Archives pour la catégorie Sépulture remarquable

les coups de coeur de la plasticienne Florence Kutten

Dans un article de L’Union daté du 1 novembre 2019 écrit par Marion Dardard, la plasticienne rémoise Florence Kutten dévoile ses coups de coeur du cimetière du Nord, un trésor du patrimoine rémois qui mériterait, selon elle, d’être mieux connu.

Elle refusa de réaliser une simple copie du bronze volé d’Emile Peynot. « J’ai rajeuniMme Godbert, et je l’ai adoucie; elle regarde en haut; avant, elle regardait de haut. Elle est pensive, déjà partie »

Avec ses tombes dégingandées, sa statuaire exceptionnelle et ses essences mystérieuses, le cimetière du Nord est un joyau du patrimoine rémois. « Un petit père Lachaise » pas assez mis en valeur, selon la sculptrice rémoise Florence Kutten, tombée sous le charme de ce lieu de mémoire unique, spirituel, durant sa psychanalyse, il y a plusieurs années. « Je suis venue ici pendant dix ans, car j’avais besoin de silence, de sérénité; d’un parc où je ne croiserais personne. » Au fil de ses balades d’introspection, elle découvre d’incroyables sculptures; des crucifix inestimables; un musée de l’art funéraire à ciel ouvert. « C’est comme une consolation. ça ne sent pas la mort. Il y a une telle force, une telle énergie dans la pierre, les tombeaux, les arbres rares… Çà parle de la vie. » A l’occasion de la Toussaint, la plasticienne, formée aux Beaux-Arts de Reims par le maître-sculpteur Charles Auffray, puis aux Beaux-Arts de Paris, en taille de pierre, a accepté de nous emmener à la découverte de ses coups de coeur et de ses créations.

« Il faudrait qu’on fasse comme à Paris, qu’il y ait plus de communication« 

« LA DOULEUR »une sculpture façonnée par Théodore Dubois pour la famille Cadot-Tortrat

Dès l’entrée franchit, l’artiste presse le pas vers la gauche, attirée comme un aimant vers « la douleur » (1906), une sculpture « sublime » dédiée à la famille Cadot-Tortrat, façonnée par Théodore Rivière, et lovée dans un tombeau en ciment armée dessiné par l’architecte Ernest Kalas. « On voit aussi de petits anges en mosaïque en arrière-plan. On est avant l’Art déco. Pourtant, il y a une telle modernité! » s’émeut l’artiste de 51 ans, admirative. Tandis qu’on s’éloigne peu à peu de l’agitation de la ville , nous voici devant la chapelle Godbert. Quatre colonnes corinthiennes encadrent un piédestal supportant une république en poudre de marbre du buste de Louise Deverly Godbert (1825-1909)réalisé par … notre guide justement. C’était il y a une dizaine d’années. « C’était il y une dizaine d’année. A la fin de ma psychanalyse, j’arpentais toujours les lieux, quand la Ville m’a demandé de refaire une statuaire. » Un honneur pour l’artiste qui prend la liberté d’y mettre sa touche, refusant de réaliser une simple copie de bronze volé d’Emile Peynot. « J’ai rajeuni Mme Godbert, et je l’ai adoucie; elle regarde en haut; avant, elle regardait de haut. Elle est pensive, déjà partie. »

Un peu plus loin, nouvel arrêt, devant des vierges cette fois. Florence Kutten les a, elles aussi, réalisées pour le compte de la ville. Créées en pierre, elles encadrent l’entrée d’un tombeau comme laissé à l’abandon. Elle passe sa main sur les statues, érodées par le temps. « On pourrait entretenir tout çà, que çà devienne comme un musée. Il faudrait qu’on en fasse un lieu de visite comme à Paris, qu’il y ait plus de communication auprès des touristes. C’est notre mémoire, mais aussi notre culture. » Son regard se perd au loin, vers un autre tombeau. « C’est magnifique. Entretenir ce lieu, c’est aussi se réaproprier la mort, l’énergie d’un être humain. C’est un élément du patrimoine rémois hyper important. Cette relation à la mort l’est tout autant. Aujourd’hui, on s’en débarasse, avec l’incinération. Pourtant, le pire affront pour un être humain, c’est de disparaître sans laisser de trace! »

« SUR LE CHEMIN E LA VIE »

Suite de notre visite à quelques sépultures de là, sur le caveau des parents et du frère du sculpteur René de Saint-Marceaux, que Florence Kutten admire plus que tout. L’oeuvre: « Sur le chemin de la vie « (1907) représente une femme, courbée sous le poids d’un immense linceul en marbre taillé. « J’ai été très émue quand j’ai vu pour la première fois cette sculpture incroyable qui marchait sur la tombe comme un mort-vivant. On ne sait pas où elle va, elle semble déjà avoir peur de l’après… »

L’ENFANT SIMONAR

Un petit tour par la tombe du député Jean-François Xavier Ferrand, dont Florence Kutten a refait le visage en poussière de marbre, et nous voilà face à la statue de l’enfant Simonar dans le canton 22. « La perte, c’est ce qui m’a fait sculpter. On nous donne la vie et on nous la reprend sans notre consentement. Comment peut-on vivre avec cette conscience? J’ai trouvé une consolation dans la sculpture, que j’ai rencontrée à l’âge de 11ans. ça a été comme un appel. Ça a donné une densité à ma vie. Cette perte est devenue un moteur de la création, réponse à ce grand vide. »

C’est pour celà, selon elle, que la statuaire est si présente ici, au cimetière du Nord. « On a besoin de planter, de poser des pierres, du marbre, du granit, du solide, pour contrer cette vie qui disparaît. »

Marion DARDARD (journaliste à L’Union).

Salvatore Corda: frère du célèbre sculpteur

La sculpture d’un homme nu sur la tombe ne laisse pas indifférent le visiteur du cimetière du Nord. Elle est l’oeuvre, offerte à la ville, du sculpteur Mauro Corda rendant hommage à son frère de 24 ans « décédé dans un accident ».

Salvatore Corda (1952-1983) avec cette inscription: « O, non ne t’en vas pas Laisse moi contempler du regard L’ombre chère de tes pas (Photo journal l’union de 2002)
La sculpture bien abimée aujourdh’ui mériterait un entretien (photo Alain Moyat 2021)

Dix neuf années ont passé entre ces deux images prises de la tombe de Salvatore Corda. Et l’on peut remarquer les cicatrices du temps qui viennent altérer la pierre blanche sculptée dans la douleur par son frère sculpteur pour le faire revivre comme il l’a expliqué un jour: « Chacune de mes sculptures, sans le ressusciter physiquement le fait revivre en pérennisant ses émotions et sentiments. »

Rien ne prédisposait Salvatore Corda à être enterré dans un cimetière rémois si ce n’est la profession de son père sarde, venu en Champagne au hasard des chantiers d’ouvrages d’art où le conduisait son métier. Né à Lourdes le 21 avril 1959, Salvatore Corda vécu déjà à Arens, dans les contreforts des Pyrénées. Menant ensuite « une vie d’exil dans toute la France« , il avait un frère: Mauro Corda, sculpteur et une soeur. Après « avoir vécu dans une bicoque à Courcy, un vrai taudis » dira Mauro Corda, la famille est arrivée à Reims. Inscrit aux Beaux arts de Reims, Mauro ira ensuite aux Beaux arts de Paris entamer la carrière qu’on lui connaît. Et des interventions dans les nécropoles, il n’en était pas à sa première. « Pour améliorer l’ordinaire « J’ai taillé dans du Carrare des bas reliefs pour des cimetières parisiens. »

Passionné par la représentation du corps masculin

Dans un entretien réalisé par Patrice de Méritens (extraits tirés du livre Mauro Corda, 2003) l’artiste explique son attirance par la représentation du corps masculin. Il évoque aussi avec pudeur l’homosexualité de son frère Salvatore dont sa mère n’a jamais eu connaissance.

« Ce qui m’intéressait particulièrement, en dessin comme en statuaire, c’était la représentation du corps masculin. Or après cette tragédie, un certain dédale intérieur allait me porter vers l’évocation de l’homme dans l’amour. L’absence. Le recueillement. « La Déchirure » montre la séparation de deux hommes qui s’aiment. Au fil des ans, de retour à Paris, et aujourd’hui encore, m’obsède le thème de l’androgynie. Comment en montrer l’élégance? Il n’est pas question de se placer dans la mode en représentant de façon insistante, ou pesante, l’homosexualité telle qu’on la voit s’étaler ou se complaire, mais le sentiment d’amour qui lui revient. La Déchirure, ce couple qui s’arrache – par sa fluidité lors de sa fusion, sa finesse de grain, le compact de sa matière, le bronze s’accommode de la violence: il la retranscrit au mieux – ou bien encore l’Androgyne, personnage double, entité ambiguë que je vais façonner, doivent être désirables et désirés par le public ordinaire, échappant à un quelconque communautarisme. Ce que je veux, c’est l’universel.

Question.-C’est aussi la célébration du deuil de votre frère.

« Exactement! Lui dire que je l’accepte plus que jamais. Avant, je tolérais sa marginalité sans problème, sans me poser de question. Depuis, j’ai intégré sa mémoire pour l’admettre de manière absolue, pour la transcrire, l’offrir à l’intelligence du monde. Qu’il ne soit, en quelque sorte, pas mort pour rien. Chacune de mes sculptures, sans le ressusciter physiquement, le fait revivre en pérennisant ses émotions et sentiments. Il était si troublé de n’avoir rien dit à ma mère! Chargé de cet héritage, j’avais pour mission de faire accepter sa vérité par d’autres gens, avec l’écriture qui m’est propre. »

Sur la tombe de Salvatore, on peut lire cette épitaphe en forme de supplique de Mauro Corda:

« O, non ne t’en vas pas

Laisse moi contempler du regard

L’ombre chère de tes pas . »

Alain MOYAT

Source: Entretien avec Mauro Corda , réalisé par Patrice de Méritens extraits tirés du livre MAURO CORDA, 2003. L’interview complète sur: http://www.galleriadelleone.com/artistes/corda/corda-bio-fr.htm

Louis de chevigné: une vie de comte et de contes

La chapelle-caveau dans le canton 2 du cimetière du Nord (photo AM 2021)

Reposant dans la chapelle-caveau de la famille Cliquot Ponsardin (canton2), Louis Marie Joseph comte de Chevigné (1793-1876), gendre de la Veuve Cliquot, est connu pour ses contes Rémois légers, pétillants et grivois. Elève puis ami de Louis Castel , auteur du « Poème des plantes », il commanda aussi la Garde nationale rémoise durant près de vingt ans.

Sa famille victime de la Révolution

Né le 30 janvier 1793 en Vendée Louis Marie Joseph de Chevigné n’eut pas le temps de connaître longtemps ses parents Chouans, disparus dans les tourments de la Terreur révolutionnaire. Orphelin avec sa soeur Pélagie, sauvé par la demoiselle Duchenet, il connut des débuts difficiles avant d’être récupéré en 1802 par son grand-père de retour d’émigration. Après des études au lycée à Nantes, c’est à Paris qu’il entre au lycée impérial où il a la chance de rencontrer Louis Castel, un professeur, vite précepteur qui lui fait découvrir le goût de la poésie. Et qui deviendra son ami jusqu’à la mort.

Fervant royaliste, Louis Chevigné, engagé dans la Garde nationale milite à Savenay (Loire inférieure) pour défendre les Bourbons contre un retour de Napoléon. Actif, après le désastre de Waterloo (1815), il part à Gand durant « les 100 jours » avec Louis XVIII qu’il ramène à Paris.

Mariée en 1817 à Clémentine Cliquot, la fille de Barbe Nicole Ponsardin (plus connue sous le nom de Veuve Cliquot), Louis de Chevigné est à l’abri du besoin. Ils vivent régulièrement dans le château de Boursault près d’Epernay , (1) y organise des repas et des chasses. Cela ne l’incite pas à faire de poèmes comme le souhaiterait Castel devenu son ami qu’il retrouve régulièrement.

S’il traduit bien une oeuvre en vers de Virgile (« le moretum »), il faut attendre 1825 pour le voir accoucher de quelques poèmes personnels sur des sujets variés: la chasse, des odes au champagne, aux vins de Bourgogne et au cidre… En 1827 il publie ses premiers contes puis une vingtaine d’autres en 1832 dans une annexe de la chasse et de la pêche.

Le Rémois Hervé Paul a écrit une biographie du conte de Chevigné

C’est seulement en 1836 qu’il présente « les contes rémois », plus d’une cinquantaine de fabliaux au total écrits sur un ton badin, taquin -certains à ne surtout pas mettre dans les mains des écoliers !

Il les enrichira dans onze éditions de son vivant. « Sa verve a un goût de terroir, légère et pétillante comme le vin mousseux, rieuse, moqueuse et grivoise peinture de maris jaloux, de femmes coquettes, de curés de l’ancien temps, de mariage arrangés. »

19 ans colonel de la garde à Reims

Dans ses souvenirs, Charles Monselet évoque le comte de CHevigné: « c’était le type du beau par excellence; il avait cette beauté officielle de l’homme du monde, l’embonpoint du bonheur, un teint reposé et fleuri, la bouche souriante et ferme, la barbe en collier. Sa fortune lui avait permis de sacrifier aux muses dans les meilleures conditions ».

Soutien de Louis Philippe, Louis de Chevigné est nommé en 1830 colonel de la légion rémoise dite Garde nationale, chargée du maintien de l’ordre. Il y restera 19ans, s’acquittant de sa tâche avec justice et exemplarité. Ainsi il réprime sans violence une émeute ouvrière à Saint-Brice-Courcelles, sauve la vie d’un prédicateur menacé par la population. Décoré de la légion d’honneur sous Louis Philippe, le royaliste dans l’âme, finalement pas si hostile à la révolution de juillet 1830 sera même fait officier de la Légion d’honneur sous le second empire. Battu à la députation un an plus tard , il se consacrera à ses contes qu’il n’hésite pas à peaufiner au grès des éditions.

Accusé d’attentat par les Prussiens

Il n’en a pas fait un conte, mais celui-là aurait pu faire un beau thriller en vers. En 1870, Louis de Chevigné, 77 ans se voit accusé d’avoir fait dérailler un train rempli de prussiens à proximité de Boursault . Arrêté et incarcéré par Blücher, l’envahisseur lui réclame la somme de 400.000F. Refus du poète qu’on menace du peloton d’exécution après quinze jours de prison. Nouveau refus. Croyant faire céder de Chevigné, les prussiens font alors prisonnier le maire de Reims Edouard Werlé, ancien associé de la Veuve Cliquot, sa belle mère. Informé de la situation, de Chevigné se rend à Blücher qui touché par le courage du septuagénaire lui rend la liberté.

Six ans plus tard Louis de Chevigné mourait. Il est enterré au Cimetière du Nord, dans la chapelle-caveau de la famille Cliquot Ponsardin aux côtés de son épouse et de sa belle mère à quelques mètres du monument de son ami Richard Castel qu’il avait lui-même payé de sa poche

(1) Le château fut reconstruit de 1842 à 1848 par la veuve Cliquot pour sa fille chérie. Elle possédait aussi un château à Villers-en-Prayère dans l’Aisne. A Reims de Chevigné vécut aussi dans l’hôtel Le Vergeur.

Alain MOYAT

Source: Regard sur notre patrimoine N°22 par Hervé Paul; site des grandes maisons de champagne; histoire de Reims (volume 2) de Georges Boussinesq et Gustave Laurent.

Le général Bernard Verrier (1773-1837)fait scier la croix de la Mission

(Photo A.M. 2021)

Il y a une vingtaine d’années déjà, Philippe Gonzalés, architecte des bâtiments de France alertait les autorités sur l’état dégradé du tombeau qui abrite à l’entrée du cimetière du Nord la dépouille mortelle du général Verrier « qui risquait de ne pas passer le XXème siècle. Les gels humides dégradent sérieusement les décors- symboles funéraires de l’officier d’Empire qui fut aussi nommé commandant de la garde nationale à Reims lors de la Révolution de 1830.

Surélevé comme celui de de Napoléon aux Invalides, le tombeau-échafaudage qui abrite le général Verrier (1773-1837) et son épouse Françoise Armande Moreau est dans un triste état.(Photo A.M. 2021)
Bernard Verrier

Natif comme le pape Urbain II de la commune de Châtillon-sur-Marne Marie Claude Bernard Verrier, témoin de la Révolution et du premier Empire a dû en faire aussi des croisades pour mériter ses galons et la Légion d’honneur. Fils de serrurier, c’est dans l’armée qu’il fait carrière en entrant en 1793 à l’école d’application de l’artillerie de Châlons-sur-Marne. Lieutenant du 5 ème régiment d’artillerie à pied, il participe de 1798 à 1801 à l’expédition d’Egypte conduite par Napoléon Bonaparte décidé à bloquer la route des Indes aux Anglais. Maréchal de camp d’artillerie on le retrouve en 1806 en Italie à l’état-major du royaume de Naples auprès de Massena, royaume dont Joachim Murat, beau frère de Napoléon sera roi en 1808.

Bouleversement de l’histoire, Verrier qui avait juré de se dévouer au service de l’empire doit quelques années plus tard jurer fidélité au roi. Et celui qui dût plaider âprement sa cause pour arriver à obtenir la Légion d’honneur « comme tous ceux qui ont fait la campagne d’Egypte » fut plus tard nommé ensuite chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis.

Révolution de 1830: il parvient à calmer les Rémois

Nommé en 1823 général commandant du dépôt de Metz, Bernard Verrier refait vraiment parler de lui quand à la fin juillet 1830, on lui demande de calmer à Reims la colère provoquée à Paris par le roi Charles X qui dissout la Chambre, musèle la presse et modifie la loi électorale au profit de l’aristocratie. Prié de prendre le commandement de la place de Reims et de réorganiser la Garde nationale avec pour aide de camp Augustin de Saint-Marceau, Verrier contrôle assez bien les révoltés qui insultent les membres du clergé et veulent d’abord briser un peu partout les fleurs de lys symboles de la royauté . Verrier ne tergiverse pas non plus face ensuite à des ouvriers rémois qui réclament la destruction de la gigantesque croix de la Mission de 19 mètres de hauteur et de plusieurs tonnes élevée en 1820 lors d’une campagne de rechristianisation « pour expier les outrages faits à l’église depuis trente ans » .

Il fallut , dit-on, que huit équipes de 240 hommes se relaient pour transporter la croix qu’au Rond Point de Mars (l’actuelle Place de la République). En souvenir de cet évènement une urne fut déposé sur le site avec une inscription: « Aux mânes des Français morts pour la conquête de la liberté »

Le maire Florent Andrieux se défausse en prétextant que « la croix ne lui appartient pas « car « elle se trouve hors la ville » (à l’actuel emplacement du monument aux morts place de la République.) Pas question de céder au peuple qui veut faire tomber « ce symbole de la domination tyrannique du clergé et du régime monarchique » . Verrier sollicité sur place refuse d’ordonner à la troupe de mater ces 3.000 manifestants regroupés autour du calvaire et qui l’accueillent aux cris de  » A bas les Jésuites, A bas la croix ». Il règle le problème en ordonnant de faire scier la croix. Ce qui fut fait aux sons de « la Marseillaise » et de « la Parisienne. »

Plus tard, devenu maire de Reims, de Saint-Marceau se félicita qu’aucun mort n’eut été à déplorer à Reims lors de cette Révolution de 1830. « Grâce à de bons citoyens et des membres de la Garde nationale qui se sont mêlés à la masse du peuple agité et firent entendre des paroles de paix et de conciliation. »

Deux mois plus tard, c’est le comte de Chevigné qui remplace Verrier à la tête de la Garde nationale. La ville de Reims honorera le général Verrier en lui donnant le nom d’une rue située entre deux casernes de cavalerie.

Source: Histoire de Reims tome 2 de Georges Boussinesq et Gustave Laurent; Reims: « un siècle d’évènement » de Daniel Pellus; « la vie rémoise » d’Eugène Dupont; wikipédia; base Eléonore du ministère de la Culture.

Alain MOYAT

Hugues Krafft: du globe trotter fortuné au musée le vergeur

Dans le carré protestant, Hugues Krafft est enterré seul à côté de la sépulture familiale

Réputé mondialement comme « voyageur-photographe » Chrétien Pierre Guillaume Hugues Krafft est plus connu à Reims comme le légataire de l’hôtel musée Le Vergeur qu’il avait sauvé en 1910 des Américains, reconstruit après la première mondiale et légué à la société des Amis du vieux Reims . Un fortuné globe-trotter qui a parcouru le monde, appareil photo Zeiss à plaques et coffret d’aquarelles en bandoulière.

Sur la tombe de Krafft: « Je suis la résurrection et la vie: celui qui croit en moi, encore qu’il soit mort, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. »

Il pétille pour une vie facile

Hugues Krafft photographié par Bourne Shepherd

Fils d’un baron allemand venu en France faire fortune, Hugues Krafft né en 1853 à Paris passa toute sa jeunesse à Reims à partir de 1855. Après avoir commencé des études au lycée, malade, il suit des cours avec un précepteur et fréquente même le célèbre collège privé d’Eton (GB). Son père, d’abord représentant puis associé de la maison de champagne Louis Roederer lui promet un bel avenir en lui succédant. Krafft n’est pas du même avis. S’il commence sa carrière comme caviste, en dandy, le champagne, il préfère le boire dans les soirées mondaines, lui qui adore aussi la danse et l’équitation. Engagé volontaire conditionnel au 3ème Régiment du Génie en 1875, Krafft perd successivement son père (1877) et sa mère (1880)et hérite d’une fortune considérable en plus du château de Toussicourt près de Villers-Franqueux (Marne) et un hôtel à Paris, Avenue Vélasquez.

Un deuil dont il se console vite en entreprenant dès 1881 un tour du monde avec son frère Edouard et deux autres amis fortunés en s’inspirant du « tour du monde en 80 jours » publié en 1872 par Jules Verne. Lui boucla son tour du monde en 573 jours. (1)Il découvre d’abord Alexandrie et le Canal de Suez, l’Inde, le Sri Lanka, la Chine, Hawaï, les États-Unis et le Japon qu’il adore.

Un combat de sumo immortalisé en 1882 par Hugues Krafft

Photos, récits et aquarelles pour témoigner

Il découvre aussi la Grèce, l’Espagne, l’Italie, la Bavière. Il poursuit par le Maghreb, l’Egypte, la Palestine, la Bosnie, le Monténégro, la Russie où il assiste au couronnement du tsar Nicolas II, la Transcaucasie, le Turkestan russe. En 1885 il publie chez Hachette son voyage autour du monde.

C’est ainsi qu’il immortalise ses vingt années de voyages dans des expos photos (on parle de 3.000 images sur plaques de verre) , en aquarelles, dans de nombreuses publications et lors de conférences . Membre de nombreuses sociétés (touchant à l’art et à la géographie, mécène, il reçoit la Légion d’honneur des mains du président Sadi Carnot.

Hugues Krafft passionné aussi par l’histoire, la géographie et l’art

Profondément épris du Japon il fait réaliser par Wasuke Hata le premier jardin japonais de France (Midori no sato: « colline de la fraîche verdure ») dans sa propriété de Loges-en-Josas.

Une association pour mieux faire connaître l’artisanat d’art

Si un accident de bicyclette l’handicape à partir de 1896, Krafft n’oublie pas Reims où avec l’architecte Ernest Kalas il crée en 1909 la Société des amis du vieux Reims avec pour but de faire mieux connaître l’artisanat d’art.

C’est dans cet esprit qu’en 1910 il rachète l’hôtel Le Vergeur au nez et à la barbe des américains qui voulaient le bâtiment juste pour y enlever dans une salle gothique son magnifique plafond sculpté polychrome du XV ème siècle.

La gestion de lhôtel Musée Le Vergeur (Place du forum à Reims)est passée sous la coupe de la ville en 2019.

Mal récompensé par ce beau geste puisque l’hôtel souffrira énormément des bombardements de 1914-1918 (le fameux plafond fut même détruit) , Krafft n’hésite pas à revendre sa somptueuse collection d’extrême Orient pour reconstruire l’hôtel à partir de 1924, y habiter aux étages et organiser en 1930 son musée au rez-de-chaussée.

Krafft légua aussi à la ville une magnifique collection d’oeuvres du peintre Jacques Brascassat

Décédé à Reims le 10 mai 1935, Krafft légua l’hôtel musée le Vergeur à la société des Amis du vieux Reims. Il fit don aussi au musée des Beaux-Arts de Reims d’une imposante collection de tableaux et dessins (on parlait à l’époque de 114 peintures et 900 dessins (2)réalisés par Jacques Brascassat qui les avait lui-même légué au papa d’Hugues Krafft, son mécène.

La gestion du musée Le Vergeur a été reprise en 2019 par la ville de Reims.

(1)Lire l’article d’Isabelle Chastang dans le numéro 18 de Regards sur notre patrimoine, bulletin de la société des Amis du vieux Reims

(2)(Un chiffre fortement revu à la baisse des décennies plus tard…. Erreur de comptage ou détournement?)

Source: presse rémoise du 11 mai 1935; la vie rémoise d’Eugène Dupont; écrits inspirés par Amélie Trabichet Beaujouan conservateur du Musée le Vergeur et Isabelle Chastang biographe de Krafft; wikipédia.

Alain MOYAT

2/2.-1814: Le prince Gagarine, un cosaque qui ne méritait pas les honneurs

Un singulier monument qui pose beaucoup de questions. En 1893/1894, un hommage a été rendu au cimetière du Nord aux soldats français et russes morts en mars 1814 lors de la bataille de Reims. Si l’hommage à César de Vachon de Belmont Briançon est compréhensible (1) celui rendu au russe Gagarine « commandant des Baschkirs  » est plus contestable. D’abord il n’est pas mort à Reims. Mais surtout à cette période, les cosaques ont commis beaucoup d’exactions dans le pays rémois. Le monument viendrait plutôt sceller l’alliance franco russe militaire, économique et financière signée en 1892 entre les deux frères ennemis (« hostes fratres ») de 1814.

Le prince Gagarine a été fait prisonnier le 5 mars à Berry-au Bac. Et nul ne sait (sauf à pouvoir consulter des archives russes si elles existent encore) quand et où il est mort

6 février 1814 .- Une poignée de cosaques qui n’a rencontré aucune résistance pour entrer en ville, (le maire Nicolas Ponsardin ayant pris la poudre d’escampette), la ville de Reims est occupée. Au passage des Prussiens, succède celui de l’armée russe de Winzingerode qui quitte la ville le 1 mars pour aller à la conquête de Soissons.. Ne reste plus sur sur place qu’une poignée de cosaques commandés par le prince Gagarine « un jeune officier sans expérience, très infatué de lui même et entiché de sa situation sociale. Ferme mais avec peu d’autorité « le commandant des hussards de Belorouski et des cosaques de la garde impériale russe (1) ne contrôle pas les exactions de ses hommes. Comme en témoigneront les monographies de villages du pays rémois, durant l’occupation de Reims, les cosaques ont été odieux. « Ils obligent les femmes de Montbré à se sauver dans les bois glacés; violent des enfants de dix et onze ans à Rilly et Taissy; martyrisent des vieillards pour connaître leurs caches; réquisitionnent des filles pour les soldats. » Gagarine menaça même les autorités rémoises (encore là) de brûler le quartier Dieu lumière si les derniers canons des troupes coalisées n’étaient pas assez vite évacués au delà du faubourg de Vesle.

Il prend la poudre d’escampette le 5 mars

C’est dire que peu de Rémois ne l’ont regretté quand le 5 mars, arrivant de Fismes le général Corbineau et la division Laférière ont pénétré dans Reims à 4 heures du matin. N’ayant, paraît-il, pas eu le temps de s’habiller, le prince Gagarine et plusieurs centaines d’hommes ne durent leur salut qu’en prenant la fuite à bride abattue en direction Berry-au-Bac. C’est là qu’il est fait prisonnier par le brigadier Lallement des dragons de la garde. « On leur a pris 200 hommes et presque autant de chevaux« explique Nansouty dans un rapport. « On a pris un prince Gagarine major. Je l’ai envoyé à votre majesté. »

La suite: une grande inconnue

Voilà pour les faits. Alors, si on les compare aux inscriptions sur le monument du cimetière du Nord, Gararine n’est pas mort à Reims, porte de Paris. Il n’est pas mort non plus lors de la bataille de Reims qui se déroula les 13 et 14 mars. Force est de reconnaître qu’on en sait pas plus sur le devenir de ce commandant russe peu estimable. Ni sur Joseph de Heck, mentionné lui aussi sur le monument.

Si le monument commémoratif est bien un mausolée pour César de Vachon de Belmont Briançon; pour le prince Gagarine il s’agit seulement d’un cénotaphe… De circonstance.

Ce que l’on peut imaginer, c’est que soucieux de rapprocher les deux peuples quelques mois après l’alliance franco-russe de 1892, ce monument a été élevé à Reims, comme le signe d’une amitié retrouvée entre Français et Russes. Et comme il fallait bien inscrire le nom de militaires russes, le prince Gagarine a été choisi. Le méritait-il. Sans doute pas.

Qui saura un jour nous dire comment et où il a fini ses jours. C’est une autre histoire à écrire.

Alain MOYAT

(1)https://reimscimetieredunord.fr/2021/04/16/cesar-de-vachon-de-belmont-briancon-tue-a-la-bataille-de-reims-13-mars-1814/(ouvre un nouvel onglet)

(2)et non les Baschkirs

Sources: Reims en 1814 pendant l’invasion par M.A.Dr, pseudonyme du colonel Fleury (1857-1925).

–Site de Christian Hanry: napoleonprisonnier.com/lieux/reims.htlm (sur les traces de Napoléon et de l’empire à Reims)

-wikipedia.

1/2 César dE Vachon de Belmont-Briançon tué à la bataille de Reims (1814)

Edifié en 1893/1894, un monument entouré d’une grille rend hommage à César de Vachon de Belmont-Briançon colonel major du 3 ème régiment des gardes d’honneur décédé le 13 mars 1814 lors de la bataille de Reims. Curieusement le monument y associe en même temps les soldats russes dont le commandant Gagarine (1) Etonnant quand on sait les exactions infligées par les envahisseurs cosaques envers les habitants du pays rémois .

Fils d’un maréchal de l’armée du roi Louis XVI, César-René-Marie-François-Rodolphe de Belmont-Briançon est entré en 1785 à l’Ecole militaire . Nommé garde du corps du roi de la compagnie du Luxembourg en 1788, il fait ses premières armes comme sous lieutenant du régiment de cavalerie d’Orléans. Trois ans plus tard on le retrouve comme aide de camp de son père au sein de la 3ème Division militaire de Metz. Capitaine du 15 ème régiment d’infanterie en 1782 puis capitaine du 1er régiment des hussards la même année, sa carrière fulgurante connaît un coup d’arrêt brutal à la Révolution.

René-Marie-François-Rodolphe de Belmont-Briançon (peint par Horace Vernet)

Issu d’une famille noble il ne fait plus bon rester en France à cette époque. Qu’à cela ne tienne, il quitte son pays pour rejoindre à Trèves l’armée des princes, appelée aussi l’armée des émigrés et il devient l’aide de camp du Maréchal de Broglie.

Inscription sur l’une des quatre surfaces du monument

Rentré en France au moment du Consulat il est fait chambellan de l’empereur en mars 1813. Nommé la même année colonel major du 3 ème régiment des gardes d’honneur il participe en octobre à la campagne d’Allemagne: bataille de Leipzig (bataille des Nations)et celle de Hanau. Il enchaîne avec les batailles de Montmirail et de Château-Thierry (février 1814) contre l’armée des coalisés. A la tête de son régiment il repousse les tirailleurs prussiens et s’empare de plusieurs pièces d’artillerie dans le village de Viffort.

Tué le 13 mars dans les faubourgs de Reims

Le 13 mars 1814, c’est la bataille de Reims. La ville est occupée par un corps russo-prussien commandé par le général Saint-Priest. Ces derniers résistent avec acharnement dans le faubourg de Vesle, alors que presque toute la ville est évacuée à la suite de l’attaque fulgurante du maréchal Marmont . En fin d’après-midi, Napoléon, qui veut en finir, lance le 3e régiment des gardes d’honneur de Belmont-Briançon sur les Russes. Lors de la charge, Belmont est entouré de plusieurs dragons russes mais il parvient à être dégagé à la suite de l’intervention du garde d’honneur François Daguerre qui met en fuite le groupe d’ennemis. Malheureusement, arrivé dans le faubourg, le colonel Belmont-Briançon est tué net par un coup de feu. Il est enterré le lendemain matin au cimetière du Nord.

Alain MOYAT

(1) https://reimscimetieredunord.fr/2021/04/17/1814-le-prince-gagarine-un-cosaque-qui-ne-meritait-pas-les-honneurs/(ouvre un nouvel onglet)

Sources: wikipedia.

-Reims en 1814 pendant l’invasion par M.A.Dr, pseudonyme du colonel Fleury (1857-1925).

-Site de Christian Hanry: napoleonprisonnier.com/lieux/reims.htlm (sur lestraces de Napoléon et de l’empire à Reims)

Une obélisque à pattes de lion pour L.Vider le bon père

Une obélisque à pattes de lion

 » Sous cette pierre, sont les cendres de L.Vider, bon père décédé en 1823″.

Si vous passez dans le canton 2 du cimetière du Nord, vous verrez peut-être cette drôle d’obélisque à pattes de lion élevée par un fils rendant hommage à son père. Un monument qui comporte trois marches et sur lequel on peut d’ailleurs voir plusieurs bas-reliefs: un pélican, un sablier et un oeil, autant de symboles souvent vus sur les tombes.

L’oeil (photo A.M 2021)

L’oeil qui représente l’oeil de Dieu (ici peut-être le père) qui voyait tout et qui savait tout.

Le pélican (photo A.M.1998)

Le pélican symbolisant l’amour paternel qui ne recule devant aucun sacrifice.

les pattes de lion (photo A.M.2021)

Le lion protecteur, symbole de justice et de bravoure.

Alain MOYAT

l’abbé Pierre Charlier fondateur de l’orphelinat de Béthléem

Document : la vie rémoise d’Eugène Dupont

L’abbé Pierre Charlier a bien mérité d’avoir sa tombe à perpétuité dans le canton 9 du cimetière du Nord. Sensible à la situation dramatique dans laquelle vivaient les orphelins de son époque, il a créé en 1837 l’orphelinat de Béthléem qui continue son action en faveur des mineurs en difficultés depuis 1966 dans l’établissement laïc du Foyer Saint-Rémi .

Un généreux ardennais

Né en 1804 dans la commune ardennaise de Flaigne les Oliviers (aujourd’hui Flaignes-Havys )Pierre Charlier devenu prêtre pour aider son prochain commença son action dans la paroisse de Bétheny. C’est en devenant aumônier de l’Hôtel Dieu qu’il fut particulièrement ému par les conditions dramatiques des orphelins chétifs et souffreteux confiés par l’administration des hospices à des familles rémunérées .

En 1835 il aurait fondé une école d’apprentissage près de l’église Saint Remi , école qui se serait déplacée rue Carrouge puis rue Chanzy.

En 1837, grâce au produit d’une souscription publique lancée avec des actions vendues dans la presse et sur le conseil du cardinal Thomas Gousset, il crée rue Jacquart une oeuvre de protection et d’enseignement des orphelins: l’orphelinat de Béthléem ouvert aussi aux enfants abandonnés par leurs parents et aux jeunes délinquants. Le but: donner aux enfants des familles pauvres une éducation chrétienne et des travaux manuels.

Il s’agissait à l’origine d’un terrain de 5 hectares dont quatre hectares de jardin. Sur le reste création de salles de classe, d’études et de dortoirs. Les enfants âgés de 13 ans étaient envoyés chez les industriels.

« Ayant obtenu le statut de « père nourricier » il dit aux enfants: « vous n’êtes plus sans famille. Vous avez un nom. On vous appellera « les enfants Charlier. »

En 1843 l’établissement connu une épidémie de typhoïde. Sur les 80 pensionnaires de l’orphelinat, 70 furent touchés et 15 moururent.

Pour toute son oeuvre, il fut décoré en 1857 chevalier de l’ordre impérial de la Légion d’honneur et put bénéficier pour ses subsides des bourses Napoléon.

En 1919 l’établissement de la rue Fery tenu par des religieuses de la congrégation Saint-Vincent de Paul s’est vu confier l’orphelinat de garçons.

En 1966 l’association laïque :Foyer Saint-Remi prit le relais. Son but: être une maison de l’enfance à caractère social pour accueillir les mineurs en difficultés.

Salué par l’Académie de Reims

L’académie de Reims ayant choisi l’éloge de cette belle création pour sujet d’un de ses concours, de nombreuses pièces de vers lui furent adressées. Celle qui fut couronnée avait pour épigraphe :

L’œuvre….. c’est l’homme .
Le poète raconte ainsi les humbles commencements de Bethléem :
La veille de Noël mil huit cent trente-sept,
Le soir, dans une grange, et presque sans lumière
Un prêtre et cinq enfants adressaient leur prière
À ce Dieu des Chrétiens, qui du haut de sa croix
Priait pour notre monde et celui d’autrefois…
C’étaient l’abbé Charlier et ses premiers pupilles !…
Bethléem !
Trois fois il t’a fallu changer de domicile
Avant de pouvoir dire : «  Ici, je suis chez moi,
Libre, chéri de tous, protégé par la loi ».
Et pour finir l’auteur s’écriait :
O Rheims ! qu’à l’avenir le présent fasse envie !
Bethléem est à toi, c’est ton œuvre …. et  tu sais
Que si l’on peut compter tous les jours de sa vie
Dieu seul… du bon Charlier peut compter les bienfaits 

Source: la vie rémoise ( 1865-1868) d’Eugène Dupont. L’Académie de Reims.

Alain MOYAT

Isaac, fils de Jonathan Holden, expert en peignage de la laine

Isaac Holden (1861-1889)comme toute sa famille repose aujourd’hui en Grande Bretagne (photo A.M.2021)

L’élégant buste posé sur un joli marbre de Carrare sculpté par Joseph Wary dans le canton 25 du cimetière du Nord et signé Thomsen rappelle la mémoire d’Isaac Holden (1861-1889). Le nom de sa mère née Tamar Gill (1828-1892)épouse de Jonathan Holden est aussi inscrit sur la tombe. Mais depuis 1890, la sépulture est vide. Leurs corps ont été rapatriées à Bradford (Grande Bretagne).

Cet élégant vingtenaire était le fils du grand industriel anglais Jonathan Holden (1828-1906) créateur en 1880-1881 d’une usine de peignage située Bd Dauphinot et baptisée « les Nouveaux anglais »; un génial industriel par ailleurs créateur d’une entreprise d’omnibus hippomobiles à Reims, mécène d’une fanfare à Reims et financeur aussi du pavillon bibliothèque-municipale , faubourg Cérès, Place Brouette, réalisé par l’architecte Narcisse Brunette (1888).

Ne pas confondre Isaac Holden et … Isaac Holden

Quelques années collaborateur de l’industrie créée par son père Jonathan, Isaac Holden, décédé très jeune, ne doit pourtant pas être confondu avec le hollandais Isaac Crothers Holden son grand oncle , créateur d’une usine de peignage en 1853 à Reims. Une usine baptisée « usine des Anglais » dont la cheminée culminait à 85m de hauteur au dessus du Bd Saint-Marceaux était située à l’angle des rue des Moissons et Houzeau Muiron.

Une brouille familiale génératrice de… misérables

Jonathan Holden p ère d’Isaac Holden mort très jeune (1861-1889)

Pour la petite histoire on retiendra que Jonathan, le père du jeune Isaac Holden avait appris le métier de peigneur dans l’atelier créé à Saint-Denis chez son oncle Issac Holden. Devenu directeur de l’usine des Anglais créée ensuite à Reims par son oncle associé à Brumley de Bradford, moyennant 20% des bénéfices, Jonathan coupa le cordon ombilical familial quand on lui interdit de créer à son tour une manufacture. En 1880, il fonde alors l’usine des Nouveaux anglais » et crée 75 peigneuses circulaires utilisant le principe des égratteroneuses Harmel qui enlevaient automatiquement les crochets végétaux qui s’accrochaient à la laine des moutons, un travail accompli jusque là avec leurs lèvres par des ouvrières !

On estime qu’en 1880, 89 fabricants représentant 709 peigneuses produisaient 24.800 kg de laine par jour.

Si la brouille familiale a pour effet d’augmenter la production de laine peignée et au final de créer tout de même pas mal d’emplois sur le bassin rémois, force est de souligner que les conditions de travail dans les usines étaient difficiles. A tel point qu’en avril 1880 une révolte prolétarienne s’est développée à Reims avec plus de 12.000 ouvriers/ouvrières qui sont mis en grève 33 jours. Ils réclamaient de ne plus travailler 11 heures par jour mais dix heures et voulaient un peu plus de temps pour prendre leur deux repas au cours de la journée de travail.

La querelle entre les deux Holden eut aussi pour conséquence de voir Isaac Holden demander à l’architecte Alphonse Gosset de construire dans les dépendances de son « usine des Anglais », rue des Moissons, un temple pour les anglicans.

Du côté de son neveu, à la demande de sa seconde épouse née Ellen Sudgen, les obsèques de Jonathan Holden le 7 février 1906 eurent lieu au Temple en présence du général Mayniel; de l’association de la Légion d’honneur, des médaillés militaires et de la Gauloise. « Selon le désir du défunt, ni fleurs, ni couronnes. » Et ces deux citations: « Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur! Oui, dit l’esprit, car ils se reposent de leurs travaux et leurs oeuvres les suives « (Apoc XIV 13).

« En vérité, en vérité, je vous le dis: celui qui croit en moi a la vie éternelle » (Jean VI 47).

Alain MOYAT

(1)Une usine dans laquelle s’est installée la firme Electrolux en 1957)

Source: la vie rémoise d’Eugène Dupont; article de presse du début du XXème siècle: le courrier de la Champagne; wikipédia.

Fallait-il vraiment refaire comme ça le buste de Marie-Louise Godbert?

Il y a encore quelques années, lors des journées du patrimoine, le public avait l’habitude de s’arrêter longuement pour admirer dans le Canton 7 le superbe monument dessiné par Auguste Dufay avec des sculptures de Joseph Wart et surmonté par un marbre affichant un superbe buste représentant Marie-Louise Deverly, l’épouse de Rose Croix Godbert décédée douze ans après lui.

Aujourd’hui, force est de constater que la surprise et la déception sont immenses en voyant l’interprétation qu’en a fait une plasticienne rémoise par ailleurs très brillante. Rien à voir avec l’esprit du mausolée et de la sculpture originale réalisée par Emile Peynot dérobée dans les années 2000 (1)

Pour la petite histoire, il faut savoir que Rose Croix Godbert (1818- 1897)fut en quelque sorte un généreux self made man . En effet, commençant en bas de l’échelle comme apprenti tisseur il a su par son immense travail s’imposer comme l’un des plus grands manufacturiers textile rémois de son époque.

On rapporte que, sans doute gêné par son prénom (les Rose-Croix étaient en quelque sorte une secte qui prétendait posséder la sagesse (2) il préféra qu’on l’appelle toute sa vie Godbert Jeune. Conseiller municipal, censeur à la Banque de France, juge au tribunal de commerce, président de l’association des déchets, Godbert jeune « passa »dit-on « sa vie à faire du bien. » Dans le domaine sportif notamment en finançant une société de gymnastique réputée en France ainsi qu’un club de tir.

Par deux fois l’immeuble a failli être détruit. (photo la vie rémoise)

Homme de goût il se fit construire un superbe hôtel particulier Place Cérès qui faillit disparaître en 1972 victime de bâtisseurs sans scrupules qui voulaient édifier un immeuble de cinq étages à la place. Il fallut l’intervention de la volontaire Arlette Rémia, par ailleurs defendeur du Cimetière du Nord pour que le permis de démolir soit annulé. Une autre tentative avorta aussi quelques années plus tard.

Alain MOYAT

(1)C’est un point de vue personnel. Et vous, qu’en pensez-vous? Vous avez le droit de vous exprimer et de donner votre avis dans les commentaires)

(2) Confrérie de la rose croix, secte illuminée du commencement du XVIIe siècle, qui prétendait posséder la sagesse et la piété au suprême degré, forcer à son service les esprits et les démons, et procurer la prochaine instauration de toutes les choses de ce monde en un meilleur état (voy. NAUDÉ, Rose-croix, IV, 2).

Philippe Honoré Deglaire: le curé qui soulagea tous les malheureux

(Photo AM 2021)

Enterré au Cimetière du Nord Philipppe Honoré Deglaire a eu droit à une sépulture imposante sous la forme d’une très belle tombe, dans le canton 6. Sous l’imposant crucifix qui surplombe sa stèle, on peut admirer un joli médaillon réalisé par le sculpteur Léon Chavaillaud.

(Photo AM 2021)

Un détail: le visage du curé a été touché par un éclat d’obus durant la guerre et son oeil présente une large ouverture. « Cà fait la joie des petits oiseaux qui y font chaque année leur nid » avait remarqué l’ancien conservateur des lieux Alphonse Rocha.

Natif de Dom le Mesnil (Ardennes où il a vu le jour le 16 janvier 1832, Philippe Honoré Deglaire a suivi des études au séminaire de Reims. Il est ordonné prêtre en 1856 par Mgr Gousset et nommé vicaire à la basilique Saint-Remi . C’est en 1862 qu’il est choisi comme vicaire de la cathédrale de Reims où il s’occupe de la chorale Notre-Dame mais assume surtout la charge de secrétaire particulier du cardinal Gousset.

Philippe Honoré Deglaire fut aussi président de l’Académie de Reims.

Il est notamment l’auteur de: « Le Cardinal Gousset, archevêque de Reims » et de :

Il mourut subitement le dimanche 27 octobre 1889 après avoir normalement dit sa messe paroissiale le matin .

Inscription dans la cathédrale

Philippe Honoré Deglaire a sans nul doute vraiment marqué les esprits à Reims car son nom est gravé dans un marbre apposé sur un mur de la cathédrale de Reims à droite des orgues. Avec cette belle inscription: « Il soulagea les malheureux, orna la maison de Dieu, fonda une école pour les pauvres, réconcilia les mourants et fut l’ami de tous les paroissiens.

Alain MOYAT

étienne robert, l’infatigable organiste

Buste original d’Etienne Robert immortalisé par le sculpteur Chavalliaud. (photo 1998)

Article publié dans l’union en Août 1998 et réactualisé en 2021

Modelé par le célèbre sculpteur Chavailliaud, le buste du musicien Etienne Robert visible dans le canton 22 a déjà bien vieilli. Dégoulinant de la calotte de l’artiste, l’oxyde de cuivre a déjà bien mangé le front et le nez de l’octogénaire qu’il immortalise.
Il gagne maintenant la moustache et la barbe. Mais vous ne le verrez pas. Pour éviter que ce buste en bronze ne soit volé comme bien d’autres, la ville l’a enlevé et aujourd’hui remplacé (voir plus loin le nouveau buste visible en 2021)

Sur le socle, l’empreinte d’une croix disparue. Pas de quoi affoler cet homme doué, doté d’une merveilleuse oreille et qui consacra sa vie à la musique.
Rémois né le 16 août 1816 dans l’impasse des Capucins, Etienne Robert se passionne vite pour la musique. Ce serait à l’âge de 9 ans, alors qu’il était enfant de chœur en l’église Saint Jacques qu’il s’assoit pour la première fois au petit orgue. A peine cinq ans plus tard sur concours il gagne le droit de jouer sur le petit orgue de la cathédrale Notre-Dame de Reims. Et il commence à chercher des élèves à 7 sous et demi l’heure.

Soliste il se passionne aussi pour les plus grandes formations. Après avoir remplacé Hormille à la direction de la Philarmonique il en devient l’unique chef d’orchestre en 1844.

Le buste a été enlevé et remplacé par une copie pour ne pas qu’il soit volé

Doué, Etienne Robert est aussi travailleur, très travailleur. Il impose quatre répétitions de deux heures par semaine. Qu’importe le manque de sommeil, les problèmes de santé. L’artiste prend aussi la tête de la musique des chasseurs à cheval de la Garde Nationale et de la fanfare du Collège royal. Il se produira partout en ville: à Saint-Remi, pour la messe dite de « Clovis »de Charles Gounod interprétée à l’occasion des fêtes anniversaires du baptême de Clovis et de l’inauguration de la nouvelle châsse abritant les ossements de Saint Remi. Il se produira aussi en 1870 dans l’hôtel particulier de Mme Pommery, rue Vauthier-le-Noir.
Déçu par l’accueil qu’ont fait les Rémois à Franz List (qui par ailleurs se produisit pour la Grande loge locale), Etienne Robert lui fait une aubade sous les fenêtres de l’hôtel du Moulinet. Nous sommes en 1845.
Les années passent. L’organiste commence à être contesté, c’est humain et classique. Il démissionne de son poste de la cathédrale en 1878. Donne son bâton de chef d’orchestre à son élève favori: Ernest Lefèvre Dérodé.
Il est mort subitement le 29 septembre 1896 à l’âge de 80 ans, alors qu’il se trouvait près de chez lui, Place Clovis,

Etienne Robert lègue sa maison à la ville, 2.000F pour fonder deux lits en faveur des musiciens à la maison de retraite, 18.000F pour les hospices, 2.400 F pour les écoles primaires où il y a des cours de solfège et 1.000F à l’orphelinat des enfants de Saint-Remi.

(Photo A.M.2021)

Aujourd’hui le buste d’Etienne Robert (1816-1896), maître de chapelle de la cathédrale a certes perdu son oxydation en devenant copie, mais pas son regard profond.

Alain MOYAT

émotion: Le mystère de la pleureuse…

photo AM 1998
Une sculpture réalisée par Théodore Rivière (photo A.M. 2021)

Pour l’éternité elle demeure assise sur son banc de pierre . immobile pleureuse, superbe dans son doigté de bronze, « orante prostrée de chagrin » immortalisé par le sculpteur Théodore Rivière, Aimée marie Noelly Tortrat pleure deux être chers disparus à un an d’intervalle . Il s’agit de son fils pierre Cadot né le 3 août 1872 et enlevé à l’affection des siens le 28 janvier 1885 à l’âge de 12 ans et de son mari, Pierre, marchand tailleur rue de l’étape né le 16 juin 1845 et décédé le 15 septembre 1886 , à 41 ans. Une couronne de pavot en pierre témoigne aussi de l’amour de Nelly pour son époux disparu.

La veuve pleure son mari et son fils disparus
Les deux médaillons de bronze réalisés par Auguste Coutin ont disparu

Le monument caveau double de douze place qui accueille la familleCadot-Tortrat et Cadot-Chalanel mis en place en août 1906 par le décorateur Ernest Kalas est fort émouvant.

Ne reste plus qu’un médaillon

Les deux êtres chers sont tout proches. Leur visage est représenté dans deux médaillons de bronze réalisés par Auguste Coutin. Ils désignent les deux anges en devenir, de mosaïque stylisés, les pieds léchés par le feu de l’éternel souvenir,  » le feu conservatoire d’un purgatoire qui propulse semble t-il ces deux amours vers le paradis ».
Une rumeur rapporte que le fils et le père seraient morts, des suites de blessures occasionnées lors de l’incendie d’un grand magasin. A ce jour, personne n’a pu confirmer ces dires. Aucun grand incendie célèbre, à notre connaissance, n’a été enregistré durant la période considérée (on ne retrouve trace que d’un incendie en 1880 dans les grands magasinsdu printemps à Paris, le fameux incendie du bazar de la charité qui a fait 400 blessés et 129 morts dont la duchesse d’Alençon étant postérieur (1897). Une information à confirmer.

Kalas : médaille d’or

Formé à l’étude de l’architecte Alphonse Gosset, Ernest Kalas à qui l’on doit le monument fut à 19 ans dessinateur à Paris chez Brunel, architecte de la préfecture de Paris. A l’école des Beaux-Arts en 1882 il fréquente des ateliers de peintres décorateurs ou il peaufine sa vocation . C’est en 1885 qu’il entre comme dessinateur chez Armand Jacques Bègues. On lui doit notamment la reconstruction de l’église de Sillery, d’Aubenton (Aisne), de Maubert-Fontaine (Ardennes), le pavillon de la champagne à l’exposition 1900 qui lui doit une médaille d’or mais aussi les superbes mosaïques qui racontent le travail du vin de champagne sur la façade des celliers Mumm, près de l’hôtel de ville (1889).

(Article réalisé en août 1998. Photo 1998 et 2021))

Alain MOYAT

L’Abbé Eugène Miroy :Le Martyre du curé patriote de Cuchery

L’abbé Eugène Miroy, un gisant à admirer absolument au cimetière. Afin que l’original en bronze ne soit pas volé, une copie le remplace aujourd’hui

Fruit d’une souscription publique, réalisée parle célèbre artiste rémois Saint-Marceaux, le monument de l’abbé Eugène Miroy, émouvant gisant, rend hommage à un martyr.

Le 12 février 1871: fusillé par huit soldats prussiens d’un peloton de la landwer, l’abbé patriote Eugène Miroy,
reconnu « coupable de crime de trahison «  et condamné à mort après un simulacre de procès en l’hôtel de ville de Reims, s’écroule sous les balles assassines.(1)
S’éteignent avec lui les dernières notes d’un « Salve Regina ».Le mouchoir blanc qu’il a accepté de placer sur ses yeux pour éviter toute « ostentation » a glissé. Le corps recroquevillé, le visage serein, immobile pour l’éternité dans sa soutane aux nombreux plis devenue son premier linceul l’abbé est allongé au pied du mur d’enceinte du cimetière du Nord, côté rue Jules-César là où une plaque posée en 1896 et aujourd’hui restaurée rappelle l’événement arrivé durant l’Armistice qui précéda la paix. Avec un remarquable talent, le sculpteur rémois René de Saint-Marceaux a parfaitement su immortaliser le martyre de l’abbé de Crugny dans un magnifique gisant de bronze, œuvre incontournable, et même emblématique du cimetière du Nord. La première commande publique (1872), la première sculpture funéraire d’un artiste qui en a réalisé bien d’autres dont certaines sont visibles au Petit père Lachaise.

Un abbé patriote

Portrait de l’abbé posé (en 1998)sur le sol de la sacristie de l’église de Crugny

L’autel sous lequel des fusils auraient été cachés

Natif de Mouzon (Ardennes où il a vu le jour le 24 novembre 1828, Eugène Miroy, jeune prêtre, officiait en 1870 dans la commune de rémois. Cuchery, 468 habitants (canton de Châtillon-sur- Marne), annexe de la paroisse de Belval. Outre son ministère, il usait son énergie à soigner les gens atteints de la petite vérole. Mais « vif, ardent,
franc et loyal »,
l’abbé « pourvu d’idées larges et libérales », n’était, paraît-il pas en odeur de sainteté auprès des autres ecclésiastiques (1) . Il avait tout simplement envie de servir Dieu et sa patrie. C’est pourquoi, après le désastre de 1870, face à la menace prussienne, l’abbé patriote n’hésita pas à choisir son camp. Il aurait proposé à cinq pompiers du village qui voulaient déposer des fusils à mousquetons dans un champ de les cacher sous l’autel de l’église.

Une personne bien intentionnée lui adresse aussitôt une lettre pour lui dire qu’il détient illégalement des armes.
Les prussiens approchent. « Nous devons secourir la France, la venger, mourir pour elle s’il le faut car mourir ainsi, c’est commencer à revivre éternellement », n’hésite pas à dire l’abbé en homélie. Il avoue qu’il se sent aussi menacé par des démons qu’il désigne sans les citer : le premier « espèce de mouchard au petit furet », le second « qui porte une écharpe à se ceinture et n’en serait pas digne. »Tous les paroissiens ont reconnu le maire Sibeaux et le garde-champêtre Chevry.

Des mains anonymes glissent régulièrement des fleurs dans la main gauche du martyr de Cuchery.

Le 12 février 1871: fusillé par huit soldats prussiens d’un peloton de la landwer, l’abbé patriote Eugène Miroy,
reconnu « coupable de crime de trahison  » et condamné à mort après un simulacre de procès en l’hôtel de ville de Reims, s’écroule sous les balles assassines.

Secret de confessionnal ?

Les Prussiens sont à Belval. Au lieu dit « les Balais » ils essuient quelques coups de feu . Des francs-tireurs paraît-il… La commune est menacée de représailles.
L’abbé Miroy, fait prisonnier de guerre est placé en état d’arrestation : il aurait caché des fusils dans son jardin. Lié, garrotté il est escorté par trente Uhlans à cheval. Ruisselant de pluie et de sueur il doit aller à pied à Reims. A la ferme de Charmoise on l’accuse d’être déjà violent, d’avoir l’âme et d’être le chef des francs-tireurs. L’abbé avoue avoir distribué 30 fusils sans munitions. Pour la chasse.
L’abbé est condamné à la peine de mort. « Il n’aura ni défaillance, ni larme, ni récrimination. » Il est exécuté. Certains ont dit qu’il aurait été dénoncé par une personne qui lui aurait confié un lourd secret en confession. Une façon de mettre un masque légal sur un assassinat en quelque sorte. On ne saura jamais.
Le cadavre de l’abbé placé dans un cercueil fut jeté à la fosse commune. Un cadenas a fermé l’église de Cuchery, jusqu’à « expiation ».
Un peu plus tard l’abbé est exhumé. Une balle avait transpercé son bandeau. Une souscription est lancée. Bien que pétri de rhumatisme articulaire, de Saint-Marceaux réalise ce sublime gisant.
L’œuvre médaillée lors d’un salon n’est pourtant visible qu’en cachette car Thiers n’a pas osé la faire exposer : « Car empreinte d’un patrimoine trop ardent « . Elle est finalement inaugurée en 1873 au cimetière du Nord. Durant la guerre 14-18 , œuvre en bronze fut soustraite à la vue des Allemands, remise en place en août 1922 puis à nouveau déposée le 28 septembre 1940.

Depuis plus d’un siècle, des mains anonymes glissent régulièrement des fleurs dans la main gauche du martyr de Cuchery.

(Article publié ans l’union en août 1998) D’après plusieurs documents dont « le drame de Cuchery » de Vidal. Edition Matot-Braine (1873)

Alain MOYAT

L’histoire de la statue de l’abbé Miroy

«D’après La Vie à Paris du 6 octobre 1909, Saint-Marceaux aurait appris l’exécution de l’abbé alors qu’il était en proie à une terrible crise de rhumatismes qui l’avait d’ailleurs empêché de prendre les armes. Quoique malade, il bondit dans son atelier et modela immédiatement une esquisse, au vu de laquelle son médecin lui proposa d’exécuter le monument.
Terminée en 1872, la statue fut envoyée au Salon, mais non exposée, à la demande de Thiers. (On refusait également les peintures trop chauvines qui auraient éveillé la susceptibilité d’un ennemi toujours menaçant). Elle obtint pourtant une 2ème médaille et valut à l’artiste l’achat par l’État de son marbre intitulé l’Enfance de Dante. Elle fut inaugurée, le 17 mai 1873, en grande pompe, et obtint un succès considérable dû pour une grande part à sa simplicité : sans emphase, sans rhétorique, Saint-Marceaux met le visiteur devant l’horreur d’un acte injuste : « Sa figure… c’est celle de la protestation du droit et de l’humanité, protestation d’autant plus ferme qu’elle est plus calme, qu’elle ne se dépense pas en menaces et en paroles… » (discours du maire, Victor Diancourt). »
La beauté du visage juvénil alors que l’abbé a 43 ans, et l’aspect pathétique de l’œuvre, font que ce monument est constamment fleuri par un public anonyme. C’est aussi devenu le symbole de la Résistance, alors que l’abbé s’est trouvé mêlé malgré lui à l’action des francs-tireurs, si bien que le maire de Reims dépose un coussin de fleurs, chaque année à la date anniversaire de la Libération de Reims. Non l’abbé Miroy ne faisait pas partie des innombrables défenseurs du Pont de Laon, en 1944…
Durant l’Occupation, un ordre de la Mairie, fit transférer le bronze par deux employés communaux, sur une charrette à bras, jusqu’à la Réserve du Sud, boulevard Dieu-Lumière, pour le soustraire aux Allemands. À la Libération, cet acte de Résistance fut récompensé. Mais ce ne sont pas les deux employés qui ont eu les honneurs, et pourtant s’ils s’étaient fait arrêter, c’est bien ceux-ci qui auraient été déportés… L’ordre était verbal « 

(1)L’endroit où fut exécuté l’abbé Miroy en 1871 était à l’époque hors du cimetière

Voir aussi le superbe site consacré aussi à l’oeuvre de Saint-Marceaux

http://saint-marceaux.fr/sculpture-abbe-miroy/

Dans l’union du 14 février 2021 un article de Marion Dardard