Jean-François Ferrand (1802-1885) fervent partisan du secours mutualiste

Le médaillon réalisé par le Rémois Chavaillaud a été volé au début du XXI ème siècle.(Photo A.M.1998)

Si natif de Reims où il a vu le jour le 6 juin 1802, Jean-François Xavier Ferrand n’a été député qu’un peu plus d’un an, on doit à cet ouvrier tisseur devenu contremaître chez Charles Pétriau une belle invention: la Société des secours mutuels de Reims

Reims est sans doute la ville de France où est née le mutualisme à une époque indécise qu’à été la monarchie de Juillet (1830-1848). En effet, alors que les idées socialistes progressaient même à l’initiative du patronat (voir notre article sur Alphonse David) Jean-François boosta les mouvements mutualistes naissant à l’époque.

Un médaillon réalisé par le rémois Chavaillaud

Après la création en 1833 d’un mouvement né chez les serruriers rémois, il créa la Société fraternelle des ouvriers de la Fabrique en 1836 avant de devenir en 1843 le président fondateur des Sociétés de secours mutuels regroupant dix sept corporations forte de 1.200 associés: tisseurs, ouvriers serruriers, charpentiers, cordonniers, tailleurs de pierre, d’habits, ébénistes.

Des secours temporaires

Le but de la mutuelle: apporter un secours temporaire aux membres qui se trouvaient sans travail, qui souffraient de maladie ou des conséquences d’un accident du travail. Seize des 17 sociétés engagées avaient ouvert un compte à la Caisse d’Epargne avec un capital estimé à 30.000F. L’initiative était appréciée des patrons comme le relatera plus tard le maire de Saint-Marceaux: « Les mutualistes étaient estimés par les patrons pour leur bon ordre et l’esprit d’économie. » A la même époque il faut savoir que la Chambre de commerce réclamait au préfet l’établissement de caisses de secours et de retraites par les ouvriers « alors que de son côté, « la classe industrielle était plus préoccupée par ses affaires personnelles que par la solidarité « comme le note Levasseur dans son histoire de la classe ouvrière.

Député républicain modéré

Le roi Louis Philippe ayant démissionné en février 1848 sitôt la Révolution, l’élection de l’ assemblée nationale constituante qui suivit voit Jean-François Ferrand présenter sa candidature. Proposé par les républicains démocrates du Club démocratique du faubourg Cérès, le contremaître ne fut pas soutenu par les socialistes du Comité électoral de la démocratie rémoise qui le trouvait trop proche du patronat et de la bourgeoisie. Finalement présent sur une liste modérée soutenue par le National de Paris, Ferrand est élu 7ème sur 9 avec 63.168 voix sur 93.184 et fait partie du groupe du général Cavaignac. Le 3 mai, les ouvriers l’ont même accompagné au pont de Muire pour qu’il prenne une diligence à destination de l’assemblée constituante de Paris.

À l’Assemblée Ferrand fait partie du Comité de travail. Il refuse notamment de voter contre les poursuites à l’égard de Louis Blanc et de Caussidière, contre le rétablissement de la contrainte par corps, pour la suppression de l’impôt sur le sel. Mais il se prononce contre l’inscription du droit au travail dans la Constitution, pour l’ordre du jour de félicitations en faveur de Cavaignac, contre l’amnistie aux transportés de Juin, pour l’expédition de Rome, contre l’interdiction des clubs.
Figurant sur une liste de candidats républicains modérés, il fut battu aux élections législatives du 13 mai 1849. Explication avancée: les monarchistes l’ont rejeté à cause de certains de ses votes, à leurs yeux trop démocratiques.

Ferrand eut sa revanche, si l’on peut dire, quand Napoléon III ayant diligenté une enquête sur les Sociétés de secours mutuels accusées d’agitation socialiste ne fut pas destitué par décret. Au contraire, il fut confirmé à sa place de président de la société fraternelle des ouvriers de la Fabrique

Jean-François Ferrand épouse Marie Félicité Ancelet (1799-1886).

Avant qu’il ne soit volé, on pouvait voir sur sa tombe son médaillon en bronze réalisé par Léon Chavalliaud. Ses insignes de représentant du peuple auraient été offerts au Musée des beaux arts en 1882.

Alain MOYAT

Source: Histoire de Reims (volume 2) de Georges Boussinesq et Gustave Laurent; la vie rémoise par Eugène Dupont; https://maitron.fr/spip.php?article30891

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