Louis de chevigné: une vie de comte et de contes

La chapelle-caveau dans le canton 2 du cimetière du Nord (photo AM 2021)

Reposant dans la chapelle-caveau de la famille Cliquot Ponsardin (canton2), Louis Marie Joseph comte de Chevigné (1793-1876), gendre de la Veuve Cliquot, est connu pour ses contes Rémois légers, pétillants et grivois. Elève puis ami de Louis Castel , auteur du « Poème des plantes », il commanda aussi la Garde nationale rémoise durant près de vingt ans.

Sa famille victime de la Révolution

Né le 30 janvier 1793 en Vendée Louis Marie Joseph de Chevigné n’eut pas le temps de connaître longtemps ses parents Chouans, disparus dans les tourments de la Terreur révolutionnaire. Orphelin avec sa soeur Pélagie, sauvé par la demoiselle Duchenet, il connut des débuts difficiles avant d’être récupéré en 1802 par son grand-père de retour d’émigration. Après des études au lycée à Nantes, c’est à Paris qu’il entre au lycée impérial où il a la chance de rencontrer Louis Castel, un professeur, vite précepteur qui lui fait découvrir le goût de la poésie. Et qui deviendra son ami jusqu’à la mort.

Fervant royaliste, Louis Chevigné, engagé dans la Garde nationale milite à Savenay (Loire inférieure) pour défendre les Bourbons contre un retour de Napoléon. Actif, après le désastre de Waterloo (1815), il part à Gand durant « les 100 jours » avec Louis XVIII qu’il ramène à Paris.

Mariée en 1817 à Clémentine Cliquot, la fille de Barbe Nicole Ponsardin (plus connue sous le nom de Veuve Cliquot), Louis de Chevigné est à l’abri du besoin. Ils vivent régulièrement dans le château de Boursault près d’Epernay , (1) y organise des repas et des chasses. Cela ne l’incite pas à faire de poèmes comme le souhaiterait Castel devenu son ami qu’il retrouve régulièrement.

S’il traduit bien une oeuvre en vers de Virgile (« le moretum »), il faut attendre 1825 pour le voir accoucher de quelques poèmes personnels sur des sujets variés: la chasse, des odes au champagne, aux vins de Bourgogne et au cidre… En 1827 il publie ses premiers contes puis une vingtaine d’autres en 1832 dans une annexe de la chasse et de la pêche.

Le Rémois Hervé Paul a écrit une biographie du conte de Chevigné

C’est seulement en 1836 qu’il présente « les contes rémois », plus d’une cinquantaine de fabliaux au total écrits sur un ton badin, taquin -certains à ne surtout pas mettre dans les mains des écoliers !

Il les enrichira dans onze éditions de son vivant. « Sa verve a un goût de terroir, légère et pétillante comme le vin mousseux, rieuse, moqueuse et grivoise peinture de maris jaloux, de femmes coquettes, de curés de l’ancien temps, de mariage arrangés. »

19 ans colonel de la garde à Reims

Dans ses souvenirs, Charles Monselet évoque le comte de CHevigné: « c’était le type du beau par excellence; il avait cette beauté officielle de l’homme du monde, l’embonpoint du bonheur, un teint reposé et fleuri, la bouche souriante et ferme, la barbe en collier. Sa fortune lui avait permis de sacrifier aux muses dans les meilleures conditions ».

Soutien de Louis Philippe, Louis de Chevigné est nommé en 1830 colonel de la légion rémoise dite Garde nationale, chargée du maintien de l’ordre. Il y restera 19ans, s’acquittant de sa tâche avec justice et exemplarité. Ainsi il réprime sans violence une émeute ouvrière à Saint-Brice-Courcelles, sauve la vie d’un prédicateur menacé par la population. Décoré de la légion d’honneur sous Louis Philippe, le royaliste dans l’âme, finalement pas si hostile à la révolution de juillet 1830 sera même fait officier de la Légion d’honneur sous le second empire. Battu à la députation un an plus tard , il se consacrera à ses contes qu’il n’hésite pas à peaufiner au grès des éditions.

Accusé d’attentat par les Prussiens

Il n’en a pas fait un conte, mais celui-là aurait pu faire un beau thriller en vers. En 1870, Louis de Chevigné, 77 ans se voit accusé d’avoir fait dérailler un train rempli de prussiens à proximité de Boursault . Arrêté et incarcéré par Blücher, l’envahisseur lui réclame la somme de 400.000F. Refus du poète qu’on menace du peloton d’exécution après quinze jours de prison. Nouveau refus. Croyant faire céder de Chevigné, les prussiens font alors prisonnier le maire de Reims Edouard Werlé, ancien associé de la Veuve Cliquot, sa belle mère. Informé de la situation, de Chevigné se rend à Blücher qui touché par le courage du septuagénaire lui rend la liberté.

Six ans plus tard Louis de Chevigné mourait. Il est enterré au Cimetière du Nord, dans la chapelle-caveau de la famille Cliquot Ponsardin aux côtés de son épouse et de sa belle mère à quelques mètres du monument de son ami Richard Castel qu’il avait lui-même payé de sa poche

(1) Le château fut reconstruit de 1842 à 1848 par la veuve Cliquot pour sa fille chérie. Elle possédait aussi un château à Villers-en-Prayère dans l’Aisne. A Reims de Chevigné vécut aussi dans l’hôtel Le Vergeur.

Alain MOYAT

Source: Regard sur notre patrimoine N°22 par Hervé Paul; site des grandes maisons de champagne; histoire de Reims (volume 2) de Georges Boussinesq et Gustave Laurent.

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