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Communauté protestante: de la clandestinité à une difficile reconnaissance

Plaque déposée en mai 1989

En créant des industries textiles, des maisons de champagne, ils ont contribué au développement de Reims. Pourtant, les protestants ont eu bien du mal à s’implanter et même à être inhumés en ville.
Dans une France où, durant longtemps, le catholicisme fut religion d’État, les protestants ont toujours rencontré bien des difficultés à s’insérer. Ce qui était vrai pour les vivants l’était aussi pour les morts. Longtemps considérés comme  » hérétiques », ils avaient droit à aussi peu d’égard que les comédiens ou les prostituées, enterrés à la sauvette, souvent de nuit.

Les protestants rémois ont connu tous ces tourments. En 1598, ils ne bénéficièrent même pas des effets de l’Edit de Nantes. Un article secret (IX) instauré comme à Rocroi et à Fismes à l’initiative du clergé « pour préserver la ville du venin de l’hérésie », leur excluait la possibilité d’établir un culte réformé.
Bilan: en 1780, les protestants rémois (fort peu nombreux) n’avaient pas de lieu d’inhumation correct.
Le 5 juin par exemple , Paul Carcenac, négociant en laine et drap, décédé à53 ans, fut enterré à minuit à proximité du jardin de l’Arquebuse.
Il fallut attendre 1787 et un « édit de tolérance » qui reconnaissait un état-civil aux non catholiques pour améliorer les choses.
En 1789, les protestants (4 familles répertoriées à Reims)ont leur propre cimetière hors des remparts,à l’angle de la rue Sainte Marguerite (Eugène Desteuque)et Boulevard Cérès (de la Paix) sur l’actuel emplacement des « Reflets ».

Une précision de François Xavier Guédet-Guépratte

« A la fin des années 1980, la maison située au 4, boulevard de la Paix a été démolie pour la construction de l’immeuble « Les Reflets ». En creusant au niveau de la salle à manger à droite, en entrant, le cadavre d’une femme blonde en bon état de conservation a été découvert. Les anciens propriétaires depuis 1920 ont nié toute implication. Une enquête a été ouverte, il s’est avéré que cet endroit était l’emplacement de l’ancien cimetière protestant de Reims.

Même si les conditions de décès de cette femme blonde n’ont pu être élucidées, cette mort était suffisamment lointaine pour qu’il y ait prescription. Aucune identification précise n’a pu être faite. Finalement, les restes ont été confiés au Pasteur du Temple du boulevard Lundy pour inhumation. Déjà, au début des années 1950 des ossements dans la chaux avaient été découverts u moment de la construction du garage au bout du jardin. A l’époque l’entrepreneur s’était contenté de creuser un trou pour les y enfuir!

Par ailleurs il y a sans doute eu une renumérotation du Boulevard de la Paix, le cimetière se trouvait avant la rue Eugène Desteuque, au numéro 4. »

Chapelles à deux portes

Comme pour les israélites, un emplacement caché par une palissade avait été prévu pour les protestants au moment de l’ouverture du Cimetière du Nord. Mais avec une entrée particulière. Pas question de pénétrer par le portail d’honneur exclusivement réservé aux catholiques. Le problème se compliquait quand une famille comptait parmi ses membres des catholiques et des protestants.

Chapelle Roederer

A tel point qu’on peut encore constater que le caveau Piper-Heidsieck et la chapelle Roederer ont une porte de chaque côté: pour les catholiques canton 18; pour les protestants canton 25…
Mais avec à l’intérieur un seul et même caveau par famille!
En 1833, lors de l’agrandissement du cimetière, selon le principe d’égalité, les portes d’entrée pour les protestants et israélites sont murées. « Les convois de tous les cultes passeront par la porte d’honneur ».
Tout le monde n’est pas d’accord et un scandale a lieu lors du premier enterrement protestant qui suivit (Lire par ailleurs)

Les grandes familles

Tombe Heidsieck-Henriot

Dans le carré protestant, une plaque inaugurée en mai 1989 rappelle qu’ici ont été rassemblés les restes des défunts ensevelis au cimetière protestant situé 6, Boulevard de la Paix, en application de l’Edit de tolérance. »
En fait, en décembre 1852 et 1853, les familles aisées protestantes avaient transféré les restes de leur défunts dans des concessions du cimetière du Nord encore présentes (familles Carcénac, Roy, Heidsieck, Sharffenstein, Walbaum, Roederer etc.

Le 27 décembre 1852 lors de l’exhumation du corps d’Anne Françoise Carcenac veuve Sharffenstein, les fossoyeurs eurent une mauvaise surprise: ils n’ont pas trouvé son corps!

Tombe en granit noir de Suède d’ Hugues Krafft (1853-1935)

A découvrir aussi au cimetière du Nord la tombe en granit noir de Suède sous laquelle repose Hugues Krafft (1853-1935), propriétaire de l’hôtel le Vergeur, fondateur de la Société des Amis du Vieux Reims.

Tombe d’Isaac Holden

Comme le rappelait aussi Jean-Yves Sureau dans le N°3 de « Regards sur notre patrimoine » (1), les monuments (l’un en marbre de Carrare et un autre sur lequel était posé avant d’être enlevé par crainte de vol un buste en bronze d’Isaac Holden et qui ont été élevés aux tisseurs anglais de Bradford, bienfaiteurs de la communauté protestante et de la ville de Reims, sont vides de tout corps.


A remarquer enfin une tombe de granit grise rappelant la mémoire de Jean Lauga : »missionnaire au pays des Bassouttou (Afrique du Sud, 1811- Basses Pyrénées- 1877 Reims ». Sous son épitaphe: « l’éternel j’attendais ton salut, on appréciera celle inscrite en souvenir de Franck Henri Lauga, pasteur de l’église réformée né à Carmel (Afrique du Sud) en 1847, « parti pour l’activité d’en haut! » en janvier 1904: « Vous savez où je vais et vous en savez le chemin. Saint-Jean. « 
(1)Isaac Holden avait fait édifier en 1877 sur des plans de l’architecte rémois Alphonse Gosset le « temple Weislïan » à l’angle de la rue des Moissons et de la rue Houzeau-Muiron dans les dépendances de son usine de peignage de laine.

Alain MOYAT

(Article écrit en août 1998. Ajout en 2021)

Sources diverses dont plusieurs écrits du Rémois Paul Grosjeanne.

4 mai 1833: Scandale au cimetière


Tous les Rémois n’ont pas vu d’un bon œil la suppression de la porte réservée aux protestants. C’est ainsi que le premier enterrement d’un protestant survenu le 4 mai 1853 à 17 heures s’est plutôt mal passé.
Alors que le convoi funèbre s’apprêtait à entrer par la porte d’honneur transportant le corps de Mme Estienne Droinet, née Jonas, une citoyenne britannique née à Heuley en janvier 1804 et décédée le 3 mai 1833 rue du Levant, un adjoint au maire de Reims s’y est fermement opposé. Il considérait encore, comme beaucoup de Rémois, que « cette sépulture hérétique allait sans doute profaner un cimetière destiné aux catholiques ».
Le cortège funèbre fut obligé de passer par une brèche ouverte dans un mur du cimetière!
ce qui avait été vécu par certains comme une provocation pourrait peut-être trouver deux explications:
le mari de Mme Broient avait été connu pour son anticléricalisme,
– le propriétaire de l’ancien cimetière protestant avait refusé de vendre la parcelle à la ville qui voulait en faire… un marché aux bestiaux.

A.M

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