2/2.-1814: Le prince Gagarine, un cosaque qui ne méritait pas les honneurs

Un singulier monument qui pose beaucoup de questions. En 1893/1894, un hommage a été rendu au cimetière du Nord aux soldats français et russes morts en mars 1814 lors de la bataille de Reims. Si l’hommage à César de Vachon de Belmont Briançon est compréhensible (1) celui rendu au russe Gagarine « commandant des Baschkirs  » est plus contestable. D’abord il n’est pas mort à Reims. Mais surtout à cette période, les cosaques ont commis beaucoup d’exactions dans le pays rémois. Le monument viendrait plutôt sceller l’alliance franco russe militaire, économique et financière signée en 1892 entre les deux frères ennemis (« hostes fratres ») de 1814.

Le prince Gagarine a été fait prisonnier le 5 mars à Berry-au Bac. Et nul ne sait (sauf à pouvoir consulter des archives russes si elles existent encore) quand et où il est mort

6 février 1814 .- Une poignée de cosaques qui n’a rencontré aucune résistance pour entrer en ville, (le maire Nicolas Ponsardin ayant pris la poudre d’escampette), la ville de Reims est occupée. Au passage des Prussiens, succède celui de l’armée russe de Winzingerode qui quitte la ville le 1 mars pour aller à la conquête de Soissons.. Ne reste plus sur sur place qu’une poignée de cosaques commandés par le prince Gagarine « un jeune officier sans expérience, très infatué de lui même et entiché de sa situation sociale. Ferme mais avec peu d’autorité « le commandant des hussards de Belorouski et des cosaques de la garde impériale russe (1) ne contrôle pas les exactions de ses hommes. Comme en témoigneront les monographies de villages du pays rémois, durant l’occupation de Reims, les cosaques ont été odieux. « Ils obligent les femmes de Montbré à se sauver dans les bois glacés; violent des enfants de dix et onze ans à Rilly et Taissy; martyrisent des vieillards pour connaître leurs caches; réquisitionnent des filles pour les soldats. » Gagarine menaça même les autorités rémoises (encore là) de brûler le quartier Dieu lumière si les derniers canons des troupes coalisées n’étaient pas assez vite évacués au delà du faubourg de Vesle.

Il prend la poudre d’escampette le 5 mars

C’est dire que peu de Rémois ne l’ont regretté quand le 5 mars, arrivant de Fismes le général Corbineau et la division Laférière ont pénétré dans Reims à 4 heures du matin. N’ayant, paraît-il, pas eu le temps de s’habiller, le prince Gagarine et plusieurs centaines d’hommes ne durent leur salut qu’en prenant la fuite à bride abattue en direction Berry-au-Bac. C’est là qu’il est fait prisonnier par le brigadier Lallement des dragons de la garde. « On leur a pris 200 hommes et presque autant de chevaux« explique Nansouty dans un rapport. « On a pris un prince Gagarine major. Je l’ai envoyé à votre majesté. »

La suite: une grande inconnue

Voilà pour les faits. Alors, si on les compare aux inscriptions sur le monument du cimetière du Nord, Gararine n’est pas mort à Reims, porte de Paris. Il n’est pas mort non plus lors de la bataille de Reims qui se déroula les 13 et 14 mars. Force est de reconnaître qu’on en sait pas plus sur le devenir de ce commandant russe peu estimable. Ni sur Joseph de Heck, mentionné lui aussi sur le monument.

Si le monument commémoratif est bien un mausolée pour César de Vachon de Belmont Briançon; pour le prince Gagarine il s’agit seulement d’un cénotaphe… De circonstance.

Ce que l’on peut imaginer, c’est que soucieux de rapprocher les deux peuples quelques mois après l’alliance franco-russe de 1892, ce monument a été élevé à Reims, comme le signe d’une amitié retrouvée entre Français et Russes. Et comme il fallait bien inscrire le nom de militaires russes, le prince Gagarine a été choisi. Le méritait-il. Sans doute pas.

Qui saura un jour nous dire comment et où il a fini ses jours. C’est une autre histoire à écrire.

Alain MOYAT

(1)https://reimscimetieredunord.fr/2021/04/16/cesar-de-vachon-de-belmont-briancon-tue-a-la-bataille-de-reims-13-mars-1814/(ouvre un nouvel onglet)

(2)et non les Baschkirs

Sources: Reims en 1814 pendant l’invasion par M.A.Dr, pseudonyme du colonel Fleury (1857-1925).

–Site de Christian Hanry: napoleonprisonnier.com/lieux/reims.htlm (sur les traces de Napoléon et de l’empire à Reims)

-wikipedia.

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