Jean-Nicolas Ponsardin: pleutre ou opportuniste?

Il repose dans la chapelle des familles Cliquot, Ponsardin et de Chevigné. Le très fortuné baron Nicolas Ponsardin qui fut vingt ans maire de Reims était « ondoyant et souple dans ses convictions et expert à se tirer d’affaires » entre Révolution, Empire et Royauté. Mais, en clair fut-il un pleutre ou un opportuniste?

La chapelle des familles Cliquot, Ponsardin et de Chevigné.

Fils d’un important drapier Ponce Jean Nicolas Philippe Ponsardin est un singulier personnage. Né le 22 janvier 1747 à Reims il louvoya d’une discutable façon durant toute sa vie pour satisfaire son goût de l’autorité et du pouvoir. Vous allez pouvoir en juger. A l’abri du besoin grâce à son père Adrien et sa fabrique qui employait près d’un millier d’ouvriers Jean Nicolas Ponsardin, formé au collège des Bons enfants puis trois années à la fac de Droit commença à faire parler de lui quand en 1775 les notables de la ville le choisirent pour complimenter le roi Louis XVI pour son sacre.

Inscription sur la chapelle familiale

Deux ans plus tard en épousant Marie-Jeanne Joseph Clémentine Huart-Letertre (1760-1837), la fille de Nicolas Irénée Ruinart, fondateur de la marque de champagne éponyme, il devenait l’une des plus grosses fortunes de Reims (1)

« Consolider la Révolution »

Acteur économique majeur de la ville, libéral, Jean Nicolas Ponsardin, membre du conseil de ville se coule finalement sans peine dans la période révolutionnaire. Entretient, semble t-il, de bonnes relations avec Jean-Baptiste Armonville, ouvrier dans la laine, conventionnel ouvrier rémois élu pour représenter la ville en mars 1789 à l’assemblée du Tiers Etat du bailliage de Reims (3). Il entre en 1790 dans la Société des amis de la constitution dont le but est de » constituer de plus en plus une révolution qui fait honneur à toute la France. »(2) Il est élu au directoire du district de Reims, fait partie du Club des Jacobins dont l’idole est Robespierre. On rapporte que ceint d’un bonnet rouge il donnait le bras au président du Temple de la Raison. Il se fait oublier lors de massacres de 1792.

Nicolas Ponsardin ou l’art de retourner sa veste

Cumulant ensuite les fonctions: administrateur de l’hôpital général, juge consul, président co-fondateur de la chambre de commerce, président de la caisse patriotique etc… Nicolas Ponsardin sait flairer l’évolution de l’histoire.

Accueil de Bonaparte à Reims en 1803

En 1803 Nicolas Ponsardin, président du tribunal de commerce, apprenant que le premier consul Napoléon Bonaparte revient d’une tournée en Belgique se rend à Mézières pour lui demander de faire étape à Reims. Un arc de triomphe est élevé à l’entrée du faubourg Cérès avec une inscription en latin « Napolini Bonaparte Primo consuli ex amore populi precibusque Remus adeunti » et une inscription en vers: « En tous lieux sur ses pas on voit voler la gloire . Tout cède à ses efforts vainqueurs . Et par une constante et plus douce victoire il triomphe de tous les coeurs »

La réception du 22 thermidor an XI (10 août 1803) est à moitié réussie car Napoleon arrive à Reims à 3 heures du matin! Malgré tout on fait sonner les cloches de la cathédrale, la ville est illuminée un instant. Le maire Jobert Lucas lui remet les clefs de la ville. Après une courte nuit à l’hôtel Ponsardin fils, 18, rue de Vesle, on lui fait visiter les industries textiles rémoises. Mais le soir, si son épouse Joséphine participe une heure au bal organisé dans la salle de la Bourse(aujourd’hui la salle du Tau), le premier consul lui, n’y paraît pas. Il passe la nuit à l’hôtel et quitte la ville dès potron-minet. Il n’y reviendra pas avant 1814.

1810 Faste pour accueillir Marie-Louise d’Autriche

Le 27 mars 1810, Reims accueille avec faste et de nombreux arcs de triomphe Marie Louise d’Autriche, la nouvelle épouse de Napoléon. Sur la porte Dieu Lumière aux couleurs de la France et de l’Autriche a été inscrit: « A Marie-Louise d’Autriche Impératrice des Français, Reine d’Italie. les maires et habitants de la ville de Reims. » Sur la porte du « Palais » (l’hôtel Ponsardin)a été inscrit dans le marbre:

« Du grand Napoleon suivant les nobles traces,

Louise dans ces lieux tient un instant sa cour

Et fit de ce simple séjour l

Le temple des Vertus et le Palais des Grâces. »

La nouvelle impératrice ne s’éternise pas. Elle reçoit les compliments de Jean Nicolas Ponsardin avant de rejoindre Napoléon à Courcelles-sur-Vesle.

Quelques mois plus tard Ponsardin est récompensé de ses efforts. Par décret impérial il est nommé maire de Reims en 1810. En mars 1811 le nouveau maire fait sonner les cloches des églises et le bourdon de la cathédrale, tirer des salves d’artillerie pour saluer la naissance du fils de Napoléon. Les habitants sont invités à illuminer les façades de leurs maisons.

Baron d’empire, Ponsardin en profite pour créer ses propres armoieries

En 1813 Ponsardin est fait baron d’empire. Ilreçoit la légion d’honneur et le droit de créer ses armoiries: d’argent à la fasce d’azur, chargée d’une sardine d’or, accompagnée en chef d’une muraille crênelée de sable, adextrée d’une tour carrée, et en pointe d’un pont à trois arches du même soutenu d’une rivière de sinople. Explications: Ponsardin choisit d’illustrer son nom par un pont surmonté d’une sardine : pon(t)sardin(e). Le pont a trois arches pour rappeler ses trois enfants et le mur crénelé est le signe distinctif des barons maires de ville.

Mars 1814 La fuite avant l’arrivée des cosaques

Un an plus tard, les revers militaires de Napoléon font trembler Jean Nicolas Ponsardin qui préfère prendre la fuite comme son adjoint Félix Boisseau lors de l’arrivée d’une poignée de cosaques aux portes de Reims. Prétextant une maladie… il part se réfugier au Mans. Napoléon reprendra Reims, sa dernière victoire, mais c’est le maire par défaut Florent Andrieux qui est là pour l’accueillir.

Ponsardin plus royaliste que le roi…

Dévoués à l’Empire les Rémois redeviennent alors royalistes en avril 1814 quand Napoléon est exilé sur l’île d’Elbe. On remplace le drapeau blanc par le drapeau tricolore. Les Rémois présentent à Paris leur soumission au roi Louis XVIII. Pour le coup, Ponsardin et Boisseau sont du voyage…. Et là, le 18 avril Ponsardin prononce un discours dithyrambique. « Monseigneur, la ville de Reims, que nous avons l’honneur de représenter auprès de votre altesse, vient d’adhérer, avec transport, aux grandes mesures qui ont été prises pour le rétablissement de l’autorité légitime et sacrée de nos rois (…) L’élan de nos coeurs nous amène aux pieds de Votre Altesse royale pour y déposer nos sentiments d’amour et de respect et la féliciter de son heureuse arrivée. « 

Quelques jours plus tard le Rémois écrit au roi pour lui demander d’agir pour Reims, « une ville négligée, oubliée, délaissée dans les derniers temps. » Et de demander aussi le rétablissement du siège épiscopal de Reims, ville des sacres, supprimé au profit de Meaux lors du Concordat de 1801.

Mars 1815: Il reprête serment à Napoléon!

Napoléon ayant réussi son retour de l’île d’Elbe, aussitôt Jean-Nicolas Ponsardin prête à nouveau serment à l’empereur, et devient député et conseiller général.

Au bout des « Cent jours », Napoléon étant définitivement vaincu et prisonnier sur l’île de Sainte-Héléne, Nicolas Ponsardin souffle quand Louis XVII redevient roi de France et de Navarre en juillet 1815.

Reims retrouve son siège épiscopal, voit revenir ses congrégations religieuses, se crée le Petit séminaire. Toujours maire il demande que soit refaite sur l’hôtel de ville la statue de Louis XIII détruite à coups de marteau à la Révolution. Le 30 juin 1818 il inaugure la première pierre d’une restauration de la statue de Louis XV Place royale, la première ayant été renversée en 1792 et fondue à Metz pour en faire des canons. La statue réalisée par Pierre Cartellier et Pigalle pour les statues du piédestal est inaugurée le 25 août 1819.

Un an plus tard, le 27 octobre 1820 Jean Nicolas Ponsardin s’éteignait et donnait son nom à une rue à Reims le 16 août 1849.

Alain MOYAT

(1) Il eut trois enfants. Deux filles: Barbe Nicole (plus connue sous le nom de Veuve Cliquot et Clémentine et un garçon: Jean-Baptiste.

(2) Il la présidera de mars à novembre 1794

(3) Député de la Convention il vota la mort du roi Louis XVI, mais défendit toujours le club des Jacobins.

Sources:Reims un siècle d’évènement (1600-1800) (1800-1900); Wikipédia, presse locale; la vie Rémoise d’Eugène Dupont; « les rues de Reims » par Jean-Yves Sureau; Grand Armorial de France, tome V, page 330, lignes 4,5 et 6).

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