Louis de chevigné: une vie de comte et de contes

La chapelle-caveau dans le canton 2 du cimetière du Nord (photo AM 2021)

Reposant dans la chapelle-caveau de la famille Cliquot Ponsardin (canton2), Louis Marie Joseph comte de Chevigné (1793-1876), gendre de la Veuve Cliquot, est connu pour ses contes Rémois légers, pétillants et grivois. Elève puis ami de Louis Castel , auteur du « Poème des plantes », il commanda aussi la Garde nationale rémoise durant près de vingt ans.

Sa famille victime de la Révolution

Né le 30 janvier 1793 en Vendée Louis Marie Joseph de Chevigné n’eut pas le temps de connaître longtemps ses parents Chouans, disparus dans les tourments de la Terreur révolutionnaire. Orphelin avec sa soeur Pélagie, sauvé par la demoiselle Duchenet, il connut des débuts difficiles avant d’être récupéré en 1802 par son grand-père de retour d’émigration. Après des études au lycée à Nantes, c’est à Paris qu’il entre au lycée impérial où il a la chance de rencontrer Louis Castel, un professeur, vite précepteur qui lui fait découvrir le goût de la poésie. Et qui deviendra son ami jusqu’à la mort.

Fervant royaliste, Louis Chevigné, engagé dans la Garde nationale milite à Savenay (Loire inférieure) pour défendre les Bourbons contre un retour de Napoléon. Actif, après le désastre de Waterloo (1815), il part à Gand durant « les 100 jours » avec Louis XVIII qu’il ramène à Paris.

Mariée en 1817 à Clémentine Cliquot, la fille de Barbe Nicole Ponsardin (plus connue sous le nom de Veuve Cliquot), Louis de Chevigné est à l’abri du besoin. Ils vivent régulièrement dans le château de Boursault près d’Epernay , (1) y organise des repas et des chasses. Cela ne l’incite pas à faire de poèmes comme le souhaiterait Castel devenu son ami qu’il retrouve régulièrement.

S’il traduit bien une oeuvre en vers de Virgile (« le moretum »), il faut attendre 1825 pour le voir accoucher de quelques poèmes personnels sur des sujets variés: la chasse, des odes au champagne, aux vins de Bourgogne et au cidre… En 1827 il publie ses premiers contes puis une vingtaine d’autres en 1832 dans une annexe de la chasse et de la pêche.

Le Rémois Hervé Paul a écrit une biographie du conte de Chevigné

C’est seulement en 1836 qu’il présente « les contes rémois », plus d’une cinquantaine de fabliaux au total écrits sur un ton badin, taquin -certains à ne surtout pas mettre dans les mains des écoliers !

Il les enrichira dans onze éditions de son vivant. « Sa verve a un goût de terroir, légère et pétillante comme le vin mousseux, rieuse, moqueuse et grivoise peinture de maris jaloux, de femmes coquettes, de curés de l’ancien temps, de mariage arrangés. »

19 ans colonel de la garde à Reims

Dans ses souvenirs, Charles Monselet évoque le comte de CHevigné: « c’était le type du beau par excellence; il avait cette beauté officielle de l’homme du monde, l’embonpoint du bonheur, un teint reposé et fleuri, la bouche souriante et ferme, la barbe en collier. Sa fortune lui avait permis de sacrifier aux muses dans les meilleures conditions ».

Soutien de Louis Philippe, Louis de Chevigné est nommé en 1830 colonel de la légion rémoise dite Garde nationale, chargée du maintien de l’ordre. Il y restera 19ans, s’acquittant de sa tâche avec justice et exemplarité. Ainsi il réprime sans violence une émeute ouvrière à Saint-Brice-Courcelles, sauve la vie d’un prédicateur menacé par la population. Décoré de la légion d’honneur sous Louis Philippe, le royaliste dans l’âme, finalement pas si hostile à la révolution de juillet 1830 sera même fait officier de la Légion d’honneur sous le second empire. Battu à la députation un an plus tard , il se consacrera à ses contes qu’il n’hésite pas à peaufiner au grès des éditions.

Accusé d’attentat par les Prussiens

Il n’en a pas fait un conte, mais celui-là aurait pu faire un beau thriller en vers. En 1870, Louis de Chevigné, 77 ans se voit accusé d’avoir fait dérailler un train rempli de prussiens à proximité de Boursault . Arrêté et incarcéré par Blücher, l’envahisseur lui réclame la somme de 400.000F. Refus du poète qu’on menace du peloton d’exécution après quinze jours de prison. Nouveau refus. Croyant faire céder de Chevigné, les prussiens font alors prisonnier le maire de Reims Edouard Werlé, ancien associé de la Veuve Cliquot, sa belle mère. Informé de la situation, de Chevigné se rend à Blücher qui touché par le courage du septuagénaire lui rend la liberté.

Six ans plus tard Louis de Chevigné mourait. Il est enterré au Cimetière du Nord, dans la chapelle-caveau de la famille Cliquot Ponsardin aux côtés de son épouse et de sa belle mère à quelques mètres du monument de son ami Richard Castel qu’il avait lui-même payé de sa poche

(1) Le château fut reconstruit de 1842 à 1848 par la veuve Cliquot pour sa fille chérie. Elle possédait aussi un château à Villers-en-Prayère dans l’Aisne. A Reims de Chevigné vécut aussi dans l’hôtel Le Vergeur.

Alain MOYAT

Source: Regard sur notre patrimoine N°22 par Hervé Paul; site des grandes maisons de champagne; histoire de Reims (volume 2) de Georges Boussinesq et Gustave Laurent.

Le général Bernard Verrier (1773-1837)fait scier la croix de la Mission

(Photo A.M. 2021)

Il y a une vingtaine d’années déjà, Philippe Gonzalés, architecte des bâtiments de France alertait les autorités sur l’état dégradé du tombeau qui abrite à l’entrée du cimetière du Nord la dépouille mortelle du général Verrier « qui risquait de ne pas passer le XXème siècle. Les gels humides dégradent sérieusement les décors- symboles funéraires de l’officier d’Empire qui fut aussi nommé commandant de la garde nationale à Reims lors de la Révolution de 1830.

Surélevé comme celui de de Napoléon aux Invalides, le tombeau-échafaudage qui abrite le général Verrier (1773-1837) et son épouse Françoise Armande Moreau est dans un triste état.(Photo A.M. 2021)
Bernard Verrier

Natif comme le pape Urbain II de la commune de Châtillon-sur-Marne Marie Claude Bernard Verrier, témoin de la Révolution et du premier Empire a dû en faire aussi des croisades pour mériter ses galons et la Légion d’honneur. Fils de serrurier, c’est dans l’armée qu’il fait carrière en entrant en 1793 à l’école d’application de l’artillerie de Châlons-sur-Marne. Lieutenant du 5 ème régiment d’artillerie à pied, il participe de 1798 à 1801 à l’expédition d’Egypte conduite par Napoléon Bonaparte décidé à bloquer la route des Indes aux Anglais. Maréchal de camp d’artillerie on le retrouve en 1806 en Italie à l’état-major du royaume de Naples auprès de Massena, royaume dont Joachim Murat, beau frère de Napoléon sera roi en 1808.

Bouleversement de l’histoire, Verrier qui avait juré de se dévouer au service de l’empire doit quelques années plus tard jurer fidélité au roi. Et celui qui dût plaider âprement sa cause pour arriver à obtenir la Légion d’honneur « comme tous ceux qui ont fait la campagne d’Egypte » fut plus tard nommé ensuite chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis.

Révolution de 1830: il parvient à calmer les Rémois

Nommé en 1823 général commandant du dépôt de Metz, Bernard Verrier refait vraiment parler de lui quand à la fin juillet 1830, on lui demande de calmer à Reims la colère provoquée à Paris par le roi Charles X qui dissout la Chambre, musèle la presse et modifie la loi électorale au profit de l’aristocratie. Prié de prendre le commandement de la place de Reims et de réorganiser la Garde nationale avec pour aide de camp Augustin de Saint-Marceau, Verrier contrôle assez bien les révoltés qui insultent les membres du clergé et veulent d’abord briser un peu partout les fleurs de lys symboles de la royauté . Verrier ne tergiverse pas non plus face ensuite à des ouvriers rémois qui réclament la destruction de la gigantesque croix de la Mission de 19 mètres de hauteur et de plusieurs tonnes élevée en 1820 lors d’une campagne de rechristianisation « pour expier les outrages faits à l’église depuis trente ans » .

Il fallut , dit-on, que huit équipes de 240 hommes se relaient pour transporter la croix qu’au Rond Point de Mars (l’actuelle Place de la République). En souvenir de cet évènement une urne fut déposé sur le site avec une inscription: « Aux mânes des Français morts pour la conquête de la liberté »

Le maire Florent Andrieux se défausse en prétextant que « la croix ne lui appartient pas « car « elle se trouve hors la ville » (à l’actuel emplacement du monument aux morts place de la République.) Pas question de céder au peuple qui veut faire tomber « ce symbole de la domination tyrannique du clergé et du régime monarchique » . Verrier sollicité sur place refuse d’ordonner à la troupe de mater ces 3.000 manifestants regroupés autour du calvaire et qui l’accueillent aux cris de  » A bas les Jésuites, A bas la croix ». Il règle le problème en ordonnant de faire scier la croix. Ce qui fut fait aux sons de « la Marseillaise » et de « la Parisienne. »

Plus tard, devenu maire de Reims, de Saint-Marceau se félicita qu’aucun mort n’eut été à déplorer à Reims lors de cette Révolution de 1830. « Grâce à de bons citoyens et des membres de la Garde nationale qui se sont mêlés à la masse du peuple agité et firent entendre des paroles de paix et de conciliation. »

Deux mois plus tard, c’est le comte de Chevigné qui remplace Verrier à la tête de la Garde nationale. La ville de Reims honorera le général Verrier en lui donnant le nom d’une rue située entre deux casernes de cavalerie.

Source: Histoire de Reims tome 2 de Georges Boussinesq et Gustave Laurent; Reims: « un siècle d’évènement » de Daniel Pellus; « la vie rémoise » d’Eugène Dupont; wikipédia; base Eléonore du ministère de la Culture.

Alain MOYAT

Hugues Krafft: du globe trotter fortuné au musée le vergeur

Dans le carré protestant, Hugues Krafft est enterré seul à côté de la sépulture familiale

Réputé mondialement comme « voyageur-photographe » Chrétien Pierre Guillaume Hugues Krafft est plus connu à Reims comme le légataire de l’hôtel musée Le Vergeur qu’il avait sauvé en 1910 des Américains, reconstruit après la première mondiale et légué à la société des Amis du vieux Reims . Un fortuné globe-trotter qui a parcouru le monde, appareil photo Zeiss à plaques et coffret d’aquarelles en bandoulière.

Sur la tombe de Krafft: « Je suis la résurrection et la vie: celui qui croit en moi, encore qu’il soit mort, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. »

Il pétille pour une vie facile

Hugues Krafft photographié par Bourne Shepherd

Fils d’un baron allemand venu en France faire fortune, Hugues Krafft né en 1853 à Paris passa toute sa jeunesse à Reims à partir de 1855. Après avoir commencé des études au lycée, malade, il suit des cours avec un précepteur et fréquente même le célèbre collège privé d’Eton (GB). Son père, d’abord représentant puis associé de la maison de champagne Louis Roederer lui promet un bel avenir en lui succédant. Krafft n’est pas du même avis. S’il commence sa carrière comme caviste, en dandy, le champagne, il préfère le boire dans les soirées mondaines, lui qui adore aussi la danse et l’équitation. Engagé volontaire conditionnel au 3ème Régiment du Génie en 1875, Krafft perd successivement son père (1877) et sa mère (1880)et hérite d’une fortune considérable en plus du château de Toussicourt près de Villers-Franqueux (Marne) et un hôtel à Paris, Avenue Vélasquez.

Un deuil dont il se console vite en entreprenant dès 1881 un tour du monde avec son frère Edouard et deux autres amis fortunés en s’inspirant du « tour du monde en 80 jours » publié en 1872 par Jules Verne. Lui boucla son tour du monde en 573 jours. (1)Il découvre d’abord Alexandrie et le Canal de Suez, l’Inde, le Sri Lanka, la Chine, Hawaï, les États-Unis et le Japon qu’il adore.

Un combat de sumo immortalisé en 1882 par Hugues Krafft

Photos, récits et aquarelles pour témoigner

Il découvre aussi la Grèce, l’Espagne, l’Italie, la Bavière. Il poursuit par le Maghreb, l’Egypte, la Palestine, la Bosnie, le Monténégro, la Russie où il assiste au couronnement du tsar Nicolas II, la Transcaucasie, le Turkestan russe. En 1885 il publie chez Hachette son voyage autour du monde.

C’est ainsi qu’il immortalise ses vingt années de voyages dans des expos photos (on parle de 3.000 images sur plaques de verre) , en aquarelles, dans de nombreuses publications et lors de conférences . Membre de nombreuses sociétés (touchant à l’art et à la géographie, mécène, il reçoit la Légion d’honneur des mains du président Sadi Carnot.

Hugues Krafft passionné aussi par l’histoire, la géographie et l’art

Profondément épris du Japon il fait réaliser par Wasuke Hata le premier jardin japonais de France (Midori no sato: « colline de la fraîche verdure ») dans sa propriété de Loges-en-Josas.

Une association pour mieux faire connaître l’artisanat d’art

Si un accident de bicyclette l’handicape à partir de 1896, Krafft n’oublie pas Reims où avec l’architecte Ernest Kalas il crée en 1909 la Société des amis du vieux Reims avec pour but de faire mieux connaître l’artisanat d’art.

C’est dans cet esprit qu’en 1910 il rachète l’hôtel Le Vergeur au nez et à la barbe des américains qui voulaient le bâtiment juste pour y enlever dans une salle gothique son magnifique plafond sculpté polychrome du XV ème siècle.

La gestion de lhôtel Musée Le Vergeur (Place du forum à Reims)est passée sous la coupe de la ville en 2019.

Mal récompensé par ce beau geste puisque l’hôtel souffrira énormément des bombardements de 1914-1918 (le fameux plafond fut même détruit) , Krafft n’hésite pas à revendre sa somptueuse collection d’extrême Orient pour reconstruire l’hôtel à partir de 1924, y habiter aux étages et organiser en 1930 son musée au rez-de-chaussée.

Krafft légua aussi à la ville une magnifique collection d’oeuvres du peintre Jacques Brascassat

Décédé à Reims le 10 mai 1935, Krafft légua l’hôtel musée le Vergeur à la société des Amis du vieux Reims. Il fit don aussi au musée des Beaux-Arts de Reims d’une imposante collection de tableaux et dessins (on parlait à l’époque de 114 peintures et 900 dessins (2)réalisés par Jacques Brascassat qui les avait lui-même légué au papa d’Hugues Krafft, son mécène.

La gestion du musée Le Vergeur a été reprise en 2019 par la ville de Reims.

(1)Lire l’article d’Isabelle Chastang dans le numéro 18 de Regards sur notre patrimoine, bulletin de la société des Amis du vieux Reims

(2)(Un chiffre fortement revu à la baisse des décennies plus tard…. Erreur de comptage ou détournement?)

Source: presse rémoise du 11 mai 1935; la vie rémoise d’Eugène Dupont; écrits inspirés par Amélie Trabichet Beaujouan conservateur du Musée le Vergeur et Isabelle Chastang biographe de Krafft; wikipédia.

Alain MOYAT

2/2.-1814: Le prince Gagarine, un cosaque qui ne méritait pas les honneurs

Un singulier monument qui pose beaucoup de questions. En 1893/1894, un hommage a été rendu au cimetière du Nord aux soldats français et russes morts en mars 1814 lors de la bataille de Reims. Si l’hommage à César de Vachon de Belmont Briançon est compréhensible (1) celui rendu au russe Gagarine « commandant des Baschkirs  » est plus contestable. D’abord il n’est pas mort à Reims. Mais surtout à cette période, les cosaques ont commis beaucoup d’exactions dans le pays rémois. Le monument viendrait plutôt sceller l’alliance franco russe militaire, économique et financière signée en 1892 entre les deux frères ennemis (« hostes fratres ») de 1814.

Le prince Gagarine a été fait prisonnier le 5 mars à Berry-au Bac. Et nul ne sait (sauf à pouvoir consulter des archives russes si elles existent encore) quand et où il est mort

6 février 1814 .- Une poignée de cosaques qui n’a rencontré aucune résistance pour entrer en ville, (le maire Nicolas Ponsardin ayant pris la poudre d’escampette), la ville de Reims est occupée. Au passage des Prussiens, succède celui de l’armée russe de Winzingerode qui quitte la ville le 1 mars pour aller à la conquête de Soissons.. Ne reste plus sur sur place qu’une poignée de cosaques commandés par le prince Gagarine « un jeune officier sans expérience, très infatué de lui même et entiché de sa situation sociale. Ferme mais avec peu d’autorité « le commandant des hussards de Belorouski et des cosaques de la garde impériale russe (1) ne contrôle pas les exactions de ses hommes. Comme en témoigneront les monographies de villages du pays rémois, durant l’occupation de Reims, les cosaques ont été odieux. « Ils obligent les femmes de Montbré à se sauver dans les bois glacés; violent des enfants de dix et onze ans à Rilly et Taissy; martyrisent des vieillards pour connaître leurs caches; réquisitionnent des filles pour les soldats. » Gagarine menaça même les autorités rémoises (encore là) de brûler le quartier Dieu lumière si les derniers canons des troupes coalisées n’étaient pas assez vite évacués au delà du faubourg de Vesle.

Il prend la poudre d’escampette le 5 mars

C’est dire que peu de Rémois ne l’ont regretté quand le 5 mars, arrivant de Fismes le général Corbineau et la division Laférière ont pénétré dans Reims à 4 heures du matin. N’ayant, paraît-il, pas eu le temps de s’habiller, le prince Gagarine et plusieurs centaines d’hommes ne durent leur salut qu’en prenant la fuite à bride abattue en direction Berry-au-Bac. C’est là qu’il est fait prisonnier par le brigadier Lallement des dragons de la garde. « On leur a pris 200 hommes et presque autant de chevaux« explique Nansouty dans un rapport. « On a pris un prince Gagarine major. Je l’ai envoyé à votre majesté. »

La suite: une grande inconnue

Voilà pour les faits. Alors, si on les compare aux inscriptions sur le monument du cimetière du Nord, Gararine n’est pas mort à Reims, porte de Paris. Il n’est pas mort non plus lors de la bataille de Reims qui se déroula les 13 et 14 mars. Force est de reconnaître qu’on en sait pas plus sur le devenir de ce commandant russe peu estimable. Ni sur Joseph de Heck, mentionné lui aussi sur le monument.

Si le monument commémoratif est bien un mausolée pour César de Vachon de Belmont Briançon; pour le prince Gagarine il s’agit seulement d’un cénotaphe… De circonstance.

Ce que l’on peut imaginer, c’est que soucieux de rapprocher les deux peuples quelques mois après l’alliance franco-russe de 1892, ce monument a été élevé à Reims, comme le signe d’une amitié retrouvée entre Français et Russes. Et comme il fallait bien inscrire le nom de militaires russes, le prince Gagarine a été choisi. Le méritait-il. Sans doute pas.

Qui saura un jour nous dire comment et où il a fini ses jours. C’est une autre histoire à écrire.

Alain MOYAT

(1)https://reimscimetieredunord.fr/2021/04/16/cesar-de-vachon-de-belmont-briancon-tue-a-la-bataille-de-reims-13-mars-1814/(ouvre un nouvel onglet)

(2)et non les Baschkirs

Sources: Reims en 1814 pendant l’invasion par M.A.Dr, pseudonyme du colonel Fleury (1857-1925).

–Site de Christian Hanry: napoleonprisonnier.com/lieux/reims.htlm (sur les traces de Napoléon et de l’empire à Reims)

-wikipedia.

1/2 César dE Vachon de Belmont-Briançon tué à la bataille de Reims (1814)

Edifié en 1893/1894, un monument entouré d’une grille rend hommage à César de Vachon de Belmont-Briançon colonel major du 3 ème régiment des gardes d’honneur décédé le 13 mars 1814 lors de la bataille de Reims. Curieusement le monument y associe en même temps les soldats russes dont le commandant Gagarine (1) Etonnant quand on sait les exactions infligées par les envahisseurs cosaques envers les habitants du pays rémois .

Fils d’un maréchal de l’armée du roi Louis XVI, César-René-Marie-François-Rodolphe de Belmont-Briançon est entré en 1785 à l’Ecole militaire . Nommé garde du corps du roi de la compagnie du Luxembourg en 1788, il fait ses premières armes comme sous lieutenant du régiment de cavalerie d’Orléans. Trois ans plus tard on le retrouve comme aide de camp de son père au sein de la 3ème Division militaire de Metz. Capitaine du 15 ème régiment d’infanterie en 1782 puis capitaine du 1er régiment des hussards la même année, sa carrière fulgurante connaît un coup d’arrêt brutal à la Révolution.

René-Marie-François-Rodolphe de Belmont-Briançon (peint par Horace Vernet)

Issu d’une famille noble il ne fait plus bon rester en France à cette époque. Qu’à cela ne tienne, il quitte son pays pour rejoindre à Trèves l’armée des princes, appelée aussi l’armée des émigrés et il devient l’aide de camp du Maréchal de Broglie.

Inscription sur l’une des quatre surfaces du monument

Rentré en France au moment du Consulat il est fait chambellan de l’empereur en mars 1813. Nommé la même année colonel major du 3 ème régiment des gardes d’honneur il participe en octobre à la campagne d’Allemagne: bataille de Leipzig (bataille des Nations)et celle de Hanau. Il enchaîne avec les batailles de Montmirail et de Château-Thierry (février 1814) contre l’armée des coalisés. A la tête de son régiment il repousse les tirailleurs prussiens et s’empare de plusieurs pièces d’artillerie dans le village de Viffort.

Tué le 13 mars dans les faubourgs de Reims

Le 13 mars 1814, c’est la bataille de Reims. La ville est occupée par un corps russo-prussien commandé par le général Saint-Priest. Ces derniers résistent avec acharnement dans le faubourg de Vesle, alors que presque toute la ville est évacuée à la suite de l’attaque fulgurante du maréchal Marmont . En fin d’après-midi, Napoléon, qui veut en finir, lance le 3e régiment des gardes d’honneur de Belmont-Briançon sur les Russes. Lors de la charge, Belmont est entouré de plusieurs dragons russes mais il parvient à être dégagé à la suite de l’intervention du garde d’honneur François Daguerre qui met en fuite le groupe d’ennemis. Malheureusement, arrivé dans le faubourg, le colonel Belmont-Briançon est tué net par un coup de feu. Il est enterré le lendemain matin au cimetière du Nord.

Alain MOYAT

(1) https://reimscimetieredunord.fr/2021/04/17/1814-le-prince-gagarine-un-cosaque-qui-ne-meritait-pas-les-honneurs/(ouvre un nouvel onglet)

Sources: wikipedia.

-Reims en 1814 pendant l’invasion par M.A.Dr, pseudonyme du colonel Fleury (1857-1925).

-Site de Christian Hanry: napoleonprisonnier.com/lieux/reims.htlm (sur lestraces de Napoléon et de l’empire à Reims)

Une obélisque à pattes de lion pour L.Vider le bon père

Une obélisque à pattes de lion

 » Sous cette pierre, sont les cendres de L.Vider, bon père décédé en 1823″.

Si vous passez dans le canton 2 du cimetière du Nord, vous verrez peut-être cette drôle d’obélisque à pattes de lion élevée par un fils rendant hommage à son père. Un monument qui comporte trois marches et sur lequel on peut d’ailleurs voir plusieurs bas-reliefs: un pélican, un sablier et un oeil, autant de symboles souvent vus sur les tombes.

L’oeil (photo A.M 2021)

L’oeil qui représente l’oeil de Dieu (ici peut-être le père) qui voyait tout et qui savait tout.

Le pélican (photo A.M.1998)

Le pélican symbolisant l’amour paternel qui ne recule devant aucun sacrifice.

les pattes de lion (photo A.M.2021)

Le lion protecteur, symbole de justice et de bravoure.

Alain MOYAT

l’abbé Pierre Charlier fondateur de l’orphelinat de Béthléem

Document : la vie rémoise d’Eugène Dupont

L’abbé Pierre Charlier a bien mérité d’avoir sa tombe à perpétuité dans le canton 9 du cimetière du Nord. Sensible à la situation dramatique dans laquelle vivaient les orphelins de son époque, il a créé en 1837 l’orphelinat de Béthléem qui continue son action en faveur des mineurs en difficultés depuis 1966 dans l’établissement laïc du Foyer Saint-Rémi .

Un généreux ardennais

Né en 1804 dans la commune ardennaise de Flaigne les Oliviers (aujourd’hui Flaignes-Havys )Pierre Charlier devenu prêtre pour aider son prochain commença son action dans la paroisse de Bétheny. C’est en devenant aumônier de l’Hôtel Dieu qu’il fut particulièrement ému par les conditions dramatiques des orphelins chétifs et souffreteux confiés par l’administration des hospices à des familles rémunérées .

En 1835 il aurait fondé une école d’apprentissage près de l’église Saint Remi , école qui se serait déplacée rue Carrouge puis rue Chanzy.

En 1837, grâce au produit d’une souscription publique lancée avec des actions vendues dans la presse et sur le conseil du cardinal Thomas Gousset, il crée rue Jacquart une oeuvre de protection et d’enseignement des orphelins: l’orphelinat de Béthléem ouvert aussi aux enfants abandonnés par leurs parents et aux jeunes délinquants. Le but: donner aux enfants des familles pauvres une éducation chrétienne et des travaux manuels.

Il s’agissait à l’origine d’un terrain de 5 hectares dont quatre hectares de jardin. Sur le reste création de salles de classe, d’études et de dortoirs. Les enfants âgés de 13 ans étaient envoyés chez les industriels.

« Ayant obtenu le statut de « père nourricier » il dit aux enfants: « vous n’êtes plus sans famille. Vous avez un nom. On vous appellera « les enfants Charlier. »

En 1843 l’établissement connu une épidémie de typhoïde. Sur les 80 pensionnaires de l’orphelinat, 70 furent touchés et 15 moururent.

Pour toute son oeuvre, il fut décoré en 1857 chevalier de l’ordre impérial de la Légion d’honneur et put bénéficier pour ses subsides des bourses Napoléon.

En 1919 l’établissement de la rue Fery tenu par des religieuses de la congrégation Saint-Vincent de Paul s’est vu confier l’orphelinat de garçons.

En 1966 l’association laïque :Foyer Saint-Remi prit le relais. Son but: être une maison de l’enfance à caractère social pour accueillir les mineurs en difficultés.

Salué par l’Académie de Reims

L’académie de Reims ayant choisi l’éloge de cette belle création pour sujet d’un de ses concours, de nombreuses pièces de vers lui furent adressées. Celle qui fut couronnée avait pour épigraphe :

L’œuvre….. c’est l’homme .
Le poète raconte ainsi les humbles commencements de Bethléem :
La veille de Noël mil huit cent trente-sept,
Le soir, dans une grange, et presque sans lumière
Un prêtre et cinq enfants adressaient leur prière
À ce Dieu des Chrétiens, qui du haut de sa croix
Priait pour notre monde et celui d’autrefois…
C’étaient l’abbé Charlier et ses premiers pupilles !…
Bethléem !
Trois fois il t’a fallu changer de domicile
Avant de pouvoir dire : «  Ici, je suis chez moi,
Libre, chéri de tous, protégé par la loi ».
Et pour finir l’auteur s’écriait :
O Rheims ! qu’à l’avenir le présent fasse envie !
Bethléem est à toi, c’est ton œuvre …. et  tu sais
Que si l’on peut compter tous les jours de sa vie
Dieu seul… du bon Charlier peut compter les bienfaits 

Source: la vie rémoise ( 1865-1868) d’Eugène Dupont. L’Académie de Reims.

Alain MOYAT

Lié Louis Périn, miniaturiste, portraitiste

A l’état d’abandon au cimetière du Nord, sa sépulture à perpétuité a été reprise par la ville en 1978. Mis à l’honneur par le musée des Beaux-Arts qui présente une exposition en son honneur au Musée Le Vergeur (expo victime de la Covid en 2020/2021), le rémois Lié Louis Périn (1753-1817), miniaturiste, portraitiste mérite d’être connu.

Quelques miniatures de Lié Louis Périn

Pas question de devenir curé ou d’être fabricant de laine comme son père et ses cinq frères et soeurs . Séduit par les cours gratuits du rémois Jean-François Clermont, Lié Louis Périn, lui, veut devenir artiste. Pour celà, il se rend à Paris où il découvre les ateliers de Sicard et Lemonnier, et découvre sa vraie vocation de miniaturiste chez Alexander Roslin .

Dans une période (La Terreur)où la vie ne tient qu’à un couperet de guillotine, beaucoup veulent laisser un souvenir à leurs proches. Alors Périn gagne sa vie en réalisant dans les salons et jusque dans les prisons des miniatures (petits portraits à la gouache)sur de l’ivoire, du velin, du carton et des petits objets: broches, bracelets, bagues, ceintures. Fin, élégant et précis, son travail l’enrichit et lui confère une belle notoriété.

Portraitiste et opportuniste

Peintre de chevalet le Rémois réalise aussi des portraits en pied de personnalités: le sculpteur Houdon, la duchesse de la Rochefoucauld, la duchesse d’Orléans etc. On lui attribuera même bien longtemps après sa mort un portrait de la reine Marie Antoinette intitulée « la petite reine » qui n’était en réalité que la représentation de Justine Philippine Elisabeth Justine de France, 8 ème enfant de Louis XV et de son épouse Marie Leszczynka.

Durant une longue période on a cru que ce portrait intitulé « la petite reine » de Périn était celui de Marie Antoinette. Il s’agissait en fait après expertise de la huitième enfant de Louis XV
Pour faire parler de lui il peint une célèbre courtisane surnommée « la demoiselle du thé! »

Exposés plusieurs fois aux Salons organisés par les artistes de l’Académie royale, les portraits de Périn jugés « de qualité modestes avec des poses raides »ne font pas un tabac. Qu’à celà ne tienne, le Rémois fait parler de lui en réalisant deux portraits d’une courtisane à la mode: Rosalie Gérard Duthé, surnommée « la demoiselle du Thé », maîtresse du comte d’Artois. Il peint d’elle un portrait en pied de plus de deux mètres de haut et un plus petit où elle est nue.

« Mais la Révolution lui enleva le fruit de ses travaux, lorsque la conversion en papier-monnaie rendit bientôt la petite fortune, qu’il avait acquise, sans valeur. »

De retour à Reims

Anne Félicité Salbreux, peinte par son mari Lié Louis Périn

Presque ruiné, l’artiste père de deux enfants revient en 1799 à Reims où son épouse Anne Félicité Salbreux relance une manufacture d’étoffes tandis que lui, au fil de ses rencontres réalise le portrait de personnalités Rémoises et Lyonnaises.

Son fils Alphonse Henri Périn peintre, architecte et historien est l’auteur, en 1833, des peintures murales de la chapelle de l’Eucharistie de l’église Notre-Dame-de Lorette  à Paris.

Lié Louis Périn est mort d’une apoplexie en 1817.

Source; Catherine Delot, musée de Reims, musée de Tous, Wikipédia,

Alain MOYAT

René Richard Louis Castel, poète et naturaliste, ami du comte Louis de Chevigné

Sur la tombe on peut lire un extrait du « poème des plantes »: « C’est lui qui le premier sur le mont poétique à la cour des neuf soeurs mena la botanique »
« Si de mon sang trop froid les débiles esprits
n’osent tenter l’accès des célestes lambris
Je suivrai les ruisseaux: au pied d’un roc sauvage
du rossignol caché j’entendrai le ramage
murmurantes forts, ombrages ravissants,
Vous serez mon amour et l’objet de mes chants. »

Abimée par la pluie, salie par la pollution, sa tombe se délite tout doucement mais inexorablement dans le canton 2. Déjà éloigné de son Calvados natal, René Richard Louis Castel (1758- 1832)mort du choléra à Reims peut se consoler, inhumé pas très loin de son élève et ami le comte Louis de Chevigné, époux de la fille de la Veuve Cliquot.

René Richard Louis Castel à la fin de sa vie. Portrait à l’huile de Louis Germain

Rien ne prédestinait René Richard Louis Castel à finir ses jours à Reims. Né à Vire d’un père directeur de la Poste, le Normand aurait dû suivre les destinées de son père après de longues études au lycée Louis Le Grand à Paris.

Premier maire de Vire

Passionné de nature et de botanique, Castel nommé procureur syndic avant la Révolution, (c’est à dire magistrat chargé d’assurer le lien entre le pouvoir exécutif et les administrations)entre en politique. Marié en 1783 à Angélique Dehieu; favorable à la Révolution; il devient le premier maire de Vire dont il occupe les fonctions de février à juillet 1790. Avec 214 voix sur 413 Il est ensuite élu le 10 septembre 1791 député du Calvados à l’Assemblée Nationale législative et siège chez les constitutionnels modérés . Mais défenseur de la monarchie et de la royauté, hostile à la folie violente qui s’est emparée de la France, il est exclu des Jacobins. Fini la politique. Il ne se consacrera plus qu’à ses vraies passions, la poésie et la nature.

Editeur et auteur

De 1793 à 1803 il édite une version adaptée de l’histoire naturelle de Georges Louis Leclerc comte de Buffon selon la classification de Lunné (1)

En 1797 Castel publie d’abord « Les plantes » une longue série de poèmes lyriques mais très documentés scientifiquement. L’ouvrage est divisé en autant de Chants que de saisons. Il consacre le printemps à l’entretien du jardin; l’été à l’arrosage et au célèbre éclat des plantes à leur maturité; l’automne aux champignons et l’hiver au travail de la serre. Chaque chapitre est suivi d’une nomenclature linnéenne des espèces évoquées (1).L’ouvrage sera traduit en six langues dans toute l’Europe.

En 1801 il publie : « l’histoire naturelle des poissons »illustrée par Bloch avec des figures dessinées d’après nature.

Nommé professeur des belles lettres au collège Louis le Grand en 1803 il donnera le goût de la poésie à de nombreux élèves dont le jeune orphelin Louis le comte de Chevigné avec lequel il entretiendra à partir de 1813 et jusqu’à sa mort une importante correspondance intitulée: « Lettres de René Castel au comte « Louis de Chevigné, son élève et ami ».

Inspecteur général de l’université en 1809, il apprendra en 1815 sa révocation par le journal « Le Moniteur ». Il terminera tout de même inspecteur de l’école royale militaire où il exercera de 1816 à 1818.

Entre temps, sa passion pour l’écriture l’a amené à écrire un opéra en trois actes en 1813 intitulé: « Le prince de Catane », d’après « l’éducation d’un prince » de Voltaire.

C’est finalement est à Reims que le poète Castel peut vivre sereinement sa retraite, invité par le Comte Louis de Chevigné (fameux auteur des « Contes rémois ») dans son somptueux hôtel de la rue Cérès.

La statue de Castel fiancée par le Comte Louis de Chevigné a d’abord décoré les jardins du château de Boursault avant d’être léguée à la ville de Vire

L’estime entre ces deux poètes était si grande que le comte Louis de Chevigné finança la tombe de René Richard Louis Castel au cimetière du nord de Reims avant de faire réaliser par le statuaire Jean Baptiste Joseph Debay une statue de bronze de son professeur qu’il installa d’abord dans les jardins de son château de Boursault avant de l’offrir à la ville de Vire en 1862.

Si la ville de Reims n’entretient pas plus que celà la tombe de Castel, le poète et botaniste a donné son nom à une place à Vire et à un Ehpad à la Valdallière (Calvados)

Source BNF Gallica, Castel par François Cazin et Jean Porquet, canalblog de Davis Shenandoah, wikipedia.

Alain MOYAT

(1)En 1735, Carl von Linné (1707-1778) publie le premier essai de classification systématique des trois règnes minéral, végétal et animal. Son Système de la nature divise les animaux en six groupes (quadrupèdes, oiseaux, amphibiens, poissons, insectes, vers), déterminés en fonction d’organes spécifiques : dents, bec, nageoires ou ailes. La dixième édition, de 1758, généralise le système de nomenclature binomial avec un double nom latin, générique et spécifique, pour chaque espèce.

Florens-Louis Heidsieck fondateur de la célèbre marque de champagne

Surprise dans le cimetière du Nord. En passant devant une grande tombe en marbre gris très sobre et en excellent état j’ai eu la surprise en découvrant sous le large bandeau : « Famille Walbaum », nom très connu des vieux rémois, un autre nom pas moins célèbre dans le monde entier: Heidsieck.

En effet au dessus du nom de Ferdinand François Walbaum ( 1813 – 1883), de son épouse Frédérike Louise Luling (1821-1861) et de Johanne Marie Luning (1825-1889), on peut y lire celui de Florens Louis Heidsieck (1749-1828) fondateur en 1785 de la marque de Champagne Heidsieck &Co . Une marque suivie ensuite au grès des années, des sissions, des procès et des mariages des marques Heidsieck Monopole, Piper Heidsieck, Charles Heidsieck.

Florens Louis Heidsieck

Fils d’un pasteur luthérien, Florens Louis Heidsieck, né en 1749 en Westphalie (Allemagne) était venu en France pour y découvrir le négoce de la laine. Amour, hasard ou opportunité, il épousa en 1785 à Reims, Agathe Perthois, fille d’un négociant en drap de laine et de vins(décédée le 25 janvier 1812). Plutôt attiré par le commerce des vins de Champagne il mit son dynamisme à développer sa propre marque « Heidsieck & Co ».

Il fit déguster ses vins de Champagne à la reine Marie Antoinette en personne.

N’hésitant pas à parcourir l’Europe en calèche, il rencontra même en Lorraine la reine Marie-Antoinette pour y faire découvrir « une pinte » de son meilleur vin.

Demeurant à Reims, rue Albert Reville, il n’hésita pas à réunir chez lui des adeptes du culte réformé interdit à cette époque dans la ville. Epousant la nationalité française il fut aussi membre de la Garde municipale.

Son fils Henri Louis étant décédé à l’âge de cinq ans, son affaire fut dirigée à sa mort (1828) par trois de ses neveux: Auguste Delius, C. Heidsieck et Henri Louis Walbaum. C’est Ferdinand Walbaum père qui fut désigné comme seul et unique héritier testamentaire de Florens Louis Heidsieck son grand oncle. Des dissensions familiales aboutirent en 1834 à la dissolution de la société originelle « Heidsieck & Co ».

Si Auguste Delius s’orienta vers la banque, ses autres neveux poursuivirent l’activité de commerce des vins de champagne. Et c’est ainsi qu’apparurent d’autres marques familiales avec des durées de vie plus ou moins longues: « Walbaum-Heidsieck », « Heidsieck Monopole », Charles Heidseick », Charles Heidseick Henriot », Piper-Heidsieck etc. Une longue histoire qui demanderait des pages et des pages et un immense arbre généalogique tant il est difficile de s’y retrouver dans les multiples appellations données au précieux breuvage Heidsieck au cours du XIX ème et au début du XXème siècle . Mais c’est une autre histoire. ..

Au gré d’un procès qui dura plus d’un siècle, des alliances, des hyménées et des rachats, on y retrouve ainsi des noms bien connus dans la cité champenoise, notamment: Piper, Kunkelmann, de Suarez d’Aulan, Goulden, Henriot. Avec une mention particulière à Florens Walbaum qui fut le premier président du commerce des vins de Champagne de 1882 à 1893.

Sources: « Grandes marques et Maisons de Champagne par André Garcia; wikipedia; le courrier de la champagne.

Alain MOYAT

Jean-Baptiste Pierre Léon Jeuge, dit Jean d’Arvor, grand-père de PPDA

Force est de reconnaître que son petit fils, plus connu sous les initiales de PPDA (Patrick Poivre D’Arvor), journaliste de TF1 et écrivain, est plus connu que lui. Reste que les amateurs de poésie apprendront que Jean-Baptiste Pierre Léon Jeuge, dit Jean d’Arvor (1883-1970), arrivé à Reims en 1928 a laissé de nombreux poèmes à la postérité dont plusieurs sonnets qui évoquent la cathédrale de Reims et lui ont valu la médaille d’argent de l’Académie de Montauban et un prix au 22ème congrès des Écrivains de France à Reims en 1953.

Rien ne prédisposait pourtant cet auvergnat, né à Pionsat (Puy de Dôme), très tôt orphelin à prendre la plume pour ciseler des poèmes de gloire et de foi sur sa région natale puis sur sa ville de Reims d’adoption célèbre pour sa cathédrale Notre-Dame.

En effet, c’est dans le travail du cuir, à Montluçon qu’il commença sa vie professionnelle. Mais c’est la découverte d’un atelier de reliure qui lui donna le goût de la littérature puis de l’écriture. Manufacturier dans une usine de caoutchouc à Clermont-Ferrand, c’est en 1928 qu’il arriva ainsi à Reims pour monter une affaire de gros en chaussures.

PPDA s’attribue le pseudo de son grand-père

Jean-Baptiste Jeuge épousa Eugénie Alexandrine Jouannet, puis Marie Victorine Nore 1896-1972).

Sa fille Madeleine Jeuge épousa Jacques Poivre. De cette alliance sont issus le journaliste Patrick Poivre d’Arvor (1947) et le romancier Olivier Poivre d’Arvor (1958), tous deux nés à Reims, 22, rue Talleyrand.

À l’occasion de l’inauguration de la rue (à l’intersection de la rue Monseigneur Georges Béjot et des rues du Docteur Serge Bazelaire et Joannès Brochet) , la famille a fait graver sous l’épitaphe de Jean-Baptiste Jeuge son pseudonyme d’écrivain : Jean d’Arvor.

Patrick Poivre s’est officiellement attribué le pseudonyme de son grand-père d’Arvor .

Jean d’Arvor a aussi sa rue à Pionsat (63) depuis 2013.

Jean-Baptiste Jeuge et sa seconde épouse reposent au cimetière du Nord.

Source: généalogie d’Alain Garric, Wikipedia, les rues de Reims de Jean-Yves Sureau

Alain MOYAT

Etienne Alfred Luton vulgarise les injections hypodermiques

Le canton 7 du Cimetière du Nord abrite la tombe du Docteur Etienne Alfred Dupont né à Reims en 1830 et décédé en 1896.

Docteur en médecine en 1859, suppléant d’anatomie et de pathologie interne à l’hôtel Dieu, il fut titulaire de la chaire de la clinique interne et nommé en 1861 directeur de l’école de médecine et de pharmacie de la ville.

Si les Rémois connaissent la place qui porte son nom et accueille tous les jeudis un marché apprécié, peu savent que ce médecin fut l’un des premiers à vulgariser en France l’usage des injections sous cutanées à effet local (seringue de Pravaz). Un sérum porte même son nom: le sérum Luton employé contre la diarrhée cholériforme enfantine.

La seringue de Pravaz

On lui devrait aussi le traitement du goître par les injonctions interstitielles de teinture d’iode.

Marié à Louise Olympe Angéline Tonnelet, Alfred Luton était aussi poète et amateur d’art. Il travailla aussi au dictionnaire de médecine et de chirurgie et fit un essai sur la guérison de l’alcoolisme par la strychine.

Pour la petite histoire, son arrière petite fille Monique Luton (1924-2005) était écrivaine sous le nom de Claude Orcival. Elle était l’épouse d’Alain Peyrefitte, successivement ministre de la Justice, des Affaires culturelles et de l’environnement, des Réformes administratives, de l’Education nationale, de la Recherche scientifique et de l’Information.

Si Alfred Luton a une place à son nom, on le doit à un mécène Eugène Parmentier qui offrit en 1899 le terrain à la ville à la condition qu’elle portât le nom du fameux médecin.

Son fils Ernest dans ses pas

Fils d’Etienne Luton, Ernest Luton (1863-1916) consacra aussi sa vie à la médecine. Il fit sa thèse à la faculté de Paris sur le thème: « le traitement de la tuberculose par les sels de cuivre. » En 1896 il conseilla l’utilisation de l’eau oxygénée en injections pour le traitement du psoriasis.

Sources: la vie rémoise d’Alfred Dupont, Wikipédia, presse locale.

Alain MOYAT

Adolphe David un patron rémois ayant foi dans le socialisme

Adolphe David 1808-1849)

Avec Eugène Courmeaux, qui repose comme lui au Cimetière du Nord, nous avons évoqué la naissance d’un grand mouvement socialiste à Reims lors de la révolution de février 1848 ayant entraîné l’abdication du roi Louis Philippe. Ce mouvement n’aurait pas pu naître sans l’investissement aussi d’un groupe de bourgeois dont faisaient partie notamment Dubourg-Maldan, Mennesson -Tellier, Emile Dérodé et Adolphe David (1808-1849), manufacturier, négociant en tissu, partisan lui aussi de la réforme. Avec Courmeaux, plusieurs autres démocrates francs maçons, des dirigeants de sociétés mutuelles et quelques travailleurs acquis aux thèses communistes de Cabet, Alphonse David, soucieux de transformer les conditions des travailleurs et de faire des réformes sociales pour faire le bonheur de l’ouvrier mit en place une administration municipale provisoire. Conseiller municipal en 1846, nommé commissaire de la République en 1848, il n’eut pas le loisir de poursuivre son oeuvre décédant un an plus tard en 1849.

La filature Croutelle incendiée

Illustration histoire de Reims de Boussinesq et Laurent

La révolte à Paris connaît aussi quelques soubresauts à Reims. Le préfet ne voulant pas recevoir le courrier proclamant la République s’enfuit tout simplement. Mis en cause par des citoyens voulant du neuf Carteret accepte à contre coeur de démissionner, laissant place à un conseil municipal provisoire piloté par David, Mennesson, Dérodé et Butot.

Dans la foulée le conseil au complet vote des mesures sociales:

-porte à 1,25F le salaire des ouvriers employés aux travaux de charité,

-met une somme de 2.000F à la disposition du bureau de bienfaisance pour des distributions extraordinaires de pain,

-nomme quatre ouvriers supplémentaires au bureau de bienfaisance pour mieux assurer la répartition et la distribution de ces suppléments.

La Garde nationale

Côté rues, l’agitation est palpable. Le 25 février la préfecture avait déjà été assaillie, des devantures de la rue Neuve et de la rue du Barbâtre enfoncées, des lanternes cassées. Plusieurs gardes nationaux avaient essuyé des jets de pierre.

Le 26 des citoyens surexcités accompagnent David en ville aux cris de « A bas les baïonnettes ». David doit demander à la Garde Nationale de faire preuve de mansuétude. Le 26 février au soir, l’incident le plus grave a lieu à Fléchambault où l’usine du filateur Croutelle est incendiée. Les ouvriers lui reprochaient notamment d’avoir introduit dans son usine les métiers mécaniques « briseurs de bras » et d’utiliser la force hydraulique. Un métier à tisser est vandalisé chez Pradine et Bureau. Un marchand de vin et un autre de tabac sont pillés…

le 27 février, avec l’appui d’ouvriers les incendiaires sont arrêtés par la Garde. Tout rassemblement est interdit et un couvre feu est ordonné. Le conseil siège en permanence à l’hôtel de ville.

Le conseil décide que tous les ouvriers sans ouvrage pourront se présenter au bureau des Prudhommes. Du travail leur sera donné immédiatement. Il demande aussi que l’on dégage au frais de la ville tous les objets engagés au Mont de Piété dont le prêt ne dépasse pas 10F.

Une médaille frappée à l’occasion de la nomination d’Adolphe David comme commissaire spécial du gouvernement pour l’arrondissement de Reims

Chargé de la question financière et industrielle, David est nommé le 1 mars commissaire du gouvernement par décret de Ledru-Rollin. Adolphe David accepte mais demande d’avoir Eugène Courmeaux comme adjoint à la sous-préfecture.

Si l’administration provisoire veut qu’on assure de l’ouvrage à tous les ouvriers et promet d’aider les patrons à payer la main d’oeuvre inutilement employée en occupant tous les bras devenus libres dans les ateliers communaux (entre 2.000 à 3.000 personnes) , l’argent fait cruellement défaut. Les caisses de la ville sont à peu près vides. Qu’a cela ne tienne après consultation … d’un grand nombre de bourgeois, le conseil vote un impôt révolutionnaire de 400.000F.

Le cardinal Gousset

De son côté, le cardinal Gousset forcé de reconnaître la chute de la royauté remplace la prière d’usage pour le chef de l’Etat par la prière « Domine salvum fac populum » (« Seigneur, sauve le peuple ».)

Le projet de fonte de la statue de Louis XV, remplacée par celle de Colbert ne de fait pas « au nom de l’art » plaide Courmeaux.

Le 2 avril un arbre de la Liberté (un peuplier) est planté sur l’emplacement de la croix de la mission démolie en 1830.

Mais la Révolution menace à nouveau quand le Ministre des travaux publics refuse qu’il y ait des ouvriers envoyés pour ouvrir sur la ligne de chemin de fer Reims-Epernay le chantier du tunnel de Rilly-la-Montagne. Le conseil réduit le prix de journée de à 25F pour les ouvriers communaux dont il dissout les ateliers après l’organisation de barricades sur le chantier de la Porte Mars. Il faut l’intervention à Paris de Courmeaux puis de David pour qu’un crédit de 800.000F soit débloqué pour le tunnel de Rilly. Les ateliers municipaux peuvent redémarrer le 15 avril.

Vote d’autres mesures sociales

Le conseil vote de nouvelles mesures:

-Tout citoyen de 21 à 55 ans peut être convoqué dans la Garde nationale comme soutien à la République,

–les journaux entravant la presse populaire ne seront plus cautionnés,

–baisse du prix du pain à 75 centimes pour 3 kg,

-abolition des droits d’entrée sur les boissons, la viande, l’impôt sur le sel,

-baisse du prix des loyers,

-suppression du personnel du haut clergé et baisse des appointements des grands dignitaires de l’église,

-abolition complète et immédiate de l’enseignement mis en vigueur par les prêtres et les rois.

Fatigué, malade, Adolphe qui son poste de commissaire général de l’arrondissement de Reims le 9 juillet.

Fin juillet lors de la première élection municipales au suffrage universel, même si Mennesson et David sont réélus, les conservateurs font un retour à Reims en force avec Carteret, Belin, Werlé, Richardot. Cinq mois plus tard, Louis Napoléon Bonaparte est élu président de la République française.

Le 26 février 1849 Adolphe David meurt. Il était marié depuis 1837 à Alexandrine Victoire Lambert (1808-1889) .

Après sa mort prématurée, son associé et gendre, Jules Warnier, prit la direction des établissements Warnier-David.

Le vent tourne

Signe que les idées socialistes rémoises déplaisent à Paris. Le sous préfet de Reims est muté pour avoir assisté aux obsèques de David. Le succès des listes socialistes au cantonales de mai 1849 va exaspérer un peu plus l’Etat.

Pour avoir dénoncé l’expédition de Rome et la suspension du préfet, demandé la reconnaissance de « la République démocratique et socialiste » et organisé la distribution d’armes aux ouvriers pour entrer dans la Garde nationale, dix sept amis de David sont arrêtés pour « complot contre la sûreté de l’Etat » et placés en détention. Courmeaux perd son poste de bibliothécaire, Maldan celui de médecin de l’administration.

Source: Histoire de Reims par Georges Boussinesq et Gustave Laurent; lettres de Pierre Dubois à Nicolas David

Alain MOYAT

Isaac, fils de Jonathan Holden, expert en peignage de la laine

Isaac Holden (1861-1889)comme toute sa famille repose aujourd’hui en Grande Bretagne (photo A.M.2021)

L’élégant buste posé sur un joli marbre de Carrare sculpté par Joseph Wary dans le canton 25 du cimetière du Nord et signé Thomsen rappelle la mémoire d’Isaac Holden (1861-1889). Le nom de sa mère née Tamar Gill (1828-1892)épouse de Jonathan Holden est aussi inscrit sur la tombe. Mais depuis 1890, la sépulture est vide. Leurs corps ont été rapatriées à Bradford (Grande Bretagne).

Cet élégant vingtenaire était le fils du grand industriel anglais Jonathan Holden (1828-1906) créateur en 1880-1881 d’une usine de peignage située Bd Dauphinot et baptisée « les Nouveaux anglais »; un génial industriel par ailleurs créateur d’une entreprise d’omnibus hippomobiles à Reims, mécène d’une fanfare à Reims et financeur aussi du pavillon bibliothèque-municipale , faubourg Cérès, Place Brouette, réalisé par l’architecte Narcisse Brunette (1888).

Ne pas confondre Isaac Holden et … Isaac Holden

Quelques années collaborateur de l’industrie créée par son père Jonathan, Isaac Holden, décédé très jeune, ne doit pourtant pas être confondu avec le hollandais Isaac Crothers Holden son grand oncle , créateur d’une usine de peignage en 1853 à Reims. Une usine baptisée « usine des Anglais » dont la cheminée culminait à 85m de hauteur au dessus du Bd Saint-Marceaux était située à l’angle des rue des Moissons et Houzeau Muiron.

Une brouille familiale génératrice de… misérables

Jonathan Holden p ère d’Isaac Holden mort très jeune (1861-1889)

Pour la petite histoire on retiendra que Jonathan, le père du jeune Isaac Holden avait appris le métier de peigneur dans l’atelier créé à Saint-Denis chez son oncle Issac Holden. Devenu directeur de l’usine des Anglais créée ensuite à Reims par son oncle associé à Brumley de Bradford, moyennant 20% des bénéfices, Jonathan coupa le cordon ombilical familial quand on lui interdit de créer à son tour une manufacture. En 1880, il fonde alors l’usine des Nouveaux anglais » et crée 75 peigneuses circulaires utilisant le principe des égratteroneuses Harmel qui enlevaient automatiquement les crochets végétaux qui s’accrochaient à la laine des moutons, un travail accompli jusque là avec leurs lèvres par des ouvrières !

On estime qu’en 1880, 89 fabricants représentant 709 peigneuses produisaient 24.800 kg de laine par jour.

Si la brouille familiale a pour effet d’augmenter la production de laine peignée et au final de créer tout de même pas mal d’emplois sur le bassin rémois, force est de souligner que les conditions de travail dans les usines étaient difficiles. A tel point qu’en avril 1880 une révolte prolétarienne s’est développée à Reims avec plus de 12.000 ouvriers/ouvrières qui sont mis en grève 33 jours. Ils réclamaient de ne plus travailler 11 heures par jour mais dix heures et voulaient un peu plus de temps pour prendre leur deux repas au cours de la journée de travail.

La querelle entre les deux Holden eut aussi pour conséquence de voir Isaac Holden demander à l’architecte Alphonse Gosset de construire dans les dépendances de son « usine des Anglais », rue des Moissons, un temple pour les anglicans.

Du côté de son neveu, à la demande de sa seconde épouse née Ellen Sudgen, les obsèques de Jonathan Holden le 7 février 1906 eurent lieu au Temple en présence du général Mayniel; de l’association de la Légion d’honneur, des médaillés militaires et de la Gauloise. « Selon le désir du défunt, ni fleurs, ni couronnes. » Et ces deux citations: « Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur! Oui, dit l’esprit, car ils se reposent de leurs travaux et leurs oeuvres les suives « (Apoc XIV 13).

« En vérité, en vérité, je vous le dis: celui qui croit en moi a la vie éternelle » (Jean VI 47).

Alain MOYAT

(1)Une usine dans laquelle s’est installée la firme Electrolux en 1957)

Source: la vie rémoise d’Eugène Dupont; article de presse du début du XXème siècle: le courrier de la Champagne; wikipédia.

Coup de projecteur sur le plus ancien cimetière de la ville de Reims ouvert en 1787.