillon de chasseurs de Reims.

Le temps de se marier, et le voilà parti sur tous les champs de bataille pour servir Napoléon. Vite remarqué par sa bravoure sous les ordres de Hoche, il brille à la bataille d’Austerlitz; oblige Blücker à capituler à Iéna; avec 800 hommes il s’empare de l’île de Holm contre les Russes et tourne les canons ennemis contre la place assiégée. Il reçoit deux balles dans le pied à Friedland. Mais il subit aussi des revers et certains lui reprocheront d’être arrivé en retard pour éviter la prise de Badajoz par les Anglais; son flottement entre deux champs de bataille à Waterloo, à la suite, semble t-il d’ordres contradictoires. Le maréchal Soult lui en voudra aussi beaucoup de ne pas être arrivé avant à Pampelune.

Militaire, Jean-Baptiste Drouet est fier de devenir général de Division à l’âge de 38 ans. Fier quand Napoléon lui remet en personne la Légion d’honneur. Il aurait voulu devenir maréchal, il ne sera que comte. Comte d’Erlon, un petit village de l’Aisne, près de Marle où on lui donne un château, un moulin et une ferme de 174 hectares.

Brasseur à Munich

Napoléon essuie des revers contre l’Alliance. Il est envoyé à l’île d’Elbe. Drouet d’Erlon, lui, lui reste fidèle.Il préside le conseil de guerre qui acquitte le général Exelmans. Arrêté le 13 mars 1815 est accusé d’avoir trempé dans un complot, le Rémois est libéré quand l’empereur débarque à Golf Juan. Il est même nommé pair de France durant les 100 jours.

Mais pour avoir milité ensuite contre Louis XVIII en faveur du Duc d’Orléans, il est mis en disgrâce. Poursuivi, condamné à mort par contumace, via Genève, le Rémois s’installe à Munich où il dirigera la brasserie « Hasesohn ».

D’Erlon, dit « le baron Schmidt », finalement administré par Charles X, ne revient en France que sous Louis-Philippe. Et encore, il est assigné à résidence. Pas pour longtemps.

En 1830 Drouet-d’Erlon reçoit le commandement de la 12e Division militaire. Il se fait remarquer à Reims où son frère crée la loge maçonnique « La Sincérité ».

Homme de gauche, il soutient les Juilletistes qui ont enlevé la croix de la mission plantée près du cimetière du Nord, « les Juilletistes, ces victimes de vexation de la part des Jésuites, au funeste parti des prêtres et de ceux qui sous Charles X, portait la crosse… »

L’homme est apprécié. En 1831, on l’envoie mater une révolte de Vendéens. En 1834, il est nommé gouverneur en Algérie où il obtient tous les pouvoirs civils et militaires. Homme de dialogue, il croit pouvoir « apprivoiser les Arabes! ». C’était compter sans le brillant Ab-el-Kader.

La fin du comte promu maréchal en 1843, est des plus tristes. Veuf depuis 1828, il meurt dans la solitude et la misère le 25 janvier 1844 en refusant les derniers sacrements. De quoi inspirer le poète Gonzalle: « Après avoir bravé la mort en cent batailles, ce qu’il laisse, en mourant, (excepté son grand nom), ne peut hélas payer les funérailles. Ah! Tant de probité fait rougir plus d’un front. »

(Article publié en août 1998). Réalisé d’après plusieurs sources dont l’ouvrage de Pierre Germain consacré à Drouet d’Erlon

Obsèques en présence de l’archevêque et …des francs-maçons avec leurs insignes

Personnage adulé par les uns, détesté par les autres, Drouet-d’Erlon eut finalement droit à deux cérémonies d’obsèques.

La première le 29 janvier 1844 à la chapelle Saint-Louis des Invalides à Paris et la seconde le 3 avril 1844 à Reims, le conseil municipal ayant décidé d’accorder une concession gratuite au cimetière du Nord à ce Rémois.

La cérémonie fut grandiose à la cathédrale. Tiré par quatre chevaux caparaçonnés, le char funéraire apparaît sous le soleil. Dans l’édifice, le cercueil de Drouet est posé sur « un catafalque surmonté d’un baldaquin avec des draperies tombantes en velours doublé d’hermine de plus de 25 m de hauteur et pesant près de cinq tonnes. »

Ambiance assurée avec des lampadaires aux lumières bleuâtres, 4 000 mètres carré de tenture, une musique italienne de Jomelli (XVIIIe). Deux escadrons, des dizaines d’officiers, une centaine de sous-officiers, près de 600 militaires sont là. Coups de canon: des salves d’honneur sont tirées par l’Artillerie de la Garde Nationale de Fismes, Saint-Thierry, Cormicy, Hermonville. Mgr Gousset est là . A proximité, des francs maçons revêtus de leurs habits.

Drouet est inhumé au cimetière du Nord: « Jean-Baptiste Drouet, comte, pair et maréchal de France, Gouverneur d’Algérie, redoutable dans la guerre, décoré de la plus grande dignité dans l’ordre royal de la Légion d’honneur et d’un grand nombre d’ordres étrangers, oublieux de son intérêt particulier, il vécut et mourut pauvre. Par une loi rendue, sa patrie a payé des funérailles et doté sa fille. Courageux, valeureux, bon exécutant, pas stratège de haut rang. 49 ans et 15 jours de campagne. »

La statue est inaugurée Place de la Couture en 1850 et déménagée en 1903

Le 28 octobre 1849, sur fond de polémique et à la suite d’une souscription, une statue de bronze réalisée par le sculpteur Louis Brochet est inaugurée Place de la Couture (baptisée Place d’Erlon le 4 mai 1850.) Se défiant de la population rémoise le prince Louis Napoléon Bonaparte se défile pour l’inauguration. Tandis que le général Exelmans inaugurait la statue 100 coups de canon furent tirés depuis le Boulingrin.

Royalistes et catholiques poussent des cris d’orfraie. Lacatte écrit: « c’est une honte ». Le chanoine Hubert André Pothé en rajoute une couche:

« Ci-git un infidèle, un perfide à son roi

C’est le traître Drouet qui eut ni foi, ni loi

En celà de son père, il a suivi la trace

Car il fut jacobin de pure et forte race. »

On rapporte que le 13 novembre 1879 un amant éconduit tira sur sa maîtresse et son Jules. Une balle ricocha sur le socle de la statue!

« Obstacle à la circulation » (tramway, voitures ) la statue sera déplacée vers la butte Saint-Nicaise en 1903 sous la municipalité Charles Arnoud.

L’équipage tiré par des chevaux, trop lourd, n’arriva pas à la butte Saint Nicaise et s’écroula à l’angle du Bd Henri Vasnier/ Bd Victor Hugo, là où il est aujourd’hui.

Alain MOYAT

La souscription fonctionne bien, mais il est encore possible d’apporter son obole. (photo AM 2021)

Une souscription est actuellement ouverte pour redonner un peu de lustre à la statue de Drouet. (lire par ailleurs) https://reimscimetieredunord.fr/2021/02/12/une-souscription-pour-restaurer-la-statue-du-marechal-drouet-derlon/