Salvatore Corda: frère du célèbre sculpteur

La sculpture d’un homme nu sur la tombe ne laisse pas indifférent le visiteur du cimetière du Nord. Elle est l’oeuvre, offerte à la ville, du sculpteur Mauro Corda rendant hommage à son frère de 24 ans « décédé dans un accident ».

Salvatore Corda (1952-1983) avec cette inscription: « O, non ne t’en vas pas Laisse moi contempler du regard L’ombre chère de tes pas (Photo journal l’union de 2002)
La sculpture bien abimée aujourdh’ui mériterait un entretien (photo Alain Moyat 2021)

Dix neuf années ont passé entre ces deux images prises de la tombe de Salvatore Corda. Et l’on peut remarquer les cicatrices du temps qui viennent altérer la pierre blanche sculptée dans la douleur par son frère sculpteur pour le faire revivre comme il l’a expliqué un jour: « Chacune de mes sculptures, sans le ressusciter physiquement le fait revivre en pérennisant ses émotions et sentiments. »

Rien ne prédisposait Salvatore Corda à être enterré dans un cimetière rémois si ce n’est la profession de son père sarde, venu en Champagne au hasard des chantiers d’ouvrages d’art où le conduisait son métier. Né à Lourdes le 21 avril 1959, Salvatore Corda vécu déjà à Arens, dans les contreforts des Pyrénées. Menant ensuite « une vie d’exil dans toute la France« , il avait un frère: Mauro Corda, sculpteur et une soeur. Après « avoir vécu dans une bicoque à Courcy, un vrai taudis » dira Mauro Corda, la famille est arrivée à Reims. Inscrit aux Beaux arts de Reims, Mauro ira ensuite aux Beaux arts de Paris entamer la carrière qu’on lui connaît. Et des interventions dans les nécropoles, il n’en était pas à sa première. « Pour améliorer l’ordinaire « J’ai taillé dans du Carrare des bas reliefs pour des cimetières parisiens. »

Passionné par la représentation du corps masculin

Dans un entretien réalisé par Patrice de Méritens (extraits tirés du livre Mauro Corda, 2003) l’artiste explique son attirance par la représentation du corps masculin. Il évoque aussi avec pudeur l’homosexualité de son frère Salvatore dont sa mère n’a jamais eu connaissance.

« Ce qui m’intéressait particulièrement, en dessin comme en statuaire, c’était la représentation du corps masculin. Or après cette tragédie, un certain dédale intérieur allait me porter vers l’évocation de l’homme dans l’amour. L’absence. Le recueillement. « La Déchirure » montre la séparation de deux hommes qui s’aiment. Au fil des ans, de retour à Paris, et aujourd’hui encore, m’obsède le thème de l’androgynie. Comment en montrer l’élégance? Il n’est pas question de se placer dans la mode en représentant de façon insistante, ou pesante, l’homosexualité telle qu’on la voit s’étaler ou se complaire, mais le sentiment d’amour qui lui revient. La Déchirure, ce couple qui s’arrache – par sa fluidité lors de sa fusion, sa finesse de grain, le compact de sa matière, le bronze s’accommode de la violence: il la retranscrit au mieux – ou bien encore l’Androgyne, personnage double, entité ambiguë que je vais façonner, doivent être désirables et désirés par le public ordinaire, échappant à un quelconque communautarisme. Ce que je veux, c’est l’universel.

Question.-C’est aussi la célébration du deuil de votre frère.

« Exactement! Lui dire que je l’accepte plus que jamais. Avant, je tolérais sa marginalité sans problème, sans me poser de question. Depuis, j’ai intégré sa mémoire pour l’admettre de manière absolue, pour la transcrire, l’offrir à l’intelligence du monde. Qu’il ne soit, en quelque sorte, pas mort pour rien. Chacune de mes sculptures, sans le ressusciter physiquement, le fait revivre en pérennisant ses émotions et sentiments. Il était si troublé de n’avoir rien dit à ma mère! Chargé de cet héritage, j’avais pour mission de faire accepter sa vérité par d’autres gens, avec l’écriture qui m’est propre. »

Sur la tombe de Salvatore, on peut lire cette épitaphe en forme de supplique de Mauro Corda:

« O, non ne t’en vas pas

Laisse moi contempler du regard

L’ombre chère de tes pas . »

Alain MOYAT

Source: Entretien avec Mauro Corda , réalisé par Patrice de Méritens extraits tirés du livre MAURO CORDA, 2003. L’interview complète sur: http://www.galleriadelleone.com/artistes/corda/corda-bio-fr.htm

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