Le général Bernard Verrier (1773-1837)fait scier la croix de la Mission

(Photo A.M. 2021)

Il y a une vingtaine d’années déjà, Philippe Gonzalés, architecte des bâtiments de France alertait les autorités sur l’état dégradé du tombeau qui abrite à l’entrée du cimetière du Nord la dépouille mortelle du général Verrier « qui risquait de ne pas passer le XXème siècle. Les gels humides dégradent sérieusement les décors- symboles funéraires de l’officier d’Empire qui fut aussi nommé commandant de la garde nationale à Reims lors de la Révolution de 1830.

Surélevé comme celui de de Napoléon aux Invalides, le tombeau-échafaudage qui abrite le général Verrier (1773-1837) et son épouse Françoise Armande Moreau est dans un triste état.(Photo A.M. 2021)
Bernard Verrier

Natif comme le pape Urbain II de la commune de Châtillon-sur-Marne Marie Claude Bernard Verrier, témoin de la Révolution et du premier Empire a dû en faire aussi des croisades pour mériter ses galons et la Légion d’honneur. Fils de serrurier, c’est dans l’armée qu’il fait carrière en entrant en 1793 à l’école d’application de l’artillerie de Châlons-sur-Marne. Lieutenant du 5 ème régiment d’artillerie à pied, il participe de 1798 à 1801 à l’expédition d’Egypte conduite par Napoléon Bonaparte décidé à bloquer la route des Indes aux Anglais. Maréchal de camp d’artillerie on le retrouve en 1806 en Italie à l’état-major du royaume de Naples auprès de Massena, royaume dont Joachim Murat, beau frère de Napoléon sera roi en 1808.

Bouleversement de l’histoire, Verrier qui avait juré de se dévouer au service de l’empire doit quelques années plus tard jurer fidélité au roi. Et celui qui dût plaider âprement sa cause pour arriver à obtenir la Légion d’honneur « comme tous ceux qui ont fait la campagne d’Egypte » fut plus tard nommé ensuite chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis.

Révolution de 1830: il parvient à calmer les Rémois

Nommé en 1823 général commandant du dépôt de Metz, Bernard Verrier refait vraiment parler de lui quand à la fin juillet 1830, on lui demande de calmer à Reims la colère provoquée à Paris par le roi Charles X qui dissout la Chambre, musèle la presse et modifie la loi électorale au profit de l’aristocratie. Prié de prendre le commandement de la place de Reims et de réorganiser la Garde nationale avec pour aide de camp Augustin de Saint-Marceau, Verrier contrôle assez bien les révoltés qui insultent les membres du clergé et veulent d’abord briser un peu partout les fleurs de lys symboles de la royauté . Verrier ne tergiverse pas non plus face ensuite à des ouvriers rémois qui réclament la destruction de la gigantesque croix de la Mission de 19 mètres de hauteur et de plusieurs tonnes élevée en 1820 lors d’une campagne de rechristianisation « pour expier les outrages faits à l’église depuis trente ans » .

Il fallut , dit-on, que huit équipes de 240 hommes se relaient pour transporter la croix qu’au Rond Point de Mars (l’actuelle Place de la République). En souvenir de cet évènement une urne fut déposé sur le site avec une inscription: « Aux mânes des Français morts pour la conquête de la liberté »

Le maire Florent Andrieux se défausse en prétextant que « la croix ne lui appartient pas « car « elle se trouve hors la ville » (à l’actuel emplacement du monument aux morts place de la République.) Pas question de céder au peuple qui veut faire tomber « ce symbole de la domination tyrannique du clergé et du régime monarchique » . Verrier sollicité sur place refuse d’ordonner à la troupe de mater ces 3.000 manifestants regroupés autour du calvaire et qui l’accueillent aux cris de  » A bas les Jésuites, A bas la croix ». Il règle le problème en ordonnant de faire scier la croix. Ce qui fut fait aux sons de « la Marseillaise » et de « la Parisienne. »

Plus tard, devenu maire de Reims, de Saint-Marceau se félicita qu’aucun mort n’eut été à déplorer à Reims lors de cette Révolution de 1830. « Grâce à de bons citoyens et des membres de la Garde nationale qui se sont mêlés à la masse du peuple agité et firent entendre des paroles de paix et de conciliation. »

Deux mois plus tard, c’est le comte de Chevigné qui remplace Verrier à la tête de la Garde nationale. La ville de Reims honorera le général Verrier en lui donnant le nom d’une rue située entre deux casernes de cavalerie.

Source: Histoire de Reims tome 2 de Georges Boussinesq et Gustave Laurent; Reims: « un siècle d’évènement » de Daniel Pellus; « la vie rémoise » d’Eugène Dupont; wikipédia; base Eléonore du ministère de la Culture.

Alain MOYAT

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