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La chapelle à l’originale charpente détruite en 1914 finalement restaurée

Grâce à de généreux donateurs, la chapelle du cimetière a pu être édifiée. Avec une charpente originale construite selon la technique Philibert Delorme. Meurtrie à la guerre 14 elle fut reconstruite.

C’est dans cette chapelle que des gardiens se seraient partagés aux dés les habits de Gonsse de Rougeville, le chevalier à l’oeillet fusillé en 1814

Le corps de l’énigmatique Chevalier de Maison Rouge immortalisé par l’écrivain picard Alexandre Damas et fusillé dans le cimetière du Nord y a été déposé en 1814. Le corps de deux prêtres y sont également enterrés. La chapelle du cimetière du Nord placée sous l’invocation de Sainte-Croix, trop rarement ouverte et cachée par les ifs, mérite le détour.
Construite grâce à un reliquat de la souscription lancée pour faire le cimetière auquel les 1778 adhérents de la Société Libre Emulation ont rajouté un beau complément, la chapelle décidée en août 1787 a été bénie sous l’invocation de Sainte croix le vendredi 7 août 1789 par le chanoine Bergeat, dernier vicaire du Chapitre et premier conservateur du musée de Reims. En pleine Révolution.

Son coup a été estimé à 3.600 livres.

D’inspiration italienne

Le bâtiment éclairé par un oculus possédait avant 1914 une coupole de 7, 75 m

C’est en s’inspirant dit-on du péristyle d’un monument de Poestum (Italie)que l’architecte de la ville de Reims Nicolas Serrurier a réalisé les plans de la petite chapelle aux murs épais, devancée par un péristyle large de 4,80m pour 2, 15m de profondeur et soutenue par quatre colonnes doriques de 3,15m de hauteur, sans base, mais surmonté par un petit fronton triangulaire.
Critiqué par certains le bâtiment est toutefois remarquable. Non pas par son bénitier de marbre en forme de coquille, ni par sa décoration qui est insignifiante: sur les murs badigeonnés de jaune une peinture imitait des joints de pierre de taille, de la peinture noire et argent encore pour imiter le marbre ou simuler des draperies funéraires. Le petit autel posé sur du marbre noir avait la forme d’un tombeau. Le sol du sanctuaire toujours carrelé de damiers noirs et blancs était autrefois fermé par une barrière de bois à pans coupés.
Le bâtiment éclairé par un oculus possédait avant 1914 une coupole de 7, 75 m de diamètre dont la charpente avait été construite selon la technique de Philibert Delorme. Sans rentrer dans les détails, on retiendra que cet homme génial, afin de faire face à une pénurie de bois en 1581, avait remplacé les grandes et grosses pièces de bois habituellement utilisées pour faire des charpentes par des pièces courbes formées de nombreux morceaux de bois de faible épaisseur et de petite dimension. « Des pièces moisées à l’aide de chevilles de bois en chevauchant les joints. Les cerces étant reliées par des liens tenus par des clavettes. «  La technique avait été remise au goût du jour par Legrand et Molinas.
Le toit de la chapelle était recouvert d’ardoises, l’intérieur recouvert d’un enduit plâtré sur lattes.
Chaque année le 8 juillet une messe était dite pour les fidèles inhumés dans cette chapelle. A partir de 1789, des messes de requiem étaient dites en la chapelle le jour et le lendemain de la Toussaint. Le vicaire de la cathédrale y célébrait une messe basse le dimanche matin.
En 1819, André Nicolas Savart, curé de Saint-Pierre-Le-Viel, curé de Notre-Dame y est enterré. Détruite durant la guerre de 1914-1918, la chapelle fut restaurée en 1922 à l’identique « avec le dôme monté en deux parties au sol et sa charpente restituée dans la silhouette et la technique d’origine ».
La technique Delorme inspira d’ailleurs l’architecte Henri Deneux qui eut l’idée pour réaliser l’église Saint-Jacques et les bas-côtés de la cathédrale Notre-Dame de remplacer les petites pièces de bois assemblées par clavettes par un assemblage de planche en ciment de section uniforme de 20 centimètres sur 4. (1)

Des inscriptions sur le mur de la chapelle

Plusieurs inscriptions sur le mur de la chapelle Sainte-Croix:

« A 30 pieds d’ici repose le corps de sainte Catherine Muzart, supérieure de la communauté de l’hôpital de Sainte-Marcould décédée le 9 janvier 1813, dans la 96e année de son âge ayant passé 77 ans au service dudit hôpital .Ses filles en pleurs ont fait posé cette épitaphe à la mémoire de leur mère et leur modèle. « Resquiat in pace. »
-A la mémoire de M.Pierre Didier Pierrard grand chantre de l’église métropolitaine de Reims et membre du conseil de la fabrique décédé le 16 juin 1883 dans sa 71 e année.
-Ci-gît Marie Elisabeth Vouet veuve de M.Muiron, négociant âge de 89 ans décédée le 26 janvier 1802. Priez Dieu pour le repos de son âme .
-Ci-gît BEV Mailfait prêtre chanoine titulaire et ancien curé de la paroisse Sainte-Maurice décédé le 20 mars 1832 dans sa 64 e année. « De profundis. »
-Ci-gît Jacques Nicolas Delaunnois, prêtre, chanoine honoraire de l’église métropolitaine de Rheims ancien chapelain de l’hôpital Saint-Marcoult décédé le 26 janvier 1830 âgé de 80 ans.

(1)Des fragments de la charpente dite à la Philibert Delorme seraient conservés par les Monuments historiques. (Mais Dieu sait où…)

Alain MOYAT

(Article écrit en 1998. Rajouts en 2021)