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Lié Louis Périn, miniaturiste, portraitiste

A l’état d’abandon au cimetière du Nord, sa sépulture à perpétuité a été reprise par la ville en 1978. Mis à l’honneur par le musée des Beaux-Arts qui présente une exposition en son honneur au Musée Le Vergeur (expo victime de la Covid en 2020/2021), le rémois Lié Louis Périn (1753-1817), miniaturiste, portraitiste mérite d’être connu.

Quelques miniatures de Lié Louis Périn

Pas question de devenir curé ou d’être fabricant de laine comme son père et ses cinq frères et soeurs . Séduit par les cours gratuits du rémois Jean-François Clermont, Lié Louis Périn, lui, veut devenir artiste. Pour celà, il se rend à Paris où il découvre les ateliers de Sicard et Lemonnier, et découvre sa vraie vocation de miniaturiste chez Alexander Roslin .

Dans une période (La Terreur)où la vie ne tient qu’à un couperet de guillotine, beaucoup veulent laisser un souvenir à leurs proches. Alors Périn gagne sa vie en réalisant dans les salons et jusque dans les prisons des miniatures (petits portraits à la gouache)sur de l’ivoire, du velin, du carton et des petits objets: broches, bracelets, bagues, ceintures. Fin, élégant et précis, son travail l’enrichit et lui confère une belle notoriété.

Portraitiste et opportuniste

Peintre de chevalet le Rémois réalise aussi des portraits en pied de personnalités: le sculpteur Houdon, la duchesse de la Rochefoucauld, la duchesse d’Orléans etc. On lui attribuera même bien longtemps après sa mort un portrait de la reine Marie Antoinette intitulée « la petite reine » qui n’était en réalité que la représentation de Justine Philippine Elisabeth Justine de France, 8 ème enfant de Louis XV et de son épouse Marie Leszczynka.

Durant une longue période on a cru que ce portrait intitulé « la petite reine » de Périn était celui de Marie Antoinette. Il s’agissait en fait après expertise de la huitième enfant de Louis XV
Pour faire parler de lui il peint une célèbre courtisane surnommée « la demoiselle du thé! »

Exposés plusieurs fois aux Salons organisés par les artistes de l’Académie royale, les portraits de Périn jugés « de qualité modestes avec des poses raides »ne font pas un tabac. Qu’à celà ne tienne, le Rémois fait parler de lui en réalisant deux portraits d’une courtisane à la mode: Rosalie Gérard Duthé, surnommée « la demoiselle du Thé », maîtresse du comte d’Artois. Il peint d’elle un portrait en pied de plus de deux mètres de haut et un plus petit où elle est nue.

« Mais la Révolution lui enleva le fruit de ses travaux, lorsque la conversion en papier-monnaie rendit bientôt la petite fortune, qu’il avait acquise, sans valeur. »

De retour à Reims

Anne Félicité Salbreux, peinte par son mari Lié Louis Périn

Presque ruiné, l’artiste père de deux enfants revient en 1799 à Reims où son épouse Anne Félicité Salbreux relance une manufacture d’étoffes tandis que lui, au fil de ses rencontres réalise le portrait de personnalités Rémoises et Lyonnaises.

Son fils Alphonse Henri Périn peintre, architecte et historien est l’auteur, en 1833, des peintures murales de la chapelle de l’Eucharistie de l’église Notre-Dame-de Lorette  à Paris.

Lié Louis Périn est mort d’une apoplexie en 1817.

Source; Catherine Delot, musée de Reims, musée de Tous, Wikipédia,

Alain MOYAT

René Richard Louis Castel, poète et naturaliste, ami du comte Louis de Chevigné

Sur la tombe on peut lire un extrait du « poème des plantes »: « C’est lui qui le premier sur le mont poétique à la cour des neuf soeurs mena la botanique »
« Si de mon sang trop froid les débiles esprits
n’osent tenter l’accès des célestes lambris
Je suivrai les ruisseaux: au pied d’un roc sauvage
du rossignol caché j’entendrai le ramage
murmurantes forts, ombrages ravissants,
Vous serez mon amour et l’objet de mes chants. »

Abimée par la pluie, salie par la pollution, sa tombe se délite tout doucement mais inexorablement dans le canton 2. Déjà éloigné de son Calvados natal, René Richard Louis Castel (1758- 1832)mort du choléra à Reims peut se consoler, inhumé pas très loin de son élève et ami le comte Louis de Chevigné, époux de la fille de la Veuve Cliquot.

René Richard Louis Castel à la fin de sa vie. Portrait à l’huile de Louis Germain

Rien ne prédestinait René Richard Louis Castel à finir ses jours à Reims. Né à Vire d’un père directeur de la Poste, le Normand aurait dû suivre les destinées de son père après de longues études au lycée Louis Le Grand à Paris.

Premier maire de Vire

Passionné de nature et de botanique, Castel nommé procureur syndic avant la Révolution, (c’est à dire magistrat chargé d’assurer le lien entre le pouvoir exécutif et les administrations)entre en politique. Marié en 1783 à Angélique Dehieu; favorable à la Révolution; il devient le premier maire de Vire dont il occupe les fonctions de février à juillet 1790. Avec 214 voix sur 413 Il est ensuite élu le 10 septembre 1791 député du Calvados à l’Assemblée Nationale législative et siège chez les constitutionnels modérés . Mais défenseur de la monarchie et de la royauté, hostile à la folie violente qui s’est emparée de la France, il est exclu des Jacobins. Fini la politique. Il ne se consacrera plus qu’à ses vraies passions, la poésie et la nature.

Editeur et auteur

De 1793 à 1803 il édite une version adaptée de l’histoire naturelle de Georges Louis Leclerc comte de Buffon selon la classification de Lunné (1)

En 1797 Castel publie d’abord « Les plantes » une longue série de poèmes lyriques mais très documentés scientifiquement. L’ouvrage est divisé en autant de Chants que de saisons. Il consacre le printemps à l’entretien du jardin; l’été à l’arrosage et au célèbre éclat des plantes à leur maturité; l’automne aux champignons et l’hiver au travail de la serre. Chaque chapitre est suivi d’une nomenclature linnéenne des espèces évoquées (1).L’ouvrage sera traduit en six langues dans toute l’Europe.

En 1801 il publie : « l’histoire naturelle des poissons »illustrée par Bloch avec des figures dessinées d’après nature.

Nommé professeur des belles lettres au collège Louis le Grand en 1803 il donnera le goût de la poésie à de nombreux élèves dont le jeune orphelin Louis le comte de Chevigné avec lequel il entretiendra à partir de 1813 et jusqu’à sa mort une importante correspondance intitulée: « Lettres de René Castel au comte « Louis de Chevigné, son élève et ami ».

Inspecteur général de l’université en 1809, il apprendra en 1815 sa révocation par le journal « Le Moniteur ». Il terminera tout de même inspecteur de l’école royale militaire où il exercera de 1816 à 1818.

Entre temps, sa passion pour l’écriture l’a amené à écrire un opéra en trois actes en 1813 intitulé: « Le prince de Catane », d’après « l’éducation d’un prince » de Voltaire.

C’est finalement est à Reims que le poète Castel peut vivre sereinement sa retraite, invité par le Comte Louis de Chevigné (fameux auteur des « Contes rémois ») dans son somptueux hôtel de la rue Cérès.

La statue de Castel fiancée par le Comte Louis de Chevigné a d’abord décoré les jardins du château de Boursault avant d’être léguée à la ville de Vire

L’estime entre ces deux poètes était si grande que le comte Louis de Chevigné finança la tombe de René Richard Louis Castel au cimetière du nord de Reims avant de faire réaliser par le statuaire Jean Baptiste Joseph Debay une statue de bronze de son professeur qu’il installa d’abord dans les jardins de son château de Boursault avant de l’offrir à la ville de Vire en 1862.

Si la ville de Reims n’entretient pas plus que celà la tombe de Castel, le poète et botaniste a donné son nom à une place à Vire et à un Ehpad à la Valdallière (Calvados)

Source BNF Gallica, Castel par François Cazin et Jean Porquet, canalblog de Davis Shenandoah, wikipedia.

Alain MOYAT

(1)En 1735, Carl von Linné (1707-1778) publie le premier essai de classification systématique des trois règnes minéral, végétal et animal. Son Système de la nature divise les animaux en six groupes (quadrupèdes, oiseaux, amphibiens, poissons, insectes, vers), déterminés en fonction d’organes spécifiques : dents, bec, nageoires ou ailes. La dixième édition, de 1758, généralise le système de nomenclature binomial avec un double nom latin, générique et spécifique, pour chaque espèce.

Florens-Louis Heidsieck fondateur de la célèbre marque de champagne

Surprise dans le cimetière du Nord. En passant devant une grande tombe en marbre gris très sobre et en excellent état j’ai eu la surprise en découvrant sous le large bandeau : « Famille Walbaum », nom très connu des vieux rémois, un autre nom pas moins célèbre dans le monde entier: Heidsieck.

En effet au dessus du nom de Ferdinand François Walbaum ( 1813 – 1883), de son épouse Frédérike Louise Luling (1821-1861) et de Johanne Marie Luning (1825-1889), on peut y lire celui de Florens Louis Heidsieck (1749-1828) fondateur en 1785 de la marque de Champagne Heidsieck &Co . Une marque suivie ensuite au grès des années, des sissions, des procès et des mariages des marques Heidsieck Monopole, Piper Heidsieck, Charles Heidsieck.

Florens Louis Heidsieck

Fils d’un pasteur luthérien, Florens Louis Heidsieck, né en 1749 en Westphalie (Allemagne) était venu en France pour y découvrir le négoce de la laine. Amour, hasard ou opportunité, il épousa en 1785 à Reims, Agathe Perthois, fille d’un négociant en drap de laine et de vins(décédée le 25 janvier 1812). Plutôt attiré par le commerce des vins de Champagne il mit son dynamisme à développer sa propre marque « Heidsieck & Co ».

Il fit déguster ses vins de Champagne à la reine Marie Antoinette en personne.

N’hésitant pas à parcourir l’Europe en calèche, il rencontra même en Lorraine la reine Marie-Antoinette pour y faire découvrir « une pinte » de son meilleur vin.

Demeurant à Reims, rue Albert Reville, il n’hésita pas à réunir chez lui des adeptes du culte réformé interdit à cette époque dans la ville. Epousant la nationalité française il fut aussi membre de la Garde municipale.

Son fils Henri Louis étant décédé à l’âge de cinq ans, son affaire fut dirigée à sa mort (1828) par trois de ses neveux: Auguste Delius, C. Heidsieck et Henri Louis Walbaum. C’est Ferdinand Walbaum père qui fut désigné comme seul et unique héritier testamentaire de Florens Louis Heidsieck son grand oncle. Des dissensions familiales aboutirent en 1834 à la dissolution de la société originelle « Heidsieck & Co ».

Si Auguste Delius s’orienta vers la banque, ses autres neveux poursuivirent l’activité de commerce des vins de champagne. Et c’est ainsi qu’apparurent d’autres marques familiales avec des durées de vie plus ou moins longues: « Walbaum-Heidsieck », « Heidsieck Monopole », Charles Heidseick », Charles Heidseick Henriot », Piper-Heidsieck etc. Une longue histoire qui demanderait des pages et des pages et un immense arbre généalogique tant il est difficile de s’y retrouver dans les multiples appellations données au précieux breuvage Heidsieck au cours du XIX ème et au début du XXème siècle . Mais c’est une autre histoire. ..

Au gré d’un procès qui dura plus d’un siècle, des alliances, des hyménées et des rachats, on y retrouve ainsi des noms bien connus dans la cité champenoise, notamment: Piper, Kunkelmann, de Suarez d’Aulan, Goulden, Henriot. Avec une mention particulière à Florens Walbaum qui fut le premier président du commerce des vins de Champagne de 1882 à 1893.

Sources: « Grandes marques et Maisons de Champagne par André Garcia; wikipedia; le courrier de la champagne.

Alain MOYAT

Jean-Baptiste Pierre Léon Jeuge, dit Jean d’Arvor, grand-père de PPDA

Force est de reconnaître que son petit fils, plus connu sous les initiales de PPDA (Patrick Poivre D’Arvor), journaliste de TF1 et écrivain, est plus connu que lui. Reste que les amateurs de poésie apprendront que Jean-Baptiste Pierre Léon Jeuge, dit Jean d’Arvor (1883-1970), arrivé à Reims en 1928 a laissé de nombreux poèmes à la postérité dont plusieurs sonnets qui évoquent la cathédrale de Reims et lui ont valu la médaille d’argent de l’Académie de Montauban et un prix au 22ème congrès des Écrivains de France à Reims en 1953.

Rien ne prédisposait pourtant cet auvergnat, né à Pionsat (Puy de Dôme), très tôt orphelin à prendre la plume pour ciseler des poèmes de gloire et de foi sur sa région natale puis sur sa ville de Reims d’adoption célèbre pour sa cathédrale Notre-Dame.

En effet, c’est dans le travail du cuir, à Montluçon qu’il commença sa vie professionnelle. Mais c’est la découverte d’un atelier de reliure qui lui donna le goût de la littérature puis de l’écriture. Manufacturier dans une usine de caoutchouc à Clermont-Ferrand, c’est en 1928 qu’il arriva ainsi à Reims pour monter une affaire de gros en chaussures.

PPDA s’attribue le pseudo de son grand-père

Jean-Baptiste Jeuge épousa Eugénie Alexandrine Jouannet, puis Marie Victorine Nore 1896-1972).

Sa fille Madeleine Jeuge épousa Jacques Poivre. De cette alliance sont issus le journaliste Patrick Poivre d’Arvor (1947) et le romancier Olivier Poivre d’Arvor (1958), tous deux nés à Reims, 22, rue Talleyrand.

À l’occasion de l’inauguration de la rue (à l’intersection de la rue Monseigneur Georges Béjot et des rues du Docteur Serge Bazelaire et Joannès Brochet) , la famille a fait graver sous l’épitaphe de Jean-Baptiste Jeuge son pseudonyme d’écrivain : Jean d’Arvor.

Patrick Poivre s’est officiellement attribué le pseudonyme de son grand-père d’Arvor .

Jean d’Arvor a aussi sa rue à Pionsat (63) depuis 2013.

Jean-Baptiste Jeuge et sa seconde épouse reposent au cimetière du Nord.

Source: généalogie d’Alain Garric, Wikipedia, les rues de Reims de Jean-Yves Sureau

Alain MOYAT

Etienne Alfred Luton vulgarise les injections hypodermiques

Le canton 7 du Cimetière du Nord abrite la tombe du Docteur Etienne Alfred Dupont né à Reims en 1830 et décédé en 1896.

Docteur en médecine en 1859, suppléant d’anatomie et de pathologie interne à l’hôtel Dieu, il fut titulaire de la chaire de la clinique interne et nommé en 1861 directeur de l’école de médecine et de pharmacie de la ville.

Si les Rémois connaissent la place qui porte son nom et accueille tous les jeudis un marché apprécié, peu savent que ce médecin fut l’un des premiers à vulgariser en France l’usage des injections sous cutanées à effet local (seringue de Pravaz). Un sérum porte même son nom: le sérum Luton employé contre la diarrhée cholériforme enfantine.

La seringue de Pravaz

On lui devrait aussi le traitement du goître par les injonctions interstitielles de teinture d’iode.

Marié à Louise Olympe Angéline Tonnelet, Alfred Luton était aussi poète et amateur d’art. Il travailla aussi au dictionnaire de médecine et de chirurgie et fit un essai sur la guérison de l’alcoolisme par la strychine.

Pour la petite histoire, son arrière petite fille Monique Luton (1924-2005) était écrivaine sous le nom de Claude Orcival. Elle était l’épouse d’Alain Peyrefitte, successivement ministre de la Justice, des Affaires culturelles et de l’environnement, des Réformes administratives, de l’Education nationale, de la Recherche scientifique et de l’Information.

Si Alfred Luton a une place à son nom, on le doit à un mécène Eugène Parmentier qui offrit en 1899 le terrain à la ville à la condition qu’elle portât le nom du fameux médecin.

Son fils Ernest dans ses pas

Fils d’Etienne Luton, Ernest Luton (1863-1916) consacra aussi sa vie à la médecine. Il fit sa thèse à la faculté de Paris sur le thème: « le traitement de la tuberculose par les sels de cuivre. » En 1896 il conseilla l’utilisation de l’eau oxygénée en injections pour le traitement du psoriasis.

Sources: la vie rémoise d’Alfred Dupont, Wikipédia, presse locale.

Alain MOYAT

Adolphe David un patron rémois ayant foi dans le socialisme

Adolphe David 1808-1849)

Avec Eugène Courmeaux, qui repose comme lui au Cimetière du Nord, nous avons évoqué la naissance d’un grand mouvement socialiste à Reims lors de la révolution de février 1848 ayant entraîné l’abdication du roi Louis Philippe. Ce mouvement n’aurait pas pu naître sans l’investissement aussi d’un groupe de bourgeois dont faisaient partie notamment Dubourg-Maldan, Mennesson -Tellier, Emile Dérodé et Adolphe David (1808-1849), manufacturier, négociant en tissu, partisan lui aussi de la réforme. Avec Courmeaux, plusieurs autres démocrates francs maçons, des dirigeants de sociétés mutuelles et quelques travailleurs acquis aux thèses communistes de Cabet, Alphonse David, soucieux de transformer les conditions des travailleurs et de faire des réformes sociales pour faire le bonheur de l’ouvrier mit en place une administration municipale provisoire. Conseiller municipal en 1846, nommé commissaire de la République en 1848, il n’eut pas le loisir de poursuivre son oeuvre décédant un an plus tard en 1849.

La filature Croutelle incendiée

Illustration histoire de Reims de Boussinesq et Laurent

La révolte à Paris connaît aussi quelques soubresauts à Reims. Le préfet ne voulant pas recevoir le courrier proclamant la République s’enfuit tout simplement. Mis en cause par des citoyens voulant du neuf Carteret accepte à contre coeur de démissionner, laissant place à un conseil municipal provisoire piloté par David, Mennesson, Dérodé et Butot.

Dans la foulée le conseil au complet vote des mesures sociales:

-porte à 1,25F le salaire des ouvriers employés aux travaux de charité,

-met une somme de 2.000F à la disposition du bureau de bienfaisance pour des distributions extraordinaires de pain,

-nomme quatre ouvriers supplémentaires au bureau de bienfaisance pour mieux assurer la répartition et la distribution de ces suppléments.

La Garde nationale

Côté rues, l’agitation est palpable. Le 25 février la préfecture avait déjà été assaillie, des devantures de la rue Neuve et de la rue du Barbâtre enfoncées, des lanternes cassées. Plusieurs gardes nationaux avaient essuyé des jets de pierre.

Le 26 des citoyens surexcités accompagnent David en ville aux cris de « A bas les baïonnettes ». David doit demander à la Garde Nationale de faire preuve de mansuétude. Le 26 février au soir, l’incident le plus grave a lieu à Fléchambault où l’usine du filateur Croutelle est incendiée. Les ouvriers lui reprochaient notamment d’avoir introduit dans son usine les métiers mécaniques « briseurs de bras » et d’utiliser la force hydraulique. Un métier à tisser est vandalisé chez Pradine et Bureau. Un marchand de vin et un autre de tabac sont pillés…

le 27 février, avec l’appui d’ouvriers les incendiaires sont arrêtés par la Garde. Tout rassemblement est interdit et un couvre feu est ordonné. Le conseil siège en permanence à l’hôtel de ville.

Le conseil décide que tous les ouvriers sans ouvrage pourront se présenter au bureau des Prudhommes. Du travail leur sera donné immédiatement. Il demande aussi que l’on dégage au frais de la ville tous les objets engagés au Mont de Piété dont le prêt ne dépasse pas 10F.

Une médaille frappée à l’occasion de la nomination d’Adolphe David comme commissaire spécial du gouvernement pour l’arrondissement de Reims

Chargé de la question financière et industrielle, David est nommé le 1 mars commissaire du gouvernement par décret de Ledru-Rollin. Adolphe David accepte mais demande d’avoir Eugène Courmeaux comme adjoint à la sous-préfecture.

Si l’administration provisoire veut qu’on assure de l’ouvrage à tous les ouvriers et promet d’aider les patrons à payer la main d’oeuvre inutilement employée en occupant tous les bras devenus libres dans les ateliers communaux (entre 2.000 à 3.000 personnes) , l’argent fait cruellement défaut. Les caisses de la ville sont à peu près vides. Qu’a cela ne tienne après consultation … d’un grand nombre de bourgeois, le conseil vote un impôt révolutionnaire de 400.000F.

Le cardinal Gousset

De son côté, le cardinal Gousset forcé de reconnaître la chute de la royauté remplace la prière d’usage pour le chef de l’Etat par la prière « Domine salvum fac populum » (« Seigneur, sauve le peuple ».)

Le projet de fonte de la statue de Louis XV, remplacée par celle de Colbert ne de fait pas « au nom de l’art » plaide Courmeaux.

Le 2 avril un arbre de la Liberté (un peuplier) est planté sur l’emplacement de la croix de la mission démolie en 1830.

Mais la Révolution menace à nouveau quand le Ministre des travaux publics refuse qu’il y ait des ouvriers envoyés pour ouvrir sur la ligne de chemin de fer Reims-Epernay le chantier du tunnel de Rilly-la-Montagne. Le conseil réduit le prix de journée de à 25F pour les ouvriers communaux dont il dissout les ateliers après l’organisation de barricades sur le chantier de la Porte Mars. Il faut l’intervention à Paris de Courmeaux puis de David pour qu’un crédit de 800.000F soit débloqué pour le tunnel de Rilly. Les ateliers municipaux peuvent redémarrer le 15 avril.

Vote d’autres mesures sociales

Le conseil vote de nouvelles mesures:

-Tout citoyen de 21 à 55 ans peut être convoqué dans la Garde nationale comme soutien à la République,

–les journaux entravant la presse populaire ne seront plus cautionnés,

–baisse du prix du pain à 75 centimes pour 3 kg,

-abolition des droits d’entrée sur les boissons, la viande, l’impôt sur le sel,

-baisse du prix des loyers,

-suppression du personnel du haut clergé et baisse des appointements des grands dignitaires de l’église,

-abolition complète et immédiate de l’enseignement mis en vigueur par les prêtres et les rois.

Fatigué, malade, Adolphe qui son poste de commissaire général de l’arrondissement de Reims le 9 juillet.

Fin juillet lors de la première élection municipales au suffrage universel, même si Mennesson et David sont réélus, les conservateurs font un retour à Reims en force avec Carteret, Belin, Werlé, Richardot. Cinq mois plus tard, Louis Napoléon Bonaparte est élu président de la République française.

Le 26 février 1849 Adolphe David meurt. Il était marié depuis 1837 à Alexandrine Victoire Lambert (1808-1889) .

Après sa mort prématurée, son associé et gendre, Jules Warnier, prit la direction des établissements Warnier-David.

Le vent tourne

Signe que les idées socialistes rémoises déplaisent à Paris. Le sous préfet de Reims est muté pour avoir assisté aux obsèques de David. Le succès des listes socialistes au cantonales de mai 1849 va exaspérer un peu plus l’Etat.

Pour avoir dénoncé l’expédition de Rome et la suspension du préfet, demandé la reconnaissance de « la République démocratique et socialiste » et organisé la distribution d’armes aux ouvriers pour entrer dans la Garde nationale, dix sept amis de David sont arrêtés pour « complot contre la sûreté de l’Etat » et placés en détention. Courmeaux perd son poste de bibliothécaire, Maldan celui de médecin de l’administration.

Source: Histoire de Reims par Georges Boussinesq et Gustave Laurent; lettres de Pierre Dubois à Nicolas David

Alain MOYAT

Eugène courmeaux: infatigable défenseur du peuple laborieux

Photo AM 2021

Mangée par les pluie acides la colonne tronquée sous laquelle repose Eugène Courmeaux voit s’effacer année après année le nom de ce rémois trop méconnu. Témoin de la révolution de 1848, de la fin de règne de Louis-Philippe, de la seconde République et de l’Empire rétabli par Napoléon III après son coup d’Etat, Courmeaux « partisan d’un socialisme dans le calme et sans débordement » paya avec plusieurs exils un lourd tribut pour avoir résisté aux gouvernements pas assez près du peuple laborieux à son goût. Homme de lettres, bibliothécaire, secrétaire général du théâtre du Châtelet à Paris, défenseur de la poésie, il fut aussi représentant des maisons de champagne Mumm. Conseiller municipal de 1871 à 1874, Courmeaux fut aussi conseiller général du 3 ème canton (1871-1881) puis député de 1881 à 1891 soutenu par « la liste Démocratie ouvrière et socialiste. » Infatigable épistolier, journaliste dans plusieurs journaux rémois et marnais, écrivain, il laisse de nombreux écrits sur son époque et des contemporains.

Révolté par la misère des rémois laborieux

Eugène Courmeaux (1817-1902)BM Reims

Né rue de Vesle à Reims le 15 février 1817 Philippe Eugène Pierre Courmeaux, bercé aux sons du bourdon de la cathédrale suit des études à l’institut Pardonnet avant d’aller au lycée de Reims puis de suivre une école de droit à Paris. Témoin d’un duel avec mort d’homme il doit se réfugier à Francfort pour échapper à la prison. Il épouse à Paris, en 1842, Marie Joséphine Chocardelle (1818-1888)

Nommé en 1843 adjoint conservateur de la bibliothèque municipale qui se trouvait alors dans l’hôtel de ville, Courmeaux qui demande demande des réformes est révolté par la prospérité grandissante de la bourgeoisie d’affaires dans une ville où la misère des ouvriers est croissante, où les très jeunes filles doivent se prostituer après le travail pour faire bouillir la marmite familiale. Franc Maçon, membre de la loge « l’union parfaite », Courmeaux est membre de l’Académie de Reims.

Militant lors de la révolution de 1848 et partisan d’une calme révolte, opposé à « Napoléon III le petit » qui finalement gagne l’élection présidentielle, Courmeaux est emprisonné six mois et demi pour « complot socialiste ». S’il est finalement acquitté en 1849, il a été entre temps viré de la bibliothèque. Et ses ennuis continuent. Condamné en 1851 à un an de prison pour « offense au président de la République » (dans un article intitulé : « Où allons nous? Où nous conduit M.Bonaparte ? « , il avait pressenti et dénoncé un futur coup d’Etat de Napoleon qui rétablit bien l’Empire le 2 décembre 1851) Courmeaux s’enfuit et s’exile en Belgique .

Si avec le maire Werlé, nommé par décret, Reims connaît une belle croissance de 1852 à 1868 les libertés publiques sont supprimées. Au grand dam de Courmeaux. Pour vivre, revenu à Reims puis à nouveau reparti par prudence en Belgique, l’ancien bibliothécaire devient courtier pour les maisons de Champagne Jules Mumm et Cie et GH Mumm & Cie. Son rôle: créer des agences sur le littoral méditérranéen et en Orient. L’occasion pour lui de voyager dans toute l’Europe et d’observer et de commenter la guerre de Crimée mais aussi d’avoir quelques problèmes en Italie pour être rentré en relation avec Garibladi.

Durant deux ans, (1869-1870)Courmeaux qui avait déjà réécrit une partie la pièce d’honoré Thomas: « Richelieu ou la journée des dupes » devient secrétaire général du théâtre du Châtelet. Il corrige notamment des pièces de théâtre d’Alexandre Dumas, père; publie une biographie de Victor Hugo, deux exilés qu’il avait croisés. Après avoir apporté son soutien au gouvernement d’union nationale de Léon Gambetta, il adhère au parti républicain rémois . Collaborateur très productif de « l’indépendant rémois », du Progrès de la marne », du « radical de l’Est » . Il crée le« Franc Parleur rémois », et plusieurs articles contre De Broglie, président du conseil et l’archevêque de Reims lui coûtent quatre condamnations pour diffamation et six mois de prison. Membre cette fois de « la Loge de la sincérité », du Comité démocratique, du Comité rémois de la ligue de l’enseignement, il se présente aux élections législatives « pour améliorer la condition morale et matérielle des travailleurs. Fervant défenseur de la République, visionnaire, il défend aussi l’idée que « la République est une ancre de salut qui peut devenir le noyau initiateur de la fédération des Etats unis d’Europe que la démocratie internationale réalisera un jour. »

Lors des élections municipales de novembre 1874, bien que réélu sur la liste de l’extrême gauche ouvrière, Courmeaux préfère démissionner, n’acceptant pas le comportement des Républicains modérés et la victoire du royaliste Louis Victor Diancourt.

En 1879, bien qu’en tête du premier tour des élections législatives , Courmeaux est battu au second tour par une coalition avec à sa tête Louis Victor Diancourt.

Député en 1881 à 64 ans

Pas abattu pour autant Courmeaux sera finalement élu député en 1881 sur la « Liste Démocratie ouvrière et socialiste. » Inscrit à l’extrême gauche, il vote avec les radicaux intransigeants de Clémenceau. Il votera notamment la gratuité de l’enseignement, l’élection du maire et des adjoints par le conseil municipal. Il milite pour la liberté syndicale, une école obligatoire, laïque et neutre et une armée sédentaire. Contre le scrutin de liste il soutient la représentation proportionnelle. Il demande la suppression des fonds influant dans les journaux et veut la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

De 1881 à 1888 il occupe les fonctions de publiciste à l’Avenir de l’Est. Il récupère son poste de bibliothécaire en 1887 . Responsable des archives du musée, il occupera ces fonctions jusqu’en 1895. Il rédigera notamment un catalogue du fonds rémois et des incunables de la bibliothèque.

Eugène Courmeaux mourut le 21 novembre 1902.

Pour son éloge funèbre, Félix Mennesson Champagne dit de lui: « Il semblait puiser dans la lutte même des forces nouvelles. Loin de l’abattre, la lutte l’exaltait. »

Courmeaux voulut comme épitaphe: « Pro jure diu luctatus, meliora sperans ». « Ayant lutté longtemps pour le droit, espérant des évènements meilleurs. »

Source: la vie rémoise d’Eugène Dupont. Eugène Courmeaux d’Hervé Paul; plusieurs articles de presse du début du XX ème siècle; wikipedia.

Alain MOYAT


Frère Arnould déclaré bienheureux par le pape

Une pensée de Frère Arnould:  » Les Saints se forment, non pas par des oeuvres extraordinaires, mais par leur fidélité à bien faire ce que Dieu veut.

D’origine modeste, mais très courageux, Jules Rèche, devenu novice chez les Frères des écoles chrétiennes sous le nom de Frère Arnould est décédé en 1890. Il a été proclamé bienheureux en 1987 par le pape.
Le Cimetière du Nord abrite-t-il un Saint? « Pour cela, il faudrait un deuxième miracle ou plus exactement une deuxième guérison d’une personne qui aurait intercédé avec succès auprès de Frère Arnould. Une guérison stable et inexpliqué par le monde médical «  explique le plus sérieusement du monde Emile Noirez, Frères des écoles chrétiennes. En effet, s’il a été enterré en octobre 1980 dans le carré des Frères, au fond du cimetière du Nord, si les bombardements de 1914-1918 ont bouleversé sa sépulture, considéré de son vivant comme « un saint homme », Frère Arnould, Jules-Nicolas Rèche pour l’état-civil a été proclamé Bienheureux le 1 novembre 1987 par le pape Jean-Paul II. Un grand pas vers la canonisation. Sur les pas de Jean-Baptiste de la Salle, son prédécesseur chez les Frères des écoles chrétiennes présentes aujourd’hui dans 85 pays du monde.

Frère des écoles chrétiennes

Rien ne prédestinait Jules Nicolas Rèche, natif de Landroff (Moselle)a faire parler de lui. Fils d’une famille nombreuse il est condamné dès l’âge de 10 ans à travailler.
Successivement valet de ferme, cocher, il devient charretier sur le chantier de construction de la basilique Notre-Dame Saint-Remi de Charleville-Mézières. Et se plaît à catéchiser ses proches.
Lors de cours du soir qu’il suit assidûment, il découvre les Frères des écoles chrétiennes dont il veut aussitôt suivre l’exemple. « Sa vocation tardive pour l’époque le conduit à Beauregard Thionville » explique Emile Noirez. Après un an au noviciat, désormais revêtu d’une soutane à rabats blancs, Jules Nicolas devenu Frère Arnould (du nom d’un ancêtre de Charlemagne) entre au pensionnat Saint-Joseph de Reims créé par les Frères.
Il enseigne l’agriculture, prépare des jeunes à l’école des Arts et Métiers. En 1877 désormais maître des novices, il forme de futur religieux au noviciat de Thillois (l’actuel lycée privé agricole).
Il suit ce noviciat dans son déménagement à la maison du Sacré-Coeur et en devient le directeur général. Atteint d’une congestion cérébrale il s’éteindra le 23 octobre 1890.
Honorer un modèle « Spirituel, pieux, attentif, méritant de son vivant. On dit que des phénomènes extraordinaires se seraient produits sur son intercession. Frère Arnould considéré par ses contemporains comme un saint homme se devait d’être proposé comme un modèle en 1905 » poursuit Emile Noirez.

De nombreux passants allument des bougies sur sa tombe au cimetière du Nord
Une bande dessinée de Michèle   Ardisson met à l’honneur la vie de Nicolas Roland

« Ses écrits furent épluchés, les témoignages de ceux qui l’avaient connu cossignés. Mais en raison des lois anti-congrégations religieuses, puis de la guerre 1914, puis la suivante, le procès en béatification reprit en 1937 fut à chaque fois repoussé alors que le nombre de faveurs obtenues par l’intercession de Frère Arnould allaient s’accentuant. »
Il reprit sous le ministère du regretté cardinal Marty. « En Haute-Saône, une femme qui était atteinte d’un cancer du sein et qui invoqua Frère Arnould fut miraculeusement guéri » explique le frère des écoles chrétiennes,  » en dehors des lois normales de la médecine. »
Frère Arnould gagna son « galon »de Bienheureux, dernière marche avant d’être canonisé, de devenir un Saint.
Il faudra pour cela n nouveau miracle. Le tribunal diocésal charger de mener le procès en canonisation devra alors se réunir.
Si son verdict est favorable, le dossier sera transmis à la congrégation pour les Saints à Rome.
Mais Dieu seul sait quand!

Alain MOYAT

(Article écrit en 1998 + 2021)


Claude Goiot, mécène du crématorium du cimetière de l’est

La tombe est dans le canton 9. Photo AM 2021)

On le sait, on le dit souvent: « nul n’est prophète en son pays ». Ce dicton pourrait être attribué au président fondateur de la ligue rémoise de la Libre pensée Claude Goiot (1807-1892). Un bouffeur de curés qui fut pourtant crématisé au cimetière du Père Lachaise à Paris, onze ans avant l’inauguration du premier crématorium rémois, au cimetière de l’Est, grâce à l’important legs qu’il avait laissé pour permettre cette réalisation.

Natif de Saint-Thierry où il a vu le jour le 12 octobre 1807, Claude Goiot, architecte métreur fut conseiller municipal socialiste à Reims (1884).

Estimant sans doute qu’il n’y avait aucun argument rationnel en faveur de l’existence de Dieu, Claude Goiot s’affranchit assez vite de toute religion, de tout dogme religieux. En créant en 1872 la ligue rémoise de la Libre Pensée, il officialise sa philosophie personnelle et rêve au terme de sa vie (1) à être incinéré. Il le fut, mais pas dans sa ville de coeur. Crématisé à Paris, ses cendres demeurèrent dans le caveau de la ville (canton 2) avant que sa famille ne fasse l’acquisition d’une concession au Cimetière du Nord.

Si l’ancien conservateur du site Alphonse Rocha n’a pas trouvé trace de translation des cendres de Claude Goiot dans la concession familiale acquise finalement dans le canton 9, un autre spécialiste rémois des cimetières Jean-Yves Sureau affirme le contraire. Selon lui, les cendres de Claude Goiot ont été divisées en quatre et se partageraient sur quatre communes: le cimetière du Nord, le cimetière de l’Est, Saint-Thierry et Quatre-Champs, patrie de sa maman.

Claude Goiot a financé quasiment totalement le crématorium du cimetière de l’Est dont il reste encore une partie aujourd’hui

Le crématorium du cimetière de l’Est inauguré en 1903 a fonctionné jusqu’en 1972.

(1)Claude Goiot est mort à Châlons-sur-Marne. Il était mariée à Antoinette Pauline Charloteau (1816-1839)

Alain Moyat

champagne:Henri Abelé donne un coup de pouce au dégorgement à la glace

Il repose dans le canton 7 du cimetière du nord. Grand nom du champagne, Henri Abelé a été le premier à utiliser industriellement le procédé de dégorgement à la glace inventé par Armand Walfard, gérant du champagne Binet

Henri Abelé a cofinancé la reconstruction de la cathédrale au sein de la société des Amis de la cathédrale

Fils de François Abelé et de Lucie de Muller, Henri Abelé (4 août 1852 -2 novembre 1923) reprend en 1876 l’affaire que dirigeait son père et créée en 1757 par le Belge Théodore Vander Veken.

L’origine de la maison Abelé trouve ses racines en Belgique avec le Belge Théodore Vander Veken qui implanta en 1757 à Reims une activité de champagne mousseux.

L’origine de la maison Abelé trouve ses racines en Belgique avec le Belge Théodore Vander Veken qui implanta en 1757 à Reims une activité de champagne mousseux. Son fils Remi qui développa l’affaire n’ayant pas d’enfant, c’est son neveu Auguste Ruinart de Brimont qui reprit l’affaire en 1828 avant de s’associer à son beau-frère Antoine de Muller (inventeur de la table à remuer les bouteilles). C’est auprès de ce dernier que François Abelé, son neveu acquit son expérience avant de se lancer sa propre entreprise à Ludes pour finalement racheter suite à une faillite, (fusionner diront certains)les entreprises originelles sous le nom de Abelé Vander Veken Henri Abelé.

De Ludes il la transfère en 1880 à Reims, rue de la Justice, derrière le cimetière du Nord. Dynamique il cofonde le syndicat du commerce des vins de champagne en 1882. Entreprenant il est le premier en 1884 à utiliser industriellement le procédé de gélification du goulot de la bouteille de champagne à dégorger inventé par Armand Walfard.

Fournisseur de la cour du roi d’Espagne il multiplie les cuvées. Invente notamment « le sourire de Reims sec » pour les poissons, « le goût américain » pour l’apéritif, « l’impérial club demi sec »pour le dessert.

Victime de la guerre 14

Durant la guerre 1914-1918, les entrepôts de son entreprises furent plusieurs fois bombardés rue de la Justice. Plusieurs ouvriers moururent dans les caves victimes aussi d’inondations. Personnalité rémoise, Henri Abelé fit aussi partie des otages pris par les Allemands qui occupèrent la ville en septembre 1914. Pas démonté, le chef d’entreprise tenta de rester à Reims en aménageant un grand appartement dans ses caves avec en plus une chapelle pouvant accueillir, paraît-il jusqu’à une centaine de personnes.

voir le site https://14-18.documentation-ra.com/2013/11/2013-11-livret-de-photographies-champagne-henri-abele/

site réalisé par www.reimsavant.com

Il partit finalement à Paris jusqu’à la fin de la guerre et revint à Reims en 1920 où il s’associe avec deux de ses fils: Louis et Joseph. Amoureux de sa ville il participera avec bien d’autres industriels à la reconstruction de la cathédrale au sein de la Société des Amis de la cathédrale.

Bourreau de travail il décédera dans son bureau en 1923 alors qu’il recevait un représentant.

La marque existe aujourd’hui dans les activités du groupe Freixenet.

Alain MOYAT

l’architecte Alphonse Gosset réalise le premier opéra rémois

Architecte, membre de l’Académie Nationale, (9mai 1835- 11novembre 1914) , fils de Pierre Louis Gosset lui-même architecte, Alphonse Gosset a marqué Reims de son empreinte. Il mériterait une plus grande notoriété .

Formé à l’école nationale des beaux arts de Paris, Alphonse Gosset construisit d’abord de nombreuses usines de textile et des chais pour les maisons de champagne. Le cellier Carnot de la maison Pommery, réplique d’un château anglais de style Tudor en est la plus belle illustration.

Si Alphonse Gosset est surtout connu pour sa superbe réalisation que constitue la basilique Sainte Clotilde, de style néo byzantin, avec sa belle coupole, – un édifice réalisé à l’occasion du XIV centenaire du baptême de Clovis -et inspiré parSaint Pierre de Rome et Saint Augustin de Paris, ce que l’on sait moins, c’est qu’il réalisa le nouveau théâtre de Reims, là où se trouve aujourd’hui l’actuel Opéra.

Un théâtre inauguré en 1873 mais détruit en 1914

le nouveau théâtre n’aura vécu que 41 ans

Commencé en 1867 et reposant sur un sol de craie bétonné de peur des infiltrations, le théâtre rémois de la même hauteur que les maisons qui l’entourent (une des conditions du cahier des charges) s’inspirait un peu de l’Opéra Garnier. Fort de quatre étages avec une salle de 1.200 places en forme de fer à cheval il fut deux fois victime de la guerre.

En 1870, le gros oeuvre de l’établissement sert d’hôtel pour accueillir les fantassins prussiens. En 1914 il est victime des bombardements qui visent la cathédrale.

Entre temps, tout de même ce théâtre à l’italienne dont les travaux s’achevèrent en 1873 fut inauguré le 3 mai de la même année par le ministre Jules Simon. En présence notamment de sociétaires de la Comédie Française: Madeleine Brohan, Febvre et Bressant, d’un Opéra avec entre autres deux notoriétés locales: la basse Menu, de Bétheny et le ténor Richard et une opérette d’Offenbach: « Les Brigands ».

Sans doute victime collatérale du bombardement sur la cathédrale

Ce sont d’autres brigands qui quarante ans plus tard mirent à mal le beau théâtre réalisé par Alphonse Gosset. En septembre 1914 l’intense bombardement sur la ville et principalement la cathédrale atteint la coupole du théâtre qui s’écroule avec son imposant lustre. Un incendie détruira peu de temps après le bâtiment dont seul la façade subsistera.

Le foyer du thé^âtre après l’incendie

Le théâtre qui avait connu sa dernière séance le 14 juillet 1914 ne rouvrit qu’en 1931, reconstruit à l’identique ou presque par les architectes François Maille et Louis Sollier.

Un touche à tout inventif

On doit bien d’autres réalisations à Alphonse Gosset (voir Wikipedia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alphonse_Gosset

On retiendra notamment la réalisation de nombreux hôtels particuliers (veuve Hiedsiek, Walbaum), la villa de la veuve Pommery à Chigny-les-Roses, de nombreuses usines textiles (Dauphinot, l’usine de peignage Isaac Holden et fils, la filature Marteau, le tissage Nouvion à Bétheniville, une ferme modèle à Villers-Allerand, des habitations ouvrières à Courcy, le château de Neuflize, le château Rozais à Rilly-la-Montagne, les églises de Thil (1867) et Bermericourt (1864), les mairies de Corbeny (Aisne), Cormicy et de La Neuvilette etc.

Alain MOYAT

De Jean-Baptiste Drouet au Maréchal d’Erlon, un étonnant destin

Général de Division à 38 ans, décoré de la Légion d’Honneur par Napoléon, condamné à mort par Louis XVIII, nommé gouverneur d’Algérie, Jean-Baptiste Drouet a bien gagné son titre de maréchal d’Erlon.

(Photo AM 2021)

Entourée de huit grosses bornes en fonte, la stèle est imposante au coeur du cimetière du Nord. Mais le petit buste réalisé par Théodore Champion hier maculé de vert de gris qui surmontait une colonne a disparu depuis le début des années 2000.

Le petit buste a disparu et n’a jamais été remplacé. Pourquoi ne pas en refaire un simultanément à la réhabilitation de la statue du Maréchal lancée par souscription? (Photo AM 2021)
La tombe du maréchal telle qu’on pouvait la voir en août 1998. Elle fut vandalisée en 2006. Le buste en bronze volé (photo AM 1998)

Le monument n’est pas tout à fait la dernière demeure du maréchal Drouet d’Erlon. En fait, il repose sous une pierre plus sobre quelques mètres derrière, dans un cercueil de sapin, de plomb et de chêne, sabre à la main, un bâton de maréchal et sa famille à ses côtés.Jean-Baptiste Drouet, fils de charpentier, né à Reims le 29 juillet 1765 et décédé à Paris le 25 janvier 1844, ne fut enterré au cimetière du Nord que quelques mois plus tard. Non sans quelques polémiques

Le comte Droet d’Erlon d’après une huile d’Ary Scheffer

Pas facile de résumer le destin exceptionnel de cet homme simple à la fois acteur et prisonnier d’une période historique folle, folle, folle. Un Rémois qui a tout de même le privilège d’avoir son nom sur l’Arc de triomphe de l’Etoile à Paris et son portrait en pied peint par Philippe Larrivière dans la galerie des maréchaux du château de Versailles.

Engagé à 17 ans

L’armée du « Beaujolais » dans laquelle il s’était engagé à l’âge de 17 ans l’avait pourtant congédié cinq ans plus tard. Qu’à cela ne tienne, Jean-Baptiste Drouet se sent l’âme militaire. Il resigne en 1792 et entre un an plus tard au très populaire bataillon de chasseurs de Reims.

Le temps de se marier, et le voilà parti sur tous les champs de bataille pour servir Napoléon. Vite remarqué par sa bravoure sous les ordres de Hoche, il brille à la bataille d’Austerlitz; oblige Blücker à capituler à Iéna; avec 800 hommes il s’empare de l’île de Holm contre les Russes et tourne les canons ennemis contre la place assiégée. Il reçoit deux balles dans le pied à Friedland. Mais il subit aussi des revers et certains lui reprocheront d’être arrivé en retard pour éviter la prise de Badajoz par les Anglais; son flottement entre deux champs de bataille à Waterloo, à la suite, semble t-il d’ordres contradictoires. Le maréchal Soult lui en voudra aussi beaucoup de ne pas être arrivé avant à Pampelune.

Militaire, Jean-Baptiste Drouet est fier de devenir général de Division à l’âge de 38 ans. Fier quand Napoléon lui remet en personne la Légion d’honneur. Il aurait voulu devenir maréchal, il ne sera que comte. Comte d’Erlon, un petit village de l’Aisne, près de Marle où on lui donne un château, un moulin et une ferme de 174 hectares.

Brasseur à Munich

Napoléon essuie des revers contre l’Alliance. Il est envoyé à l’île d’Elbe. Drouet d’Erlon, lui, lui reste fidèle.Il préside le conseil de guerre qui acquitte le général Exelmans. Arrêté le 13 mars 1815 est accusé d’avoir trempé dans un complot, le Rémois est libéré quand l’empereur débarque à Golf Juan. Il est même nommé pair de France durant les 100 jours.

Mais pour avoir milité ensuite contre Louis XVIII en faveur du Duc d’Orléans, il est mis en disgrâce. Poursuivi, condamné à mort par contumace, via Genève, le Rémois s’installe à Munich où il dirigera la brasserie « Hasesohn ».

D’Erlon, dit « le baron Schmidt », finalement administré par Charles X, ne revient en France que sous Louis-Philippe. Et encore, il est assigné à résidence. Pas pour longtemps.

En 1830 Drouet-d’Erlon reçoit le commandement de la 12e Division militaire. Il se fait remarquer à Reims où son frère crée la loge maçonnique « La Sincérité ».

Homme de gauche, il soutient les Juilletistes qui ont enlevé la croix de la mission plantée près du cimetière du Nord, « les Juilletistes, ces victimes de vexation de la part des Jésuites, au funeste parti des prêtres et de ceux qui sous Charles X, portait la crosse… »

L’homme est apprécié. En 1831, on l’envoie mater une révolte de Vendéens. En 1834, il est nommé gouverneur en Algérie où il obtient tous les pouvoirs civils et militaires. Homme de dialogue, il croit pouvoir « apprivoiser les Arabes! ». C’était compter sans le brillant Ab-el-Kader.

La fin du comte promu maréchal en 1843, est des plus tristes. Veuf depuis 1828, il meurt dans la solitude et la misère le 25 janvier 1844 en refusant les derniers sacrements. De quoi inspirer le poète Gonzalle: « Après avoir bravé la mort en cent batailles, ce qu’il laisse, en mourant, (excepté son grand nom), ne peut hélas payer les funérailles. Ah! Tant de probité fait rougir plus d’un front. »

(Article publié en août 1998). Réalisé d’après plusieurs sources dont l’ouvrage de Pierre Germain consacré à Drouet d’Erlon

Obsèques en présence de l’archevêque et …des francs-maçons avec leurs insignes

Personnage adulé par les uns, détesté par les autres, Drouet-d’Erlon eut finalement droit à deux cérémonies d’obsèques.

La première le 29 janvier 1844 à la chapelle Saint-Louis des Invalides à Paris et la seconde le 3 avril 1844 à Reims, le conseil municipal ayant décidé d’accorder une concession gratuite au cimetière du Nord à ce Rémois.

La cérémonie fut grandiose à la cathédrale. Tiré par quatre chevaux caparaçonnés, le char funéraire apparaît sous le soleil. Dans l’édifice, le cercueil de Drouet est posé sur « un catafalque surmonté d’un baldaquin avec des draperies tombantes en velours doublé d’hermine de plus de 25 m de hauteur et pesant près de cinq tonnes. »

Ambiance assurée avec des lampadaires aux lumières bleuâtres, 4 000 mètres carré de tenture, une musique italienne de Jomelli (XVIIIe). Deux escadrons, des dizaines d’officiers, une centaine de sous-officiers, près de 600 militaires sont là. Coups de canon: des salves d’honneur sont tirées par l’Artillerie de la Garde Nationale de Fismes, Saint-Thierry, Cormicy, Hermonville. Mgr Gousset est là . A proximité, des francs maçons revêtus de leurs habits.

Drouet est inhumé au cimetière du Nord: « Jean-Baptiste Drouet, comte, pair et maréchal de France, Gouverneur d’Algérie, redoutable dans la guerre, décoré de la plus grande dignité dans l’ordre royal de la Légion d’honneur et d’un grand nombre d’ordres étrangers, oublieux de son intérêt particulier, il vécut et mourut pauvre. Par une loi rendue, sa patrie a payé des funérailles et doté sa fille. Courageux, valeureux, bon exécutant, pas stratège de haut rang. 49 ans et 15 jours de campagne. »

La statue est inaugurée Place de la Couture en 1850 et déménagée en 1903

Le 28 octobre 1849, sur fond de polémique et à la suite d’une souscription, une statue de bronze réalisée par le sculpteur Louis Brochet est inaugurée Place de la Couture (baptisée Place d’Erlon le 4 mai 1850.) Se défiant de la population rémoise le prince Louis Napoléon Bonaparte se défile pour l’inauguration. Tandis que le général Exelmans inaugurait la statue 100 coups de canon furent tirés depuis le Boulingrin.

Royalistes et catholiques poussent des cris d’orfraie. Lacatte écrit: « c’est une honte ». Le chanoine Hubert André Pothé en rajoute une couche:

« Ci-git un infidèle, un perfide à son roi

C’est le traître Drouet qui eut ni foi, ni loi

En celà de son père, il a suivi la trace

Car il fut jacobin de pure et forte race. »

On rapporte que le 13 novembre 1879 un amant éconduit tira sur sa maîtresse et son Jules. Une balle ricocha sur le socle de la statue!

« Obstacle à la circulation » (tramway, voitures ) la statue sera déplacée vers la butte Saint-Nicaise en 1903 sous la municipalité Charles Arnoud.

L’équipage tiré par des chevaux, trop lourd, n’arriva pas à la butte Saint Nicaise et s’écroula à l’angle du Bd Henri Vasnier/ Bd Victor Hugo, là où il est aujourd’hui.

Alain MOYAT

La souscription fonctionne bien, mais il est encore possible d’apporter son obole. (photo AM 2021)

Une souscription est actuellement ouverte pour redonner un peu de lustre à la statue de Drouet. (lire par ailleurs) https://reimscimetieredunord.fr/2021/02/12/une-souscription-pour-restaurer-la-statue-du-marechal-drouet-derlon/

L’Abbé Eugène Miroy :Le Martyre du curé patriote de Cuchery

L’abbé Eugène Miroy, un gisant à admirer absolument au cimetière. Afin que l’original en bronze ne soit pas volé, une copie le remplace aujourd’hui

Fruit d’une souscription publique, réalisée parle célèbre artiste rémois Saint-Marceaux, le monument de l’abbé Eugène Miroy, émouvant gisant, rend hommage à un martyr.

Le 12 février 1871: fusillé par huit soldats prussiens d’un peloton de la landwer, l’abbé patriote Eugène Miroy,
reconnu « coupable de crime de trahison «  et condamné à mort après un simulacre de procès en l’hôtel de ville de Reims, s’écroule sous les balles assassines.(1)
S’éteignent avec lui les dernières notes d’un « Salve Regina ».Le mouchoir blanc qu’il a accepté de placer sur ses yeux pour éviter toute « ostentation » a glissé. Le corps recroquevillé, le visage serein, immobile pour l’éternité dans sa soutane aux nombreux plis devenue son premier linceul l’abbé est allongé au pied du mur d’enceinte du cimetière du Nord, côté rue Jules-César là où une plaque posée en 1896 et aujourd’hui restaurée rappelle l’événement arrivé durant l’Armistice qui précéda la paix. Avec un remarquable talent, le sculpteur rémois René de Saint-Marceaux a parfaitement su immortaliser le martyre de l’abbé de Crugny dans un magnifique gisant de bronze, œuvre incontournable, et même emblématique du cimetière du Nord. La première commande publique (1872), la première sculpture funéraire d’un artiste qui en a réalisé bien d’autres dont certaines sont visibles au Petit père Lachaise.

Un abbé patriote

Portrait de l’abbé posé (en 1998)sur le sol de la sacristie de l’église de Crugny

L’autel sous lequel des fusils auraient été cachés

Natif de Mouzon (Ardennes où il a vu le jour le 24 novembre 1828, Eugène Miroy, jeune prêtre, officiait en 1870 dans la commune de rémois. Cuchery, 468 habitants (canton de Châtillon-sur- Marne), annexe de la paroisse de Belval. Outre son ministère, il usait son énergie à soigner les gens atteints de la petite vérole. Mais « vif, ardent,
franc et loyal »,
l’abbé « pourvu d’idées larges et libérales », n’était, paraît-il pas en odeur de sainteté auprès des autres ecclésiastiques (1) . Il avait tout simplement envie de servir Dieu et sa patrie. C’est pourquoi, après le désastre de 1870, face à la menace prussienne, l’abbé patriote n’hésita pas à choisir son camp. Il aurait proposé à cinq pompiers du village qui voulaient déposer des fusils à mousquetons dans un champ de les cacher sous l’autel de l’église.

Une personne bien intentionnée lui adresse aussitôt une lettre pour lui dire qu’il détient illégalement des armes.
Les prussiens approchent. « Nous devons secourir la France, la venger, mourir pour elle s’il le faut car mourir ainsi, c’est commencer à revivre éternellement », n’hésite pas à dire l’abbé en homélie. Il avoue qu’il se sent aussi menacé par des démons qu’il désigne sans les citer : le premier « espèce de mouchard au petit furet », le second « qui porte une écharpe à se ceinture et n’en serait pas digne. »Tous les paroissiens ont reconnu le maire Sibeaux et le garde-champêtre Chevry.

Des mains anonymes glissent régulièrement des fleurs dans la main gauche du martyr de Cuchery.

Le 12 février 1871: fusillé par huit soldats prussiens d’un peloton de la landwer, l’abbé patriote Eugène Miroy,
reconnu « coupable de crime de trahison  » et condamné à mort après un simulacre de procès en l’hôtel de ville de Reims, s’écroule sous les balles assassines.

Secret de confessionnal ?

Les Prussiens sont à Belval. Au lieu dit « les Balais » ils essuient quelques coups de feu . Des francs-tireurs paraît-il… La commune est menacée de représailles.
L’abbé Miroy, fait prisonnier de guerre est placé en état d’arrestation : il aurait caché des fusils dans son jardin. Lié, garrotté il est escorté par trente Uhlans à cheval. Ruisselant de pluie et de sueur il doit aller à pied à Reims. A la ferme de Charmoise on l’accuse d’être déjà violent, d’avoir l’âme et d’être le chef des francs-tireurs. L’abbé avoue avoir distribué 30 fusils sans munitions. Pour la chasse.
L’abbé est condamné à la peine de mort. « Il n’aura ni défaillance, ni larme, ni récrimination. » Il est exécuté. Certains ont dit qu’il aurait été dénoncé par une personne qui lui aurait confié un lourd secret en confession. Une façon de mettre un masque légal sur un assassinat en quelque sorte. On ne saura jamais.
Le cadavre de l’abbé placé dans un cercueil fut jeté à la fosse commune. Un cadenas a fermé l’église de Cuchery, jusqu’à « expiation ».
Un peu plus tard l’abbé est exhumé. Une balle avait transpercé son bandeau. Une souscription est lancée. Bien que pétri de rhumatisme articulaire, de Saint-Marceaux réalise ce sublime gisant.
L’œuvre médaillée lors d’un salon n’est pourtant visible qu’en cachette car Thiers n’a pas osé la faire exposer : « Car empreinte d’un patrimoine trop ardent « . Elle est finalement inaugurée en 1873 au cimetière du Nord. Durant la guerre 14-18 , œuvre en bronze fut soustraite à la vue des Allemands, remise en place en août 1922 puis à nouveau déposée le 28 septembre 1940.

Depuis plus d’un siècle, des mains anonymes glissent régulièrement des fleurs dans la main gauche du martyr de Cuchery.

(Article publié ans l’union en août 1998) D’après plusieurs documents dont « le drame de Cuchery » de Vidal. Edition Matot-Braine (1873)

Alain MOYAT

L’histoire de la statue de l’abbé Miroy

«D’après La Vie à Paris du 6 octobre 1909, Saint-Marceaux aurait appris l’exécution de l’abbé alors qu’il était en proie à une terrible crise de rhumatismes qui l’avait d’ailleurs empêché de prendre les armes. Quoique malade, il bondit dans son atelier et modela immédiatement une esquisse, au vu de laquelle son médecin lui proposa d’exécuter le monument.
Terminée en 1872, la statue fut envoyée au Salon, mais non exposée, à la demande de Thiers. (On refusait également les peintures trop chauvines qui auraient éveillé la susceptibilité d’un ennemi toujours menaçant). Elle obtint pourtant une 2ème médaille et valut à l’artiste l’achat par l’État de son marbre intitulé l’Enfance de Dante. Elle fut inaugurée, le 17 mai 1873, en grande pompe, et obtint un succès considérable dû pour une grande part à sa simplicité : sans emphase, sans rhétorique, Saint-Marceaux met le visiteur devant l’horreur d’un acte injuste : « Sa figure… c’est celle de la protestation du droit et de l’humanité, protestation d’autant plus ferme qu’elle est plus calme, qu’elle ne se dépense pas en menaces et en paroles… » (discours du maire, Victor Diancourt). »
La beauté du visage juvénil alors que l’abbé a 43 ans, et l’aspect pathétique de l’œuvre, font que ce monument est constamment fleuri par un public anonyme. C’est aussi devenu le symbole de la Résistance, alors que l’abbé s’est trouvé mêlé malgré lui à l’action des francs-tireurs, si bien que le maire de Reims dépose un coussin de fleurs, chaque année à la date anniversaire de la Libération de Reims. Non l’abbé Miroy ne faisait pas partie des innombrables défenseurs du Pont de Laon, en 1944…
Durant l’Occupation, un ordre de la Mairie, fit transférer le bronze par deux employés communaux, sur une charrette à bras, jusqu’à la Réserve du Sud, boulevard Dieu-Lumière, pour le soustraire aux Allemands. À la Libération, cet acte de Résistance fut récompensé. Mais ce ne sont pas les deux employés qui ont eu les honneurs, et pourtant s’ils s’étaient fait arrêter, c’est bien ceux-ci qui auraient été déportés… L’ordre était verbal « 

(1)L’endroit où fut exécuté l’abbé Miroy en 1871 était à l’époque hors du cimetière

Voir aussi le superbe site consacré aussi à l’oeuvre de Saint-Marceaux

http://saint-marceaux.fr/sculpture-abbe-miroy/

Dans l’union du 14 février 2021 un article de Marion Dardard

Ernest Lefèvre-Dérodé, musicien compositeur

(Photo AM 2021)

Il aurait pu suivre la tradition familiale: devenir avocat ou conseiller général.
Ernest Lefèvre-Dérodé né le 7 juin 1853 et dont le buste réalisé par le sculpteur Eugène Bourgouin a été enlevé du cimetière par crainte des voleurs), a consacré toute sa vie à la musique.

Après des études musicales à la Maîtrise de la cathédrale placées sous la direction du maître de chapelle Etienne Robert, c’est à l’âge de 15 ans qu’il est à son tour nommé maître de chapelle en la basilique Saint-Remi pour succédera M.Hallier.
Sa carrière va ensuite être bien remplie. Il dirige l’Union chorale, l’harmonie municipale, l’école de musique et la société philarmonique créée par son grand oncle Dérodé-Géraudez sur les cendres de la Société philarmonique de la Sincérité.

Très créatif

Musiques dramatiques, sacrées, messes, musiques de chambre, morceaux d’orgues, trios, quintettes, sonates, musiques de piano, d’orchestre ou de chant, etc., Ernest Lefèvre-Dérodé prend plaisir à composer.
Il créée un opéra comique « Yvonne », écrit sur un poème de Charles Grandmougin qui sera joué au théâtre. n retiendra aussi une symphonie dramatique: « le prieur de Saint-Basle », une scène lyrique: « La veillée de Jeanne D’Arc ».
Mariée le 5 avril 1893 à Louise Dérodé, issue d’une grosse famille rémoise, Ernest Lefèvre trouve souvent l’inspiration dans la propriété familiale de Thil.
« Le talent de l’artiste trouve toute sa reconnaissance dans les nombreux prix obtenus: le prix Crescent avec « le Follet », un opéra-comique joué en 1900; le prix de la Société des hués orphéoniques pour la cantate « Fraternité » écrite sur un poème de Botrel et joué lors de l’inauguration du Petit Palais en 1900.

Souffrant de problèmes de santé, à partir de 1907, il se retire le plus souvent à Thil.
C’est dans ce petit village du canton de Bourgogne qu’il mourra deux jours après la Toussaint en 1913 d’une crise d’urémie.

Le buste original a été remplacé
Le buste aujourd’hui (photo AM 2021)

Le buste original d’Ernest-Lefèvre-Dérodé (1853-1913), compositeur de musique avait été réalisé par Eugène Bourgouin. Pour éviter qu’il ne soit volé, il a été remplacé. Il n’a pas été refait à l’identique mais a cette fois le visage tourné vers l’allée piétonnière.

(Article écrit en août 1998)

Alain MOYAT

Jean de Suarez d’Aulan , grand sportif et aviateur mort au combat

Capitaine de la délégation française en bobsleigh en 1936, il termine 4 ème aux Jeux Olympiques de Garmisch-Partenkirchen; jean Suarez pilote le bob (d’après un document d’archives de la famille d’Aulan-Taittinger)

Abattu le 10 octobre 1944 par un Messerschmidt à l’âge de 44 ans en combat aérien au-dessus d’Altkirch (Alsace), le marquis Jean de Suarez d’Aulan repose (canton 23) dans le caveau familial de la famille Kunkelmann au cimetière du Nord. Aux côtés notamment de ses ancêtres Jacques Charles Théodore et Ferdinand Théodore qui ont présidé aux destinées de la maison Kunkelman et des maisons de champagne Heidsieck et Piper-Heidsieck.

Son corps repose dans la chapelle Kunkelmann, la plus imposante du cimetière

Père de Catherine Taittinger, Jean de Suarez d’Aulan reste un personnage méconnu. « Un grand sportif titré, mais aussi un exceptionnel aviateur qui fut sans doute l’un des plus jeunes pilotes engagés dans la guerre 14-18 et sans doute l’un des plus ancien de la seconde guerre mondiale « , expliquait son fils François d’Aulan.

Sportif accompli

Le marquis, passionné d’aviation a perdu la vie au cours d’un combat aérien en 1944. Il avait 44 ans

Plutôt du genre aventurier , Jean de Suarez d’Aulan s’est vite pris de passion pour le sport qu’il à pratiqué en compétition.

Excellent alpiniste, pilote automobile aux 24 heures du Mans à plusieurs reprise, il obtint un titre de champion de France de plongeon de haut vol à 10 mètres. Amateur de bobsleigh, champion de farce et d’Europe, c’est comme capitaine qu’il conduit d’ailleurs la délégation française en 1936 aux jeux olympique de Garmisch-Partenkirchen. Lui et ses coéquipiers échouent de peu par deux fois pour la médaille et remporte une quatrième place en bob à 2 et en bob à 4.

Habitué à se déplacer à bord d’un avion « Caudron »pour ses déplacements professionnels chez Piper, Jean de Suarez d’Aulan participe aussi et remporte de nombreuses épreuves sportives sur monoplaces et biplaces: le rallye d’Egypte en 1937 et le Rallye des capitales en 1938. Il sera même président de l’aéro-club de Reims.C’est pour cette passion qui l’a sans doute poussé en 1917, engagé chez les Chasseurs alpins, à demander à piloter un avion de type Spad Picardie.

1942-44 : Il camoufle son âge pour piloter

Avec l’arrivée de la Seconde Guerre mondiale, le Rémois est mobilisé. Il doit piloter un Dewatine 520 au sein du groupe 4 de l’aviation de chasse basé à Chartres.

L’armistice l’empêche de s’engager dans les combats. Qu’à cela ne tienne, démobilisé, Jean Suarez d’Aulan s’engage dans la résistance. « Il participa à plusieurs à plusieurs sabotages », poursuit son fils .  » Il cache dans les caves des armes parachutées par les Anglais qui devraient servir à libérer la Champagne. Dénonçé à l’occupant, il parvient à échapper à la Gestapo, rejoint l’Afrique du Nord par la filière commandée par le général Revers. Il se présente à l’escadrille Lafayette ou son palmarès civil lui permet de s’entraînerà Meknès (Maroc). Jean avait réussi à camoufler son âge grâce à ses papiers de la résistance, sinon, il n’aurait pas été accepté. Il était trop âgé pour piloter un avion de chasse. »

L’ancien n’est pas si mauvais puisque Jean de Suarez d’Aulan, sorti parmi les « majors » du stage, est nommé sous-lieutenant de la 4 ème escadre. Il participe alors en 1943 et 1944 à de nombreuses missions durant la campagne d’Italie et la campagne de France.

Le 10 octobre, alors qu’il vient d détruire un avion allemand au-dessus d’Altkirch, il est surpris par deux Messerschmidt volant à plus haute altitude. Son avion est abattu au milieu de la ligne de front.

Article écrit en août 1998)

Alain MOYAT