Charles Desteuque: expert en demi mondaines et pilier de la Belle époque

Charles Desteuque découvreur de demi mondaines pour les cabarets parisiens de la Belle Epoque
Charles Desteuque enterré dans le caveau familial

A cause de sa vie pour le moins singulière, il fut enterré avec discrétion dans la sépulture familiale ( canton 16 ). Journaliste critique-dramatique, Charles Desteuque (1851-1897) surnommé « l’Intrépide vide bouteilles » est devenu à Paris un expert en demi mondaines dont il alimentait les cabarets de la Belle époque.

ami de Toulouse Lautrec

Il est le fils d’Adèle Palloteau qui légua à la ville de Reims la propriété de « la Rosière «  à Villers-Allerand et d’Eugène Desteuque, fabricant de tissus, conseiller municipal de Reims en 1874, adjoint au maire de 1878 à 1892 puis maire de Villers-Allerand (1)

« Bon zig «  à en croire le fin observateur rémois Eugène Dupont, Charles Desteuque décédé à 45 ans dans l’asile psychiatrique de Prémontré (Aisne)est sans doute l’un des témoins et acteurs le plus singulier de la vie nocturne parisienne à la Belle Epoque. Plumitif dans le journal « Gil Blas »où il tenait une rubrique sur la promotion des demi mondaines, Il devint vite à la fois chevalier servant et impresario des plus célèbres cocotes des cabarets, du Moulin Rouge aux Folies Bergère: de la Goulue en passant par Emilienne d’Alençon, Liane de Pougy, la belle Otéro et Clémence de Pibrac.

Surnommé l’Intrépide vide bouteilles

Surnommé l’Intrépide vide bouteilles par Raoul Ponchon qui lui dédia des vers, Charles Desteuque fut aussi décrit de façon très précise en 1888 dans un article du « Courrier français illustré » et intitulé : »la légende de l’Intrépide Vide bouteilles ».

Et l’on en apprend un peu plus sur son rôle dans le Paris by night de la Belle époque. « Les horizontales ne peuvent pas prendre la position couchée qui est leur position naturelle si elles n’ont pas passé par l’intrépide vide bouteilles… (…) Cet « intrépide » est donc un véritable Minotaure (…).
Le Vide-Bouteille a été promu par le Gil Blas au grade envié de major du bataillon de Cythère. C’est lui qui reçoit les recrues et qui les immatricule. Il ne les habille pas. Plutôt ferait-il le contraire. »
Cette légende avait déjà dix ans, et le journaliste s’empressait d’ajouter qu’elle a été spirituellement inventée et « goguenardement » propagée à travers le monde par le baron de Vaux et de rectifier en ajoutant : il est très gentil ce Vide-Bouteilles. C’est ce qu’on appelle un bon zig.

C’est ainsi qu’au détour de sa vie nocturne au cours de laquelle il semble qu’il ne buvait que de l’eau de bouteilles de Vichy et de Vittel, Charles Desteuque fit la promotion et assura le suivit, si l’on peut dire, de nombreuses femmes qui animèrent les folles nuits parisiennes. Il fait engager au Moulin Rouge Louise Weber, danseuse de french cancan plus connue sous le surnom de « la Goulue ». Il lance dans le bain mondain Emilienne d’Alençon alors âgée de quinze ans; grande courtisane qui ruina le jeune duc Jacques D’Uzès arrière arrière petit fils de la Veuve Cliquot.

Emilienne d’Alençon

Il fait la promotion de demi mondaines: la Belle Otéro, Liane de Pougy, danseuse courtisane : « le luxe intime d’une horizontale de grande Marque ». Témoin de la vie rémoise, Eugène Dupont affirma que c’est une de ses protégées Clémence de Pibrac, née à Sainte-Ménehould qui fit découvrir au tout Paris le fameux « Cordon rouge » « de chez Mumm, élaboré « à partir de cuvées ratées. « Le champagne qui se boit quand on n’est plus à même d’apprécier seinement les qualités d’un vin mousseux ».

Charles Desteuque et Clémence de Pibrac née à Sainte Ménehould auraient fait dans les cabarets la promotion du « Cordon rouge » de chez Mumm élaboré « à partir de cuvées ratées »affirmait Eugène Dupont.

Devenu secrétaire des Folies Bergère, Charles Desteuque ne lésine pas pour promouvoir ce haut lieu de la vie parisienne. « La dernière fois que Charles Desteuque a été vu sur le Boulevard, c’était dans un équipage attelé de rennes. Un traîneau à roulettes, emprunté aux accessoires d’une troupe russe venue à Paris en représentations. L’Intrépide, ayant à ses côtés un moujik à longue barbe, en touloupe et bonnet en peau de mouton, une belle fille, coiffée du kakochnick national, et dont le corselet pailleté d’or était radieux, – semblait triomphant. Il trimballait à travers Paris, de rédaction en rédaction, ce nouveau numéro sensationnel des Folies-Bergère,

Des vers en guise d’oraison funèbre

On trouve une première version publiée, en 1920, dans La Muse au Cabaret, seule œuvre parue du vivant de Ponchon, l’homme aux 150.000 vers. Elle a, semble t-il, été revue et corrigée par son auteur, car Eugène Dupont  livre une autre variante, beaucoup plus drôle, dans La vie rémoise de ces vers écrits par Ponchon, deux ans après la mort de Charles Desteuque.

1ERE VERSION (1920)

Intrépide Vide-bouteilles,
Qui passas tes nuits et tes veilles
À boire de l’eau,
Intrépidement, dans laquelle
Devait se noyer ta cervelle,
Pauvre gigolo !Je te vois toujours, glabre et blême,
Avec ta face de carême,
Tes yeux comme… cuits ;
Ta chair exsangue, molle et grasse,
Révélant toute la disgrâce
De tes blanches nuits.Je te vois affairé, rapide,
Les bras ballants, le regard vide,
On eût dit épars..,
Distribuant mille poignées
De main, pas toujours renseignées,
Sur les boulevards.Ton nom encombrait les gazettes,
Parmi ceux d’un tas de mazettes,
Dont le leur me fuit ;
Qui te célébraient après boire,
Et tu prenais pour de la gloire
Tout ce vilain bruit !On t’invoquait comme la Muse
Du demi-monde où l’on s’amuse,
Du Paris fêtard,
Toi, plus triste qu’une Wallace,
Qu’un convoi de huitième classe,
Quartier Mouffetard.
Tu nous amusas, somme toute,
Tant que fus sur notre route…
Sommes-nous ingrats !
Car te voilà dans la Ténèbre,
Sans même l’oraison funèbre
Q’on fait au Bœuf gras,Une légende hyperbolique
Veut qu’un jour tu fus héroïque,
Et que, pour un doigt
De vin pur – ô sombre débauche
Tu passas, du coup, l’arme à gauche,
Après cet exploit.
L’histoire est autre qui m’agrée
Si ta fin fut prématurée,
N’est-ce pas, vraiment,
Pour avoir bu, toute ta vie,
De l’eau – que rien ne justifie
Intrépidement ?

 2 IEME VERSION (1899)

Je te vois vague, blême,
Avec ta face de carême,
Tes yeux gris et cuits,
Ta chaire exsangue, molle et grasse,
Révélant toute la disgrâce
De tes blanches nuits !Le rien avec la niaiserie
Étaient ton soleil, ta patrie,
Ton « home » à jamais,
La Tour-Eiffel, qui nous rebute
Ainsi que la Montmartre-Butte,
Tes plus purs sommets.Tu dénichais des demoiselles
Demi-vierges, quart de pucelles ;
Pour les casinos,
Sans Falconisme, et dont les rentes
Se trouvaient surtout apparentes
Dans leurs jambonneaux.Non. Tu travaillais pour la gloire
Et pour l’art ! Tout porte à le croire,
Pour la Gloire et l’Art !
Onc ne voulus chez l’une d’elle,
Non plus tenir une chandelle,
Que frotter ton lard !Ah ! que le Seigneur de Justice
À ta misère compatisse,
En son ciel divin,
Intrépide Vide-Bouteilles,
Sans boire du vin !

(1)On ignore, semble t-il les dates à laquelle Eugène Desteuque fut maire de Villers-Allerand

Alain MOYAT


Sources: Principalement : le remarquable article de Jean-Yves Sureau sur google.com/site/lavieremoise/remois-celebres/charles-desteuque

(tapez sur google: Eugène Dupont Charles Desteuque pour récupérer le lien.

http://www.janinetissot.fdaf.org/jt_desteuque.htm

wikipédia,.

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