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La saga du chevalier de Maison Rouge Alexandre Dominique Joseph Gonsse de Rougeville

Alexandre Dominique Joseph Gonzze de Rougeville

Son corps repose au fond de la fosse commune. Fusillé au pied du mur du cimetière en 1814 pour trahison, le marquis Alexandre Dominique Joseph Gonsse de Rougeville, connu aussi sous le nom de Chevalier de Maison Rouge, aventurier, conspirateur est un vrai personnage de roman.

Le Picard Alexandre Dumas lui a donné l’immortalité en lui consacrant un roman: « Le chevalier de Maison Rouge » (1). Le superbe Michel le Royer l’a incarné dans un feuilleton mémorable à la télévision.
En vérité, ni noble, ni marquis, fils d’un riche cultivateur de Sainte-Croix d’Arras, exilé, puis condamné à mort à Reims, il repose depuis mars 1814 au fond de la fosse commune du cimetière du Nord. Intrigant, aventurier, royaliste, exalté, Alexandre Dominique Gonse (ou Gonzze)de Rougeville, fusillé le 10 mars 1814
devant le mur du cimetière pour « trahison », fut un personnage hors du commun. Petits extraits d’une vie trépidante.

Sa vie fut un roman

Impossible de résumer en quelques lignes la saga de ce singulier aventurier, tantôt sympathique, tantôt méprisable fidèle jusqu’à sa dernière heures à la « femme Capet » (Marie-Antoinette)dont il était sans doute quelque part amoureux, mais un peu trop opportuniste au point d’en arriver à devenir -au moins le lui a t-on reproché – agent de renseignements des forces russes en position devant la cité rémoise.
Empruntant son nom et sa particule « de Rougeville »au nom d’un … moulin que possédait son père Alexandre, il
parcourt en pointillé l’histoire de France mouvementée, de la Révolution à l’Empire. Et on lui prête beaucoup. Il voulait faire sauter l’Assemblée Constituante avec une machine infernale.
Parce qu’il est « agité » durant le « complot «  de Louis XVI, les Jacobins l’enferment. Relâché, puis suspecté par les mouvements révolutionnaires, il se cache sous la Terreur.
Membre des Chevaliers de Saint-Louis, celui qui fut aux côtés de la reine Marie-Antoinette quand les Tuileries furent assiégées en 1792 propose en août 1793 ses services à sa reine enfermée aux Tuileries.

Il propose son aide à Marie-Antoinette
Le billet de Marie-Antoinette à Gonze de Rougeville

Il gagne la confiance de l’administrateur de la prison, approche la prisonnière, lui lance derrière un poêle un œillet qu’il avait à sa boutonnière, autour duquel il a glissé un mot dans lequel il propose d’aider la reine à s’évader et à lui fournir de l’argent.
Ayant formulé une réponse à coups d’épingle dans un papier, Marie-Antoinette remet le message à un gardien en qui elle avait confiance. A tort: « Le complot à œillet » est éventé.
Deux mois plus tard la reine est guillotinée.
Gonsse de Rougeville, qui a par ailleurs pas mal de déboires sentimentaux qui lui ont déjà valu la prison, émigre à Bruxelles.
Relâché en 1794, il est remis en prison un an plus tard sur ordre du Comité de sûreté générale.
Passent la Convention, me Directoire. De Rougeville conte ses malheurs dans « mes 4 000 heures d’agonie » puis commet une tragédie en vers intitulée: « la Reine ».
Libre en 1797, il propose ses services à Bonaparte de lui apporter des idées sur les finances, le recrutement, etc
En exil à Reims
Mais la police impériale l’a dans le collimateur et l’oblige à aller en résidence à Reims. Il loge d’abord rue de la Poissonnerie, avant d’acheter une ferme à Bas-Lieu (aujourd’hui les Eaux-Vannes).
Il épouse en 1806 à Soissons Caroline Angélique Boquet de Liancourt (de la famille du peintre)et
lui fait deux enfants.

1814: Au moment où les troupes russes commandées par le prince Volkonski occupaient Reims (10/02/1814-6/3/1814) on dit que De Rougeville lui aurait demandé d’épargner sa propriété .

A 52 ans, insatiable, de Rougeville a t-il offert ses services pour aider les troupes russes à reconnaître la Champagne? (Il aurait fait des reconnaissances sur Epernay et Villers-Cotterets).
On n’en aura jamais la preuve. Mais il est arrêté le 10 mars 1814, envoyé à la prison de « Bonne semaine », rue Vauthier-Lenoir. Traduit en conseil de guerre, défendu par l’avocat royaliste Caffin (qui avait défendu le faux dauphin en 1802 à Reims), un conseil de guerre le condamne à mort. A l’unanimité.
A 17 heures, sous les huées, le chevalier de Maison Rouge est emmené devant le mur du cimetière du Nord. Il refuse d’avoir un bandeau sur les yeux. Jette son chapeau, met un genou à terre et offre sa poitrine aux salves des douze grenadiers commandés d’un signe de l’épée par un officier. « Le corps s’agite. Il lève le bras. Il est achevé de deux balles ».

La chapelle du cimetière du Nord

On retrouvera son corps nu sur une dalle de la chapelle du cimetière du Nord.
L’histoire dit que des personnes auraient joué aux dés ses habits: une casaque jaune, des bottes hongroises à glands dorés et une chemise ensanglantée.

Douze heures après son exécution, l’armée russe de Saint-Priest reprenait Reims.

Alain MOYAT

(La fille de Gonsse de Rougeville a demandé à Alexandre Dumas de ne pas mettre le nom de son père pour désigner le héros de son livre.)

Article réalisé à l’aide de sources diverses dont un article de G Lenôtre et un d’André Castelot pour la collection « Historia ».

A la mémoire de Raoul Villain, l’assassin du pacifiste Jean-Jaurès

Sur le devant de la tombe est inscrit: Raoul Alexandre Villain 1185-1936 (Ibiza).

Son corps ne repose pas au cimetière du Nord. Pourtant, sa famille a souhaité rappeler sa mémoire sur un monument. Car Raoul Villain, l’assassin de Jean-Jaurès, était d’origine rémoise.

Le pacifiste Jean-Jaurès

Raoul Alexandre Villain 1185-1936 (Ibiza). » L’inscription en lettres dorées est fort discrète sur la tranche de la tombe en granit gris et blanc posée récemment dans le cimetière du Nord. Elle rappelle la mémoire du Rémois entré dans l’histoire le 29 juillet 1914 après avoir assassiné de deux coups de revolver le député socialiste, le pacifiste Jean Jaurès, fondateur du journal « L’Humanité », qui était au « café du croissant » à Paris. Un acte dicté par  » un très grand amour de la France pour éliminer le propagateur d’idées antimilitaristes », expliquera l’assassin. Emprisonné pour homicide volontaire, incarcéré durant 56 mois – une première dans les annales de la justice criminelle – , Raoul Marie Alexandre Villain avait bénéficié d’un étonnant verdict d’acquittement le 29 mars 1919. Libre, obligé de vivre en France sous un nom d’emprunt (René Alba), Raoul Villain, qui avait ensuite acheté une maison aux Baléares, fut rattrapé par l’Histoire. En 1936, il fut assassiné par les Républicains espagnols. Le journal « Rivarol » a laissé entendre que son corps avait été dévoré par les fourmis rouges.

De lourds antécédents

Fils du greffier en chef du tribunal de Reims, Raoul Villain, né le 19 à Reims, avait « une hérédité chargée »du côté maternel. Sa maman, internée à l’asile psychiatrique de Châlons était morte très jeune.
Après des études à Saint-Joseph, puis au Lycée de Reims, Raoul Villain suit une formation agricole à Rennes, interrompue par la maladie et le régiment.
Gentil, poli, doux, blond, les yeux bleus, les cheveux bouclés, la barbe frisottante, souvent porteur d’une lavallière, le jeune homme isolé mentalement est rempli d’une souffrance morale. Il constate dans le Rethélois qu’il n’est pas fait pour le monde agricole.Pour financer des études d’archéologie, il devient « pion » au collège Stanislas à Paris qui le congédie en 1912. Entre-temps, le Rémois a adhéré au Sillon, puis aux Jeunes amis d’Alsace-Lorraine animés par un esprit de revanche, favorables à un retour de ces deux régions dans le giron de la France. Raoul avait déjà la fibre du nationaliste… exalté! A Reims, lors de la fameuse semaine de l’aviation (1910), il avait applaudi son frère Marcel aviateur, persuadé qu’en cas de guerre la France aurait la maîtrise des airs.
S’estimant un peu comme Jeanne D’Arc investi d’une mission, voulant quelque part passer à la postérité, le jeune homme exprime son désir de tuer le kaiser Guillaume II ou le … directeur du « Figaro », M.Caillaux; puis
Jean-Jaurès qui prônait le désarmement, préconisait la grève de la mobilisation: « un vrai danger pour la Patrie », pour Raoul Villain.
Pour se prouver sans doute qu’il était capable d’agir, il possède deux revolvers sur lesquels étaient, parait-il, gravés les noms de Jaurès et de Caillaux.
Le climat en France est tendu. Une certaine presse comme « Paris-Midi » appelle carrément à tuer Jaurès. Maurras qualifie Jaurès de « fille vendue à l’Allemagne ». Et l’empereur qui proclame la mobilisation.De retour à Paris, Villain met ses menaces à exécution et tue Jaurès.

Alain MOYAT