émotion: Le mystère de la pleureuse…

photo AM 1998
Une sculpture réalisée par Théodore Rivière (photo A.M. 2021)

Pour l’éternité elle demeure assise sur son banc de pierre . immobile pleureuse, superbe dans son doigté de bronze, « orante prostrée de chagrin » immortalisé par le sculpteur Théodore Rivière, Aimée marie Noelly Tortrat pleure deux être chers disparus à un an d’intervalle . Il s’agit de son fils pierre Cadot né le 3 août 1872 et enlevé à l’affection des siens le 28 janvier 1885 à l’âge de 12 ans et de son mari, Pierre, marchand tailleur rue de l’étape né le 16 juin 1845 et décédé le 15 septembre 1886 , à 41 ans. Une couronne de pavot en pierre témoigne aussi de l’amour de Nelly pour son époux disparu.

La veuve pleure son mari et son fils disparus
Les deux médaillons de bronze réalisés par Auguste Coutin ont disparu

Le monument caveau double de douze place qui accueille la familleCadot-Tortrat et Cadot-Chalanel mis en place en août 1906 par le décorateur Ernest Kalas est fort émouvant.

Ne reste plus qu’un médaillon

Les deux êtres chers sont tout proches. Leur visage est représenté dans deux médaillons de bronze réalisés par Auguste Coutin. Ils désignent les deux anges en devenir, de mosaïque stylisés, les pieds léchés par le feu de l’éternel souvenir,  » le feu conservatoire d’un purgatoire qui propulse semble t-il ces deux amours vers le paradis ».
Une rumeur rapporte que le fils et le père seraient morts, des suites de blessures occasionnées lors de l’incendie d’un grand magasin. A ce jour, personne n’a pu confirmer ces dires. Aucun grand incendie célèbre, à notre connaissance, n’a été enregistré durant la période considérée (on ne retrouve trace que d’un incendie en 1880 dans les grands magasinsdu printemps à Paris, le fameux incendie du bazar de la charité qui a fait 400 blessés et 129 morts dont la duchesse d’Alençon étant postérieur (1897). Une information à confirmer.

Kalas : médaille d’or

Formé à l’étude de l’architecte Alphonse Gosset, Ernest Kalas à qui l’on doit le monument fut à 19 ans dessinateur à Paris chez Brunel, architecte de la préfecture de Paris. A l’école des Beaux-Arts en 1882 il fréquente des ateliers de peintres décorateurs ou il peaufine sa vocation . C’est en 1885 qu’il entre comme dessinateur chez Armand Jacques Bègues. On lui doit notamment la reconstruction de l’église de Sillery, d’Aubenton (Aisne), de Maubert-Fontaine (Ardennes), le pavillon de la champagne à l’exposition 1900 qui lui doit une médaille d’or mais aussi les superbes mosaïques qui racontent le travail du vin de champagne sur la façade des celliers Mumm, près de l’hôtel de ville (1889).

(Article réalisé en août 1998. Photo 1998 et 2021))

Alain MOYAT

Aux fondateurs de la de la communauté israélite

Si les communautés israélites d’Epernay ou de Châlons-en-Champagne ont leur cimetière spécifique, ce n’est pas le cas à Reims. Au cimetière du Nord, un carré leur a été toutefois réservé depuis 1787.

Ni fleurs, ni couronnes sur les tombes.

Prévu sur les plans dès l’ouverture du cimetière du Nord en 1787, mais jusqu’en 1883 (1), accessible seulement comme pour la communauté protestante par une entrée spécifique – l’entrée de la porte d’honneur était réservée aux catholiques!- le carré israélite a subi pas mal de modifications.
A l’époque au fond du cimetière, entouré de barrières en bois vétustes, il a été réaménagé au milieu des années 1970. Des petites allées en cailloux viennent aussi tout dernièrement de l’embellir.

De plus en ans les années 1970, à la suite de la reprise de plusieurs concessions israélites, les ossements exhumés ont été placés sous une stèle baptisée: « Aux fondateurs de la communauté israélite de Reims » (photo AM 2021)


Henri Ejnès, durant de nombreuses années responsable de l’association culturelle israélite de Reims nous a livré d’intéressantes informations.
Plus de cimetière spécifiqueRegroupés au début du XIIe siècle dans d la rue des Gieu (juifs), expulsés en 1306, puis regroupés vers 1355 dans la rue des Elus, les juifs résidant à Reims possédaient à l’époque un cimetière spécifique entre l’actuelle rue de Châlons et la rue de Cernay. Il a disparu.
Et depuis, contrairement à ceux d’Epernay ou de Châlons-en-Champagne, les juifs de la communauté israélite de Reims, officiellement née en 1875; n’ont jamais pu obtenir leur propre cimetière.
« Dans les années 1850-1870, certains avaient fait le forcing auprès du maire Edouard Werlé. Sans succès. Celui-ci aurait répondu: « Pourquoi être enterrés à part? Vous vivez parmi nous, vous mourez parmi nous, vous pouvez être enterrés avec nous. Vous êtes des citoyens comme les autres. »

C’est ainsi que, dans certains cimetières, on peut voir des tombes portant la croix de David, à côté de sépultures catholiques.
« Un problème s’est posé en 1975-1980 avec de nombreuses concessions qui ne pouvaient pas être renouvelées. La mairie nous a appelé pour savoir ce que l’on faisait des ossements exhumés. La communauté s’est réunie. On a décidé d’acheter un espace et tous les ossements ont été regroupés sous une stèle sur laquelle on peut lire: « Aux membres fondateurs de la communauté israélite ».
Deux plaques ont aussi été placées devant le monument: « A la mémoire de Mme Aron Wiener, 1899-1942, victime de la barbarie nazie, morte en déportation ».
Sur l’autre: « A la mémoire de Salomon Baumann et Marcelle, son épouse décédée à Auschwitz en 1943. » Finalement devant la synagogueAu lendemain de la Seconde guerre mondiale, au cours de laquelle leur communauté a payé un lourd tribut dans les camps de concentration, les juifs de Reims ont décidé d’édifier un monument « à la mémoire des leurs assassinés, victimes de la Shoah. »
« Quand nous avons décidé de faire un monument pour les 224 déportés de Reims, nous avons pensé à la construire au Cimetière du Nord » explique Henri Enjès. « Finalement, il s’est avéré plus pratique de l’édifier à proximité de la synagogue. »
Inauguré le 23 octobre 1949, ce monument « aux combattants, résistants, déportés victimes de la barbarie nazie », est encadrée par deux vasques dans lesquelles ont été mises de la terre et des cendres d’Auschwitz rapportées par un lieutenant juif américain.
A noter enfin, d’après M.Enjès que Reims serait la seule ville où, sur le monument de la Résistance, esplanade du colonel Bouchez, figure une plaque avec à côté le nom des déportés juifs.
(1) A partir de cette date, nouvelles acquisitions de terre pour le Cimetière du Nord. On mure la porte qui conduisait aux tombes israélites et protestantes et ne subsiste plus que le portail d’honneur selon le principe: « Après la mort, l’égalité commence. »

(Article écrit le août 1998)

Alain MOYAT

L’Abbé Eugène Miroy :Le Martyre du curé patriote de Cuchery

L’abbé Eugène Miroy, un gisant à admirer absolument au cimetière. Afin que l’original en bronze ne soit pas volé, une copie le remplace aujourd’hui

Fruit d’une souscription publique, réalisée parle célèbre artiste rémois Saint-Marceaux, le monument de l’abbé Eugène Miroy, émouvant gisant, rend hommage à un martyr.

Le 12 février 1871: fusillé par huit soldats prussiens d’un peloton de la landwer, l’abbé patriote Eugène Miroy,
reconnu « coupable de crime de trahison «  et condamné à mort après un simulacre de procès en l’hôtel de ville de Reims, s’écroule sous les balles assassines.(1)
S’éteignent avec lui les dernières notes d’un « Salve Regina ».Le mouchoir blanc qu’il a accepté de placer sur ses yeux pour éviter toute « ostentation » a glissé. Le corps recroquevillé, le visage serein, immobile pour l’éternité dans sa soutane aux nombreux plis devenue son premier linceul l’abbé est allongé au pied du mur d’enceinte du cimetière du Nord, côté rue Jules-César là où une plaque posée en 1896 et aujourd’hui restaurée rappelle l’événement arrivé durant l’Armistice qui précéda la paix. Avec un remarquable talent, le sculpteur rémois René de Saint-Marceaux a parfaitement su immortaliser le martyre de l’abbé de Crugny dans un magnifique gisant de bronze, œuvre incontournable, et même emblématique du cimetière du Nord. La première commande publique (1872), la première sculpture funéraire d’un artiste qui en a réalisé bien d’autres dont certaines sont visibles au Petit père Lachaise.

Un abbé patriote

Portrait de l’abbé posé (en 1998)sur le sol de la sacristie de l’église de Crugny

L’autel sous lequel des fusils auraient été cachés

Natif de Mouzon (Ardennes où il a vu le jour le 24 novembre 1828, Eugène Miroy, jeune prêtre, officiait en 1870 dans la commune de rémois. Cuchery, 468 habitants (canton de Châtillon-sur- Marne), annexe de la paroisse de Belval. Outre son ministère, il usait son énergie à soigner les gens atteints de la petite vérole. Mais « vif, ardent,
franc et loyal »,
l’abbé « pourvu d’idées larges et libérales », n’était, paraît-il pas en odeur de sainteté auprès des autres ecclésiastiques (1) . Il avait tout simplement envie de servir Dieu et sa patrie. C’est pourquoi, après le désastre de 1870, face à la menace prussienne, l’abbé patriote n’hésita pas à choisir son camp. Il aurait proposé à cinq pompiers du village qui voulaient déposer des fusils à mousquetons dans un champ de les cacher sous l’autel de l’église.

Une personne bien intentionnée lui adresse aussitôt une lettre pour lui dire qu’il détient illégalement des armes.
Les prussiens approchent. « Nous devons secourir la France, la venger, mourir pour elle s’il le faut car mourir ainsi, c’est commencer à revivre éternellement », n’hésite pas à dire l’abbé en homélie. Il avoue qu’il se sent aussi menacé par des démons qu’il désigne sans les citer : le premier « espèce de mouchard au petit furet », le second « qui porte une écharpe à se ceinture et n’en serait pas digne. »Tous les paroissiens ont reconnu le maire Sibeaux et le garde-champêtre Chevry.

Des mains anonymes glissent régulièrement des fleurs dans la main gauche du martyr de Cuchery.

Le 12 février 1871: fusillé par huit soldats prussiens d’un peloton de la landwer, l’abbé patriote Eugène Miroy,
reconnu « coupable de crime de trahison  » et condamné à mort après un simulacre de procès en l’hôtel de ville de Reims, s’écroule sous les balles assassines.

Secret de confessionnal ?

Les Prussiens sont à Belval. Au lieu dit « les Balais » ils essuient quelques coups de feu . Des francs-tireurs paraît-il… La commune est menacée de représailles.
L’abbé Miroy, fait prisonnier de guerre est placé en état d’arrestation : il aurait caché des fusils dans son jardin. Lié, garrotté il est escorté par trente Uhlans à cheval. Ruisselant de pluie et de sueur il doit aller à pied à Reims. A la ferme de Charmoise on l’accuse d’être déjà violent, d’avoir l’âme et d’être le chef des francs-tireurs. L’abbé avoue avoir distribué 30 fusils sans munitions. Pour la chasse.
L’abbé est condamné à la peine de mort. « Il n’aura ni défaillance, ni larme, ni récrimination. » Il est exécuté. Certains ont dit qu’il aurait été dénoncé par une personne qui lui aurait confié un lourd secret en confession. Une façon de mettre un masque légal sur un assassinat en quelque sorte. On ne saura jamais.
Le cadavre de l’abbé placé dans un cercueil fut jeté à la fosse commune. Un cadenas a fermé l’église de Cuchery, jusqu’à « expiation ».
Un peu plus tard l’abbé est exhumé. Une balle avait transpercé son bandeau. Une souscription est lancée. Bien que pétri de rhumatisme articulaire, de Saint-Marceaux réalise ce sublime gisant.
L’œuvre médaillée lors d’un salon n’est pourtant visible qu’en cachette car Thiers n’a pas osé la faire exposer : « Car empreinte d’un patrimoine trop ardent « . Elle est finalement inaugurée en 1873 au cimetière du Nord. Durant la guerre 14-18 , œuvre en bronze fut soustraite à la vue des Allemands, remise en place en août 1922 puis à nouveau déposée le 28 septembre 1940.

Depuis plus d’un siècle, des mains anonymes glissent régulièrement des fleurs dans la main gauche du martyr de Cuchery.

(Article publié ans l’union en août 1998) D’après plusieurs documents dont « le drame de Cuchery » de Vidal. Edition Matot-Braine (1873)

Alain MOYAT

L’histoire de la statue de l’abbé Miroy

«D’après La Vie à Paris du 6 octobre 1909, Saint-Marceaux aurait appris l’exécution de l’abbé alors qu’il était en proie à une terrible crise de rhumatismes qui l’avait d’ailleurs empêché de prendre les armes. Quoique malade, il bondit dans son atelier et modela immédiatement une esquisse, au vu de laquelle son médecin lui proposa d’exécuter le monument.
Terminée en 1872, la statue fut envoyée au Salon, mais non exposée, à la demande de Thiers. (On refusait également les peintures trop chauvines qui auraient éveillé la susceptibilité d’un ennemi toujours menaçant). Elle obtint pourtant une 2ème médaille et valut à l’artiste l’achat par l’État de son marbre intitulé l’Enfance de Dante. Elle fut inaugurée, le 17 mai 1873, en grande pompe, et obtint un succès considérable dû pour une grande part à sa simplicité : sans emphase, sans rhétorique, Saint-Marceaux met le visiteur devant l’horreur d’un acte injuste : « Sa figure… c’est celle de la protestation du droit et de l’humanité, protestation d’autant plus ferme qu’elle est plus calme, qu’elle ne se dépense pas en menaces et en paroles… » (discours du maire, Victor Diancourt). »
La beauté du visage juvénil alors que l’abbé a 43 ans, et l’aspect pathétique de l’œuvre, font que ce monument est constamment fleuri par un public anonyme. C’est aussi devenu le symbole de la Résistance, alors que l’abbé s’est trouvé mêlé malgré lui à l’action des francs-tireurs, si bien que le maire de Reims dépose un coussin de fleurs, chaque année à la date anniversaire de la Libération de Reims. Non l’abbé Miroy ne faisait pas partie des innombrables défenseurs du Pont de Laon, en 1944…
Durant l’Occupation, un ordre de la Mairie, fit transférer le bronze par deux employés communaux, sur une charrette à bras, jusqu’à la Réserve du Sud, boulevard Dieu-Lumière, pour le soustraire aux Allemands. À la Libération, cet acte de Résistance fut récompensé. Mais ce ne sont pas les deux employés qui ont eu les honneurs, et pourtant s’ils s’étaient fait arrêter, c’est bien ceux-ci qui auraient été déportés… L’ordre était verbal « 

(1)L’endroit où fut exécuté l’abbé Miroy en 1871 était à l’époque hors du cimetière

Voir aussi le superbe site consacré aussi à l’oeuvre de Saint-Marceaux

http://saint-marceaux.fr/sculpture-abbe-miroy/

Dans l’union du 14 février 2021 un article de Marion Dardard

Ernest Lefèvre-Dérodé, musicien compositeur

(Photo AM 2021)

Il aurait pu suivre la tradition familiale: devenir avocat ou conseiller général.
Ernest Lefèvre-Dérodé né le 7 juin 1853 et dont le buste réalisé par le sculpteur Eugène Bourgouin a été enlevé du cimetière par crainte des voleurs), a consacré toute sa vie à la musique.

Après des études musicales à la Maîtrise de la cathédrale placées sous la direction du maître de chapelle Etienne Robert, c’est à l’âge de 15 ans qu’il est à son tour nommé maître de chapelle en la basilique Saint-Remi pour succédera M.Hallier.
Sa carrière va ensuite être bien remplie. Il dirige l’Union chorale, l’harmonie municipale, l’école de musique et la société philarmonique créée par son grand oncle Dérodé-Géraudez sur les cendres de la Société philarmonique de la Sincérité.

Très créatif

Musiques dramatiques, sacrées, messes, musiques de chambre, morceaux d’orgues, trios, quintettes, sonates, musiques de piano, d’orchestre ou de chant, etc., Ernest Lefèvre-Dérodé prend plaisir à composer.
Il créée un opéra comique « Yvonne », écrit sur un poème de Charles Grandmougin qui sera joué au théâtre. n retiendra aussi une symphonie dramatique: « le prieur de Saint-Basle », une scène lyrique: « La veillée de Jeanne D’Arc ».
Mariée le 5 avril 1893 à Louise Dérodé, issue d’une grosse famille rémoise, Ernest Lefèvre trouve souvent l’inspiration dans la propriété familiale de Thil.
« Le talent de l’artiste trouve toute sa reconnaissance dans les nombreux prix obtenus: le prix Crescent avec « le Follet », un opéra-comique joué en 1900; le prix de la Société des hués orphéoniques pour la cantate « Fraternité » écrite sur un poème de Botrel et joué lors de l’inauguration du Petit Palais en 1900.

Souffrant de problèmes de santé, à partir de 1907, il se retire le plus souvent à Thil.
C’est dans ce petit village du canton de Bourgogne qu’il mourra deux jours après la Toussaint en 1913 d’une crise d’urémie.

Le buste original a été remplacé
Le buste aujourd’hui (photo AM 2021)

Le buste original d’Ernest-Lefèvre-Dérodé (1853-1913), compositeur de musique avait été réalisé par Eugène Bourgouin. Pour éviter qu’il ne soit volé, il a été remplacé. Il n’a pas été refait à l’identique mais a cette fois le visage tourné vers l’allée piétonnière.

(Article écrit en août 1998)

Alain MOYAT

Jean de Suarez d’Aulan , grand sportif et aviateur mort au combat

Capitaine de la délégation française en bobsleigh en 1936, il termine 4 ème aux Jeux Olympiques de Garmisch-Partenkirchen; jean Suarez pilote le bob (d’après un document d’archives de la famille d’Aulan-Taittinger)

Abattu le 10 octobre 1944 par un Messerschmidt à l’âge de 44 ans en combat aérien au-dessus d’Altkirch (Alsace), le marquis Jean de Suarez d’Aulan repose (canton 23) dans le caveau familial de la famille Kunkelmann au cimetière du Nord. Aux côtés notamment de ses ancêtres Jacques Charles Théodore et Ferdinand Théodore qui ont présidé aux destinées de la maison Kunkelman et des maisons de champagne Heidsieck et Piper-Heidsieck.

Son corps repose dans la chapelle Kunkelmann, la plus imposante du cimetière

Père de Catherine Taittinger, Jean de Suarez d’Aulan reste un personnage méconnu. « Un grand sportif titré, mais aussi un exceptionnel aviateur qui fut sans doute l’un des plus jeunes pilotes engagés dans la guerre 14-18 et sans doute l’un des plus ancien de la seconde guerre mondiale « , expliquait son fils François d’Aulan.

Sportif accompli

Le marquis, passionné d’aviation a perdu la vie au cours d’un combat aérien en 1944. Il avait 44 ans

Plutôt du genre aventurier , Jean de Suarez d’Aulan s’est vite pris de passion pour le sport qu’il à pratiqué en compétition.

Excellent alpiniste, pilote automobile aux 24 heures du Mans à plusieurs reprise, il obtint un titre de champion de France de plongeon de haut vol à 10 mètres. Amateur de bobsleigh, champion de farce et d’Europe, c’est comme capitaine qu’il conduit d’ailleurs la délégation française en 1936 aux jeux olympique de Garmisch-Partenkirchen. Lui et ses coéquipiers échouent de peu par deux fois pour la médaille et remporte une quatrième place en bob à 2 et en bob à 4.

Habitué à se déplacer à bord d’un avion « Caudron »pour ses déplacements professionnels chez Piper, Jean de Suarez d’Aulan participe aussi et remporte de nombreuses épreuves sportives sur monoplaces et biplaces: le rallye d’Egypte en 1937 et le Rallye des capitales en 1938. Il sera même président de l’aéro-club de Reims.C’est pour cette passion qui l’a sans doute poussé en 1917, engagé chez les Chasseurs alpins, à demander à piloter un avion de type Spad Picardie.

1942-44 : Il camoufle son âge pour piloter

Avec l’arrivée de la Seconde Guerre mondiale, le Rémois est mobilisé. Il doit piloter un Dewatine 520 au sein du groupe 4 de l’aviation de chasse basé à Chartres.

L’armistice l’empêche de s’engager dans les combats. Qu’à cela ne tienne, démobilisé, Jean Suarez d’Aulan s’engage dans la résistance. « Il participa à plusieurs à plusieurs sabotages », poursuit son fils .  » Il cache dans les caves des armes parachutées par les Anglais qui devraient servir à libérer la Champagne. Dénonçé à l’occupant, il parvient à échapper à la Gestapo, rejoint l’Afrique du Nord par la filière commandée par le général Revers. Il se présente à l’escadrille Lafayette ou son palmarès civil lui permet de s’entraînerà Meknès (Maroc). Jean avait réussi à camoufler son âge grâce à ses papiers de la résistance, sinon, il n’aurait pas été accepté. Il était trop âgé pour piloter un avion de chasse. »

L’ancien n’est pas si mauvais puisque Jean de Suarez d’Aulan, sorti parmi les « majors » du stage, est nommé sous-lieutenant de la 4 ème escadre. Il participe alors en 1943 et 1944 à de nombreuses missions durant la campagne d’Italie et la campagne de France.

Le 10 octobre, alors qu’il vient d détruire un avion allemand au-dessus d’Altkirch, il est surpris par deux Messerschmidt volant à plus haute altitude. Son avion est abattu au milieu de la ligne de front.

Article écrit en août 1998)

Alain MOYAT

La chapelle à l’originale charpente détruite en 1914 finalement restaurée

Grâce à de généreux donateurs, la chapelle du cimetière a pu être édifiée. Avec une charpente originale construite selon la technique Philibert Delorme. Meurtrie à la guerre 14 elle fut reconstruite.

C’est dans cette chapelle que des gardiens se seraient partagés aux dés les habits de Gonsse de Rougeville, le chevalier à l’oeillet fusillé en 1814

Le corps de l’énigmatique Chevalier de Maison Rouge immortalisé par l’écrivain picard Alexandre Damas et fusillé dans le cimetière du Nord y a été déposé en 1814. Le corps de deux prêtres y sont également enterrés. La chapelle du cimetière du Nord placée sous l’invocation de Sainte-Croix, trop rarement ouverte et cachée par les ifs, mérite le détour.
Construite grâce à un reliquat de la souscription lancée pour faire le cimetière auquel les 1778 adhérents de la Société Libre Emulation ont rajouté un beau complément, la chapelle décidée en août 1787 a été bénie sous l’invocation de Sainte croix le vendredi 7 août 1789 par le chanoine Bergeat, dernier vicaire du Chapitre et premier conservateur du musée de Reims. En pleine Révolution.

Son coup a été estimé à 3.600 livres.

D’inspiration italienne

Le bâtiment éclairé par un oculus possédait avant 1914 une coupole de 7, 75 m

C’est en s’inspirant dit-on du péristyle d’un monument de Poestum (Italie)que l’architecte de la ville de Reims Nicolas Serrurier a réalisé les plans de la petite chapelle aux murs épais, devancée par un péristyle large de 4,80m pour 2, 15m de profondeur et soutenue par quatre colonnes doriques de 3,15m de hauteur, sans base, mais surmonté par un petit fronton triangulaire.
Critiqué par certains le bâtiment est toutefois remarquable. Non pas par son bénitier de marbre en forme de coquille, ni par sa décoration qui est insignifiante: sur les murs badigeonnés de jaune une peinture imitait des joints de pierre de taille, de la peinture noire et argent encore pour imiter le marbre ou simuler des draperies funéraires. Le petit autel posé sur du marbre noir avait la forme d’un tombeau. Le sol du sanctuaire toujours carrelé de damiers noirs et blancs était autrefois fermé par une barrière de bois à pans coupés.
Le bâtiment éclairé par un oculus possédait avant 1914 une coupole de 7, 75 m de diamètre dont la charpente avait été construite selon la technique de Philibert Delorme. Sans rentrer dans les détails, on retiendra que cet homme génial, afin de faire face à une pénurie de bois en 1581, avait remplacé les grandes et grosses pièces de bois habituellement utilisées pour faire des charpentes par des pièces courbes formées de nombreux morceaux de bois de faible épaisseur et de petite dimension. « Des pièces moisées à l’aide de chevilles de bois en chevauchant les joints. Les cerces étant reliées par des liens tenus par des clavettes. «  La technique avait été remise au goût du jour par Legrand et Molinas.
Le toit de la chapelle était recouvert d’ardoises, l’intérieur recouvert d’un enduit plâtré sur lattes.
Chaque année le 8 juillet une messe était dite pour les fidèles inhumés dans cette chapelle. A partir de 1789, des messes de requiem étaient dites en la chapelle le jour et le lendemain de la Toussaint. Le vicaire de la cathédrale y célébrait une messe basse le dimanche matin.
En 1819, André Nicolas Savart, curé de Saint-Pierre-Le-Viel, curé de Notre-Dame y est enterré. Détruite durant la guerre de 1914-1918, la chapelle fut restaurée en 1922 à l’identique « avec le dôme monté en deux parties au sol et sa charpente restituée dans la silhouette et la technique d’origine ».
La technique Delorme inspira d’ailleurs l’architecte Henri Deneux qui eut l’idée pour réaliser l’église Saint-Jacques et les bas-côtés de la cathédrale Notre-Dame de remplacer les petites pièces de bois assemblées par clavettes par un assemblage de planche en ciment de section uniforme de 20 centimètres sur 4. (1)

Des inscriptions sur le mur de la chapelle

Plusieurs inscriptions sur le mur de la chapelle Sainte-Croix:

« A 30 pieds d’ici repose le corps de sainte Catherine Muzart, supérieure de la communauté de l’hôpital de Sainte-Marcould décédée le 9 janvier 1813, dans la 96e année de son âge ayant passé 77 ans au service dudit hôpital .Ses filles en pleurs ont fait posé cette épitaphe à la mémoire de leur mère et leur modèle. « Resquiat in pace. »
-A la mémoire de M.Pierre Didier Pierrard grand chantre de l’église métropolitaine de Reims et membre du conseil de la fabrique décédé le 16 juin 1883 dans sa 71 e année.
-Ci-gît Marie Elisabeth Vouet veuve de M.Muiron, négociant âge de 89 ans décédée le 26 janvier 1802. Priez Dieu pour le repos de son âme .
-Ci-gît BEV Mailfait prêtre chanoine titulaire et ancien curé de la paroisse Sainte-Maurice décédé le 20 mars 1832 dans sa 64 e année. « De profundis. »
-Ci-gît Jacques Nicolas Delaunnois, prêtre, chanoine honoraire de l’église métropolitaine de Rheims ancien chapelain de l’hôpital Saint-Marcoult décédé le 26 janvier 1830 âgé de 80 ans.

(1)Des fragments de la charpente dite à la Philibert Delorme seraient conservés par les Monuments historiques. (Mais Dieu sait où…)

Alain MOYAT

(Article écrit en 1998. Rajouts en 2021)

L’empreinte du sculpteur René de Saint-Marceaux

Les nombreux Rémois qui découvrent le gisant de l’abbé Miroy ne savent pas tous que cette oeuvre est due au sculpteur rémois de renommée mondiale René de Saint-Marceaux.
Cet artiste a par ailleurs réalisé plusieurs monuments funéraires. On peut encore en admirer deux autres au cimetière du Nord de Reims.

L’angoissante statue intitulée « le chemin de la vie » porte son omre chaque fin d’après-midi sur la tombe de la famille de René de Saint-Marceaux

L’une des sculptures (située dans le 4e canton) est intitulée « le chemin de la vie ». Il s’agit d’une énigmatique jeune femme, figure emblématique des souffrances humaines, courbée, angoissante, les bras tendus, le dos courbé, voilée, qui porte chaque fin d’après-midi son ombre énigmatique sur la tombe de la famille du sculpteur: son père Jean-Alexandre de Paul de Saint-Marceaux, négociant en vins de champagne (aujourd’hui Abelé) et Emile Isabelle Morizet.

Une oeuvre de Saint-Marceaux à la mémoire de Paul David (1838-1903) associé à la maison du fabricant de laine Warnier-David (photo AM 1998)
L’oeuvre de Saint-Marceaux à la mémoire de Paul David (1838-1903) associé à la maison du fabricant de laine Warnier-David (photo A.M.2021)


L’autre oeuvre, sans doute moins attachante est élevée à la mémoire de Paul David (1838-1903), associé à la maison du fabricant de laine Warnier-David et bienfaiteur puisqu’on dit qu’il a été le premier à ouvrir des locaux pour les sans abri à Reims.
Située dans le canton 22 la stèle verticale de marbre blanc, en relief, représente des âmes s’envolant vers le ciel.
« Les femmes représentent les destinées voilées drapées et voilées, le calice auréolé des
rayons mystiques du soleil: le Christ rédempteur. »

D’autres monuments funéraires hors Reims

Le monument de l’Union postale universelle réalisé par Saint-Marceaux

Célèbre pour son monument de l’Union postale universelle inauguré en 1909 à Berne, pour son « Arlequin » qui lui valut la Légion d’honneur ou le bronze intitulé tantôt « Mousse de champagne », tantôt « la vigne », René de Saint-Marceaux a réalisé de nombreuses autres œuvres funéraires: « le génie gardant le secret dans la tombe »(marbre au musée du Louvre, 1879), le buste de Félix Faure, le monument d’Alexandre Dumas fils en 1904 au cimetière de Montmartre, le monument à Marcellin Berthelot, un monument à la mémoire de Jacques de Crussol, duc d’Uzès.

Une partie du monument d’Alexandre Dumas fils en 1904 au cimetière de Montmartre à Paris

Son grand père, maire de Reims
A proximité « des chemins de la vie », la tombe d’Auguste Marie Paul de Saint-Marceaux (1790-1870), grand père du sculpteur, fondateur d’une maison de champagne (1831), ancien maire de Reims de 1835 à 1838 et de 1841 à 1845.
Après un destin politique chaotique, il démissionne pour céder la place à Carteret et se retire à Limé (Aisne) où il meurt.
On lui doit entre autre la création d’une école mutuelle à Libergier, d’une école gratuite de dessin et de peinture, la reconstruction d’un musée .

(Article paru dans l’union en août 1998)

Alain MOYAT

Charlotte de Roucy : la soeur qui unit dans un même cercueil Abélard et Héloïse

Les armoiries sont très abimées sur les cercueils de pierre

Sur les armoiries abîmées on peut encore deviner un écu en losange aux armes de Rouchi de gueules au chou qui repose sur une crosse d’abbesse et une croix double surmontée d’une couronne de comte.
Dans le canton 2 dorment les Dames de Roucy: Charlotte de Roucy (et non Louise Charlotte comme l’indique l’épitaphe), dernière abbesse du Paraclet (1742-1829) et Charlotte Louise Dessaulx, née de Roucy (1751-1837), deux femmes au destin très singulier.
En entrant dans les ordres â l’âge de 18 ans, inspirée par une proche parente Marie-Catherine de Béthisy de Mézières, Charlotte de Roucy de l’ordre des Cîteaux trouvera son accomplissement religieux sous la règle de Saint-Benoît. C’est un brevet royal qui la propulse alors en 1778 abbesse du Paraclet, près de Saint-Aubin (Aube), le long de la vallée de l’Ardusson jusqu’alors l’apanage des La Rochefoucauld.
Dans le petit couvent qui abrite dix huit sœurs, l’abbesse restaure le site, l’église; assainit les jardins, remet de l’ordre dans la bibliothèque . Elle a aussi l’idée de faire transférer dans un même cercueil de plomb divisé en deux les ossements des deux amants terribles dont l’histoire remontant au XIIe siècle est presque aussi célèbre que celle de Tristant et Iseult.

Sauve les deux amants

Des personnes ont cassé plusieurs morceaux de ces sépultures qui méritaient un meilleur sort

C’est, (pour faire court), sur fond du cloître de Notre-Dame, à cheval sur le IXe et Xe siècle, l’histoire d’un grand professeur de théologie et de philosophie: Abelard qui tombe amoureux et séduit son élève Héloïse de 22 ans sa cadette.

Episode rocambolesque où Abelard habillé en sœur fait enlever Héloïse enceinte pour la cacher en Bretagne où elle met au monde un fils.
Tandis qu’Abélard envoie sa belle au couvent d’Argenterie, il « se fait punir par la où il avait péché. » Attrapé, émasculé, il se réfugie au couvent de l’abbaye Saint-Denis tandis qu’Héloïse devient première abbesse du Paraclet.
Abélard entre à son tour en religion, devient moine et prêtre.
Deux voies qui ne briseront jamais leur passion: « Il n’est pas jusqu’à la célébration de la messe, quand la prière devrait être la plus pure, où les images obscènes de ces voluptés ne captivent si complètement ma pauvre âme, où je ne m’adonne â ces turpitudes plus qu’à la prière… Moi qui devrais gémir de ce que j’ai commis, je soupire après ce que j’ai perdu! »
La dépouille d’Abélard décédé en avril 1142 à 63 ans sera transportée au Paraclet par Pierre le Vénérable. Héloïse murée dans un profond silence le suivra vingt et un ans plus tard en mai 1164, à 63 ans, dit-on.
Et la légende ajoute: « Lorsqu’on ouvrit la tombe et qu’on l’y déposa près de lui, il étendit le bras pour l’accueillir et les referma étroitement sur elle. »

héloïse et Abelard reposent au cimetière du Père Lachaise à Paris

Autre version: « Héloïse a ouvert ses bras pour l’embrasser. »
En plaçant en 1780 dans un cercueil de plomb les corps des deux amants retrouvés, Charlotte de Roucy les a sauvés des brise- tout de la Révolution. En effet, devenue Bien national en 1790 l’abbaye (sa chapelle abritant le cercueil) a été revendue â un notaire qui a démoli l’église.
Transporté à Nogent-sur-Seine, brisé, le sarcophage mutilé se retrouve ne 1817 au Père-Lachaise. C’est Lenoir qui lui refera les deux têtes. Quant à la sœur de Charlotte, mariée à un administrateur ardennais Henri Dessaulx, son destin ne fut guère enviable. Veuve à la suite de l’exécution en juin 1794 de son mari condamné par un tribunal révolutionnaire, elle se réfugia à Reims où elle mourut vingt ans plus tard; huit ans après sa sœur abbesse qui s’est éteinte au 37, rue de la Couture.

Alain MOYAT

Adrien Sénéchal: le peintre de la cathédrale

Adrien Sénéchal heureux dans son atelier

Doté de dons exceptionnels, le peintre rémois Adrien Sénéchal (1895-1974) est connu comme LE peintre de la cathédrale dont il a d’ailleurs immortalisé le martyre en septembre 1914. Témoignage.

« Il l’avait quotidiennement sous les yeux. Il vivait pour SA cathédrale. Parfois il se levait à 5 heures du matin pour saisir un lever de soleil sur tel ou tel vitrail, puis la respiration de la lumière montante, heure après heure. »

Le regard tourné vers la grande baie vitrée qui surplombe la cathédrale Notre-Dame, Yvonne Maréchal, 87 ans, évoquait avec passionen 1998 le souvenir de son défunt mari, peintre de renom, enterré depuis 1974 au cimetière du Nord.

Sur la tombe du cimetière du Nord, la tête sculptée d’Adrien Sénéchal d’après un médaillon du sculpteur Guéry. « La mienne est prête à prendre place à ses côtés, affirmait en 1998 Yvonne, son épouse

Bien que parti depuis un quart de siècle rejoindre le paradis des artistes, Adrien Sénéchal demeure toujours bien vivant dans le cœur des vieux Rémois. Et le visage grave réalisé à partir d’un buste de Guéry qui orne sa tombe dissimule une personnalité quelque peu énigmatique. Touches de couleurs d’une palette de vie.*

Rémois, amoureux de sa ville

Natif de Reims où il a vu le jour le 5 juillet 1895, rue Saint-Symphorien n’épouse pas la profession de son père fabriquant de chaussures puis bottier.

A 5 ans, on le surprend déjà à dessiner. Le gosse est doué. A partir de 1908 il suit des cours à l’école régionale des arts industriels. Admis en 1913 à l’école nationale des arts décoratifs à Paris, il entre dans l’atelier particulier du peintre Jules Adler qui devient un peu son maître. L’étudiant qui domine aussi bien le pastel, l’huile (parfois rehaussée de pastels)que les sanguines, n’oublie pas Reims. Il obtient le premier prix d’un concours d’affiches pour le Syndicat d’initiative, expose au Salon d’architecture.

Immortalise l’incendie de la cathédrale

Témoin oculaire des bombardements allemands effectués sur Reims et de l’incendie de la cathédrale qui s’ensuivit le 14 septembre 1914, Sénéchal prend des notes, réalise des pochades qui vont lui permettre d’établir une série de 18 pastels qui raconte heure par heure le martyre, puis « le crime de Reims »si bien racontée par le journaliste Albert Londres.

=

Présentées en 1919 à la galerie Georges Petit à Paris ces pastels suscitent l’admiration de MM Poincaré et Wilson, respectivement Présidents de la République française et des Etats-Unis. Et le temps a passé. Ces œuvres ont été exposées pour la dernière fois sur les cimaises des A.G.F en 1989. Aujourd’hui ces pièces uniques sont exposées chez les descendants du peintre.

« Elles ne semblent pas intéresser la ville (1), tout comme ces portraits que voulait léguer Adrien au Musée des Beaux-Arts à la seule condition qu’ils ne dorment pas dans les réserves et qu’une petite salle porte son nom »regrette Mme Maréchal approuvée par sa fille FRANCE.

La guerre est finie, Sénéchal est sollicité pour faire des relevés pour les Monuments historiques: tapisseries de la cathédrale de Reims et de Soissons (1916), fresques de l’ancien couvent des Jacobins et de l’hôtel de ville (1924). Le Rémois expose beaucoup aussi: à Strasbourg, Reims, Paris. Il décore la chapelle des filles de la charité et travaille avec le sculpteur Bourgouin.

1930: la consécration

1930: Adrien Sénéchal présente l’ensemble de ses oeuvres à Reims. En 1932 il réalise une cinquantaine de portraits de personnalités politiques, militaires et religieuses. Un an plus tard, il immortalise aussi le Dr Pozzi, ancien maire de Reims. Il fait même au Vatican le portrait du pape Pie XI « en se cachant derrière quelqu’un au cours d’une visite ».

Le 15 juin 1937 Adrien épouse Yvonne Simon « selon le rite catholique à Ligny-en-Barois et au temple à Bar-le-Duc. C’était cela ou pas de mariage. » Le curé voulait absolument que je devienne catholique. »

Représentante d’une famille de bonbons Yvonne fait bouillir la marmite pour ses filles Claude et France et la famille élargie, tandis qu’Adrien s’adonne à sa passion, expose chaque année au Salon des artistes Français. Travaille pour un numéro spécial de « L’illustration » (1938)à l’occasion des fêtes de réouverture de la cathédrale. Fait de 1939 à 1940 le portrait des grands chefs militaires français et alliés. « Il fit aussi des portraits d’officiers américains. Inscrit au Rotary club de Boston, il n’a pas voulu émigrer aux Etats-Unis, trop attaché à Reims. »

Amoureux des voyages (mais il n’avait pas de permis de conduire), l’artiste voyage en famille. Il raconte en peintures les pays d’Europe, la Roumanie, le Maroc, l’Egypte. « Miné par un cancer, il trouve l’énergie pour se rendre en Iran où il peint ses derniers tableaux avant de s’éteindre le 28 août 1974. »

(1)La famille estimait en août 1998 à un million de francs le prix de cette série unique au monde « qui risque fort de partir un jour loin de Reims comme d’autres ont déjà été achetées par le Musée de la Guerre. »

Alain MOYAT

La saga du chevalier de Maison Rouge Alexandre Dominique Joseph Gonsse de Rougeville

Alexandre Dominique Joseph Gonzze de Rougeville

Son corps repose au fond de la fosse commune. Fusillé au pied du mur du cimetière en 1814 pour trahison, le marquis Alexandre Dominique Joseph Gonsse de Rougeville, connu aussi sous le nom de Chevalier de Maison Rouge, aventurier, conspirateur est un vrai personnage de roman.

Le Picard Alexandre Dumas lui a donné l’immortalité en lui consacrant un roman: « Le chevalier de Maison Rouge » (1). Le superbe Michel le Royer l’a incarné dans un feuilleton mémorable à la télévision.
En vérité, ni noble, ni marquis, fils d’un riche cultivateur de Sainte-Croix d’Arras, exilé, puis condamné à mort à Reims, il repose depuis mars 1814 au fond de la fosse commune du cimetière du Nord. Intrigant, aventurier, royaliste, exalté, Alexandre Dominique Gonse (ou Gonzze)de Rougeville, fusillé le 10 mars 1814
devant le mur du cimetière pour « trahison », fut un personnage hors du commun. Petits extraits d’une vie trépidante.

Sa vie fut un roman

Impossible de résumer en quelques lignes la saga de ce singulier aventurier, tantôt sympathique, tantôt méprisable fidèle jusqu’à sa dernière heures à la « femme Capet » (Marie-Antoinette)dont il était sans doute quelque part amoureux, mais un peu trop opportuniste au point d’en arriver à devenir -au moins le lui a t-on reproché – agent de renseignements des forces russes en position devant la cité rémoise.
Empruntant son nom et sa particule « de Rougeville »au nom d’un … moulin que possédait son père Alexandre, il
parcourt en pointillé l’histoire de France mouvementée, de la Révolution à l’Empire. Et on lui prête beaucoup. Il voulait faire sauter l’Assemblée Constituante avec une machine infernale.
Parce qu’il est « agité » durant le « complot «  de Louis XVI, les Jacobins l’enferment. Relâché, puis suspecté par les mouvements révolutionnaires, il se cache sous la Terreur.
Membre des Chevaliers de Saint-Louis, celui qui fut aux côtés de la reine Marie-Antoinette quand les Tuileries furent assiégées en 1792 propose en août 1793 ses services à sa reine enfermée aux Tuileries.

Il propose son aide à Marie-Antoinette
Le billet de Marie-Antoinette à Gonze de Rougeville

Il gagne la confiance de l’administrateur de la prison, approche la prisonnière, lui lance derrière un poêle un œillet qu’il avait à sa boutonnière, autour duquel il a glissé un mot dans lequel il propose d’aider la reine à s’évader et à lui fournir de l’argent.
Ayant formulé une réponse à coups d’épingle dans un papier, Marie-Antoinette remet le message à un gardien en qui elle avait confiance. A tort: « Le complot à œillet » est éventé.
Deux mois plus tard la reine est guillotinée.
Gonsse de Rougeville, qui a par ailleurs pas mal de déboires sentimentaux qui lui ont déjà valu la prison, émigre à Bruxelles.
Relâché en 1794, il est remis en prison un an plus tard sur ordre du Comité de sûreté générale.
Passent la Convention, me Directoire. De Rougeville conte ses malheurs dans « mes 4 000 heures d’agonie » puis commet une tragédie en vers intitulée: « la Reine ».
Libre en 1797, il propose ses services à Bonaparte de lui apporter des idées sur les finances, le recrutement, etc
En exil à Reims
Mais la police impériale l’a dans le collimateur et l’oblige à aller en résidence à Reims. Il loge d’abord rue de la Poissonnerie, avant d’acheter une ferme à Bas-Lieu (aujourd’hui les Eaux-Vannes).
Il épouse en 1806 à Soissons Caroline Angélique Boquet de Liancourt (de la famille du peintre)et
lui fait deux enfants.

1814: Au moment où les troupes russes commandées par le prince Volkonski occupaient Reims (10/02/1814-6/3/1814) on dit que De Rougeville lui aurait demandé d’épargner sa propriété .

A 52 ans, insatiable, de Rougeville a t-il offert ses services pour aider les troupes russes à reconnaître la Champagne? (Il aurait fait des reconnaissances sur Epernay et Villers-Cotterets).
On n’en aura jamais la preuve. Mais il est arrêté le 10 mars 1814, envoyé à la prison de « Bonne semaine », rue Vauthier-Lenoir. Traduit en conseil de guerre, défendu par l’avocat royaliste Caffin (qui avait défendu le faux dauphin en 1802 à Reims), un conseil de guerre le condamne à mort. A l’unanimité.
A 17 heures, sous les huées, le chevalier de Maison Rouge est emmené devant le mur du cimetière du Nord. Il refuse d’avoir un bandeau sur les yeux. Jette son chapeau, met un genou à terre et offre sa poitrine aux salves des douze grenadiers commandés d’un signe de l’épée par un officier. « Le corps s’agite. Il lève le bras. Il est achevé de deux balles ».

La chapelle du cimetière du Nord

On retrouvera son corps nu sur une dalle de la chapelle du cimetière du Nord.
L’histoire dit que des personnes auraient joué aux dés ses habits: une casaque jaune, des bottes hongroises à glands dorés et une chemise ensanglantée.

Douze heures après son exécution, l’armée russe de Saint-Priest reprenait Reims.

Alain MOYAT

(La fille de Gonsse de Rougeville a demandé à Alexandre Dumas de ne pas mettre le nom de son père pour désigner le héros de son livre.)

Article réalisé à l’aide de sources diverses dont un article de G Lenôtre et un d’André Castelot pour la collection « Historia ».

Aubin louis-hédouin de pons-ludon de malavois: un génial excentrique

Un farfelu personnage . L’original (notre photo de 1998)a été remplacé

Son monument était frappé de reprise. Il a heureusement été sauvegardé. A l’image de son buste, Aubin Louis-Hédouin de Pons-Ludon était un excentrique.
Sur l’obélisque de marbre blanc, posé sur un sous-bassement en pierre bleue de Givet, reposait son minuscule buste en bronze réalisé par le Rémois Jean Hubert Rêve. Il a été remplacé par une copie. C’était sans doute aucun le plus petit buste du cimetière du Nord. Par par crainte de vol, il a été purement et simplement enlevé pour être remisé.

Une copie en ciment a remplacé le joli bronze fait par le Rémois Jean Hubert Rêve. (photo AM 2021)

Une dernière fois pourtant, Aubin Louis de Pons-Ludon de Malavois (1783-1866) semblait faire la nique aux Rémois qu’il n’a pas manqué d’égratigner tout au long de sa vie, mais qui finalement le lui auraient bien rendu en boudant la souscription offerte à sa mémoire. « Espèce de Diogène,polémiste, original et excentrique, expert dans la vente de livres, expert à ses heures, libraire de la rue de Saint-Hilaire », le personnage aux cheveux longs était on ne
peut plus singulier. L’hérédité sans doute! Son père Joseph-Antoine, conseiller du roi, allié aux Colbert, n’avait-il pas été plusieurs fois condamné pour injures contre des représentants du pouvoir et incarcéré au fort de Ham?

Quel look!

Célibataire, Aubin Louis de Pons-Ludon formé à l’école de Brienne (Aube)grâce au ministre Servan étudie surtout les langues étrangères, l’histoire et la géographie. Doué d’un « style brillant, coloré et énergique. Poète sauvage et original », le personnage fort amateur de livres donne aussi des leçons particulières. A Reims il ne passe pas inaperçu avec sa redingote vert olive, ses guêtres jaunes, ses bas bleus, ses cheveux longs et ses « vastes souliers lacés ».
A cette insolite tenue il ajoute deux objets qui ne le quittent semble t-il jamais: un gros gourdin et un panier rempli de livres et de … viande!
De plus: « il regardait les visiteurs avec une loupe enchâssée dans oeil droit. »
Personnage entier, n’a t-on pas dit qu’au moment de son service militaire qu’il effectuait dans la Garde Nationale, il se rendait sur le rempart portant un shako et un glaive, à l’Antique!
Politiquement, le solitaire n’hésita pas à prendre la défense de Napoléon dans une brochure intitulée: « Rédacteur de travaux scientifiques et littéraires, il côtoya le grand géographe Maltebrun. Géographe fort qualifié lui aussi il édita tout spécialement un livre en réponse à l’ouvrage d’un « soi-disant géographe »M.Lefèvre?
Il le lui aurait dédicacé en ces termes: « Monsieur, connaissant le zèle qui vous anime pour l’instruction de la Jeunesse, j’ai cru bon devoir vous rendre un grand service en relevant une centaine de fautes qui déparent votre ouvrage. Puisiez-vous éprouver autant de plaisir en lisant cet errata, que j’en ai eu à le composer(…)Au reste M.Lefèvre est digne d’envie. Il est beau, jeune, grand, aimable, humaniste, helléniste, musicien etc…Moi je suis myope, vieux, laid, mal tourné, cynique, bédouin, mais un peu érudit. » On imagine la tête du dit Lefèvre!
Cette sépulture comme beaucoup d’autres avait été frappée par une procédure de reprise voilà plus de vingt ans.
Elle fut sauvée par l’action menée par Arlette Rémia.

Pour l’heure il ne reste qu’une obélisque orpheline. Jusqu’à quand?

Alain MOYAT

A la mémoire de Raoul Villain, l’assassin du pacifiste Jean-Jaurès

Sur le devant de la tombe est inscrit: Raoul Alexandre Villain 1185-1936 (Ibiza).

Son corps ne repose pas au cimetière du Nord. Pourtant, sa famille a souhaité rappeler sa mémoire sur un monument. Car Raoul Villain, l’assassin de Jean-Jaurès, était d’origine rémoise.

Le pacifiste Jean-Jaurès

Raoul Alexandre Villain 1185-1936 (Ibiza). » L’inscription en lettres dorées est fort discrète sur la tranche de la tombe en granit gris et blanc posée récemment dans le cimetière du Nord. Elle rappelle la mémoire du Rémois entré dans l’histoire le 29 juillet 1914 après avoir assassiné de deux coups de revolver le député socialiste, le pacifiste Jean Jaurès, fondateur du journal « L’Humanité », qui était au « café du croissant » à Paris. Un acte dicté par  » un très grand amour de la France pour éliminer le propagateur d’idées antimilitaristes », expliquera l’assassin. Emprisonné pour homicide volontaire, incarcéré durant 56 mois – une première dans les annales de la justice criminelle – , Raoul Marie Alexandre Villain avait bénéficié d’un étonnant verdict d’acquittement le 29 mars 1919. Libre, obligé de vivre en France sous un nom d’emprunt (René Alba), Raoul Villain, qui avait ensuite acheté une maison aux Baléares, fut rattrapé par l’Histoire. En 1936, il fut assassiné par les Républicains espagnols. Le journal « Rivarol » a laissé entendre que son corps avait été dévoré par les fourmis rouges.

De lourds antécédents

Fils du greffier en chef du tribunal de Reims, Raoul Villain, né le 19 à Reims, avait « une hérédité chargée »du côté maternel. Sa maman, internée à l’asile psychiatrique de Châlons était morte très jeune.
Après des études à Saint-Joseph, puis au Lycée de Reims, Raoul Villain suit une formation agricole à Rennes, interrompue par la maladie et le régiment.
Gentil, poli, doux, blond, les yeux bleus, les cheveux bouclés, la barbe frisottante, souvent porteur d’une lavallière, le jeune homme isolé mentalement est rempli d’une souffrance morale. Il constate dans le Rethélois qu’il n’est pas fait pour le monde agricole.Pour financer des études d’archéologie, il devient « pion » au collège Stanislas à Paris qui le congédie en 1912. Entre-temps, le Rémois a adhéré au Sillon, puis aux Jeunes amis d’Alsace-Lorraine animés par un esprit de revanche, favorables à un retour de ces deux régions dans le giron de la France. Raoul avait déjà la fibre du nationaliste… exalté! A Reims, lors de la fameuse semaine de l’aviation (1910), il avait applaudi son frère Marcel aviateur, persuadé qu’en cas de guerre la France aurait la maîtrise des airs.
S’estimant un peu comme Jeanne D’Arc investi d’une mission, voulant quelque part passer à la postérité, le jeune homme exprime son désir de tuer le kaiser Guillaume II ou le … directeur du « Figaro », M.Caillaux; puis
Jean-Jaurès qui prônait le désarmement, préconisait la grève de la mobilisation: « un vrai danger pour la Patrie », pour Raoul Villain.
Pour se prouver sans doute qu’il était capable d’agir, il possède deux revolvers sur lesquels étaient, parait-il, gravés les noms de Jaurès et de Caillaux.
Le climat en France est tendu. Une certaine presse comme « Paris-Midi » appelle carrément à tuer Jaurès. Maurras qualifie Jaurès de « fille vendue à l’Allemagne ». Et l’empereur qui proclame la mobilisation.De retour à Paris, Villain met ses menaces à exécution et tue Jaurès.

Alain MOYAT

Augustin Simonar, le petit communiant

C’était en 1998. Nous étions triste. Et nous l’écrivions:

Les colonnes frontales du mausolée s’écartent. Les chapiteaux tombent. Qui va sauvegarder le monument élevé à la mémoire du garçon mort avant sa communion?

Le mausolée réalisé par le sculpteur marbrier Jean François photographié en 1998.
(Photo AM 2021)

Aujourd’hui si le petit communiant a le costume triste, au moins, les colonnes ont été refaites de belle façon.

Témoin d’une époque romantique où la mort d’un être cher, de surcroît un enfant, était vécue comme le plus grand des malheurs qu’il fallait absolument montrer et faire partager, le mausolée édifié à la mémoire du
petit Augustin Simonar, issu d’une famille de maîtres-plafonneurs, ne tombe plus en javelle au moins..

Il n’y a pas si longtemps frappé de reprise dans le canton 22, mais sauvegardé comme tant d’autres monuments grâce à la mobilisation d’Arlette Rémia, présidente de Reims SOS urbanise et Nature, aujourd’hui disparue, le mausolée aux dix colonnes d’inspiration romantique, réalisé par le sculpteur marbrier Jean François Chambon, a fière allure. Il faudrait s’occuper aujourdh’ui de la statue grandeur nature du jeune éphèbe revêtu de son costume de communiant.

La statue en 1998 (photo AM)
La statue en 2021 s’est un peu plus dégradée (Photo AM) mériterait une restauration, ou au moins un nettoyage

Une œuvre romantique, pathétique par excellence, autrefois de pierre blanche et admirablement sculptée par Alfred de Maghellen.
La statue donne au visiteur la singulière illusion d’une présence tant les détails sont réalistes: chaussures, pantalon à plis, gilet droit à boutons fermés, cravate double tour, redingote, la main gauche dans une poche, un missel dans l’autre, accoudé sur un socle. Il ne manque que le brassard de communion. Et pour cause.

Alain MOYAT

Un cimetiere hors les murs par mesure de salubrite publique

Inauguré en Juillet 1787, hors les murs de Reims, le cimetière du Nord est né d’un projet pour la santé des citoyens. A l’origine le Dr Jean-Baptiste Caqué qui y repose depuis 1805.

Dans un très sérieux rapport de la faculté de médecine, le Dr Jean-Baptiste Caqué, médecin, lançait en 1786 un cri d’alarme sur la façon dont étaient enterré les morts à l’ Hôtel-Dieu, empilés dans des fosses, les uns sur les
autres, à peine recouverts de trois à quatre pouces de terre.
Persuadés qu’en raison d’un amas considérable de corps en putréfaction, « les odeurs pestilentielles, les émanations cadavériques, les gaz alcalins volatiles, malfaisants et meurtriers faisaient courir de graves risques d’épidémie », il a l’idée de proposer de créer un cimetière hors les murs de la ville pour y enterrer les cadavres séparément dans des fosses particulières à 5 pouces sous terre.

L’hôtel-Dieu possédait justement quelques arpents de terre entre la porte Cérès et la Porte Mars, « au vent du Nord-est de la ville qui purifie l’air. » La décision est prise en mai 1786. Le devis est si élevé pour aménager le site entouré d’un mur: 13 255 livres, que l’idée d’une souscription est lancée avec l’autorisation de l’archevêque et des conseillers de la ville.

Commencés en août 1786, les travaux sont terminés à la mi-1787. Il serait déjà possible d’y enterrer des défunts là durant près de 15 ans sans être obligés de revenir aux anciennes fosses

Inauguration le 8 juillet 1787

C’est à 18 h 30 le 8 juillet 1787 que le cimetière, dont les lourdes grilles jusqu’en 1900 surmontée d’une croix ont été réalisés par le serrurier rémois Lecoq, est officiellement inauguré par l’évêque de Triconie, Mgr Perreau remplaçant Mgr de Talleyrand du Périgord retenu à Paris pour des affaires d’Etat (Seconde assemblée des Notables).
Le même jour est béni un char funèbre qui remplacera le brancard avec porteur (les corbillards ne seront obligatoires qu’en 1879).
Il faudra attendre 22 jours pour voir le chanoine Polonceau procéder aux deux premières inhumations sur le site.
Il s’agit de Pierre Loureau, un homme de 28 ans originaire de l’Yonne et de Marie Coffin (née Herbelot), native de Hourges et décédée à l’âge de 35 ans.
Et le cimetière a vécu, s’est agrandi plusieurs fois accueillant quotidiennement derrière ses murs, jusqu’au 2 avril 1891; date de l’ouverture du Cimetière de l’Est, des anonymes ou de grandes personnalités rémoises.
Puis c’est l’heure des comptes. La souscription a produit la somme de 11.909 livres pour 10 .440 livres de dépenses. Les 1. 469 livres restantes ne suffisent pas à édifier la chapelle en projet estimée à 3 .600 livres.
Grâce à la Société Libre d’Emulation dont faisaient partie les Dr Sutaine et Maillefer, la chapelle allait pouvoir voir le jour un peu plus d’un an plus tard.

Ce cimetière remplacera 10 cimetières de la ville

Le cimetière du Nord remplace ceux des églises de Saint André, Saint Hilaire, Saint André les vieux, Saint Jacques, Sainte Marie Madeleine, Saint Denis, Saint Etienne, Saint Symphorien, Saint Michel et celui de l’Hôtel Dieu.

1823: première concession perpétuelle

Inhumés au début à même la terre sous une dalle ou un socle surmonté d’une croix, ce n’est seulement qu’à partir de juin 1814 que sera réalisé le premier caveau; en avril 1823 autorisée la vente de la première concession
perpétuelle.

photo Aout 1998

Si le souvenir des défunts est exprimé au départ sur les plaques de cuivre ou gravé sur les murs du cimetière avec une indication de la distance de la tombe, les épitaphes sur les pierres tombales vont vite se
développer. A l’excès. A tel point qu’en 1825, avec une nouvelle réglementation sur la vente des concessions apparaît l’obligation de soumettre son projet de monument et le texte des épitaphes à graver.

(Article écrit en août 1998. Ajouts en 2021))

Alain MOYAT

(Sources diverses dont le petit ouvrage sur le cimetière rédigé par Charles Sarrazin)

Coup de projecteur sur le plus ancien cimetière de la ville de Reims ouvert en 1787.