Adolphe David un patron rémois ayant foi dans le socialisme

Adolphe David 1808-1849)

Avec Eugène Courmeaux, qui repose comme lui au Cimetière du Nord, nous avons évoqué la naissance d’un grand mouvement socialiste à Reims lors de la révolution de février 1848 ayant entraîné l’abdication du roi Louis Philippe. Ce mouvement n’aurait pas pu naître sans l’investissement aussi d’un groupe de bourgeois dont faisaient partie notamment Dubourg-Maldan, Mennesson -Tellier, Emile Dérodé et Adolphe David (1808-1849), manufacturier, négociant en tissu, partisan lui aussi de la réforme. Avec Courmeaux, plusieurs autres démocrates francs maçons, des dirigeants de sociétés mutuelles et quelques travailleurs acquis aux thèses communistes de Cabet, Alphonse David, soucieux de transformer les conditions des travailleurs et de faire des réformes sociales pour faire le bonheur de l’ouvrier mit en place une administration municipale provisoire. Conseiller municipal en 1846, nommé commissaire de la République en 1848, il n’eut pas le loisir de poursuivre son oeuvre décédant un an plus tard en 1849.

La filature Croutelle incendiée

Illustration histoire de Reims de Boussinesq et Laurent

La révolte à Paris connaît aussi quelques soubresauts à Reims. Le préfet ne voulant pas recevoir le courrier proclamant la République s’enfuit tout simplement. Mis en cause par des citoyens voulant du neuf Carteret accepte à contre coeur de démissionner, laissant place à un conseil municipal provisoire piloté par David, Mennesson, Dérodé et Butot.

Dans la foulée le conseil au complet vote des mesures sociales:

-porte à 1,25F le salaire des ouvriers employés aux travaux de charité,

-met une somme de 2.000F à la disposition du bureau de bienfaisance pour des distributions extraordinaires de pain,

-nomme quatre ouvriers supplémentaires au bureau de bienfaisance pour mieux assurer la répartition et la distribution de ces suppléments.

La Garde nationale

Côté rues, l’agitation est palpable. Le 25 février la préfecture avait déjà été assaillie, des devantures de la rue Neuve et de la rue du Barbâtre enfoncées, des lanternes cassées. Plusieurs gardes nationaux avaient essuyé des jets de pierre.

Le 26 des citoyens surexcités accompagnent David en ville aux cris de « A bas les baïonnettes ». David doit demander à la Garde Nationale de faire preuve de mansuétude. Le 26 février au soir, l’incident le plus grave a lieu à Fléchambault où l’usine du filateur Croutelle est incendiée. Les ouvriers lui reprochaient notamment d’avoir introduit dans son usine les métiers mécaniques « briseurs de bras » et d’utiliser la force hydraulique. Un métier à tisser est vandalisé chez Pradine et Bureau. Un marchand de vin et un autre de tabac sont pillés…

le 27 février, avec l’appui d’ouvriers les incendiaires sont arrêtés par la Garde. Tout rassemblement est interdit et un couvre feu est ordonné. Le conseil siège en permanence à l’hôtel de ville.

Le conseil décide que tous les ouvriers sans ouvrage pourront se présenter au bureau des Prudhommes. Du travail leur sera donné immédiatement. Il demande aussi que l’on dégage au frais de la ville tous les objets engagés au Mont de Piété dont le prêt ne dépasse pas 10F.

Une médaille frappée à l’occasion de la nomination d’Adolphe David comme commissaire spécial du gouvernement pour l’arrondissement de Reims

Chargé de la question financière et industrielle, David est nommé le 1 mars commissaire du gouvernement par décret de Ledru-Rollin. Adolphe David accepte mais demande d’avoir Eugène Courmeaux comme adjoint à la sous-préfecture.

Si l’administration provisoire veut qu’on assure de l’ouvrage à tous les ouvriers et promet d’aider les patrons à payer la main d’oeuvre inutilement employée en occupant tous les bras devenus libres dans les ateliers communaux (entre 2.000 à 3.000 personnes) , l’argent fait cruellement défaut. Les caisses de la ville sont à peu près vides. Qu’a cela ne tienne après consultation … d’un grand nombre de bourgeois, le conseil vote un impôt révolutionnaire de 400.000F.

Le cardinal Gousset

De son côté, le cardinal Gousset forcé de reconnaître la chute de la royauté remplace la prière d’usage pour le chef de l’Etat par la prière « Domine salvum fac populum » (« Seigneur, sauve le peuple ».)

Le projet de fonte de la statue de Louis XV, remplacée par celle de Colbert ne de fait pas « au nom de l’art » plaide Courmeaux.

Le 2 avril un arbre de la Liberté (un peuplier) est planté sur l’emplacement de la croix de la mission démolie en 1830.

Mais la Révolution menace à nouveau quand le Ministre des travaux publics refuse qu’il y ait des ouvriers envoyés pour ouvrir sur la ligne de chemin de fer Reims-Epernay le chantier du tunnel de Rilly-la-Montagne. Le conseil réduit le prix de journée de à 25F pour les ouvriers communaux dont il dissout les ateliers après l’organisation de barricades sur le chantier de la Porte Mars. Il faut l’intervention à Paris de Courmeaux puis de David pour qu’un crédit de 800.000F soit débloqué pour le tunnel de Rilly. Les ateliers municipaux peuvent redémarrer le 15 avril.

Vote d’autres mesures sociales

Le conseil vote de nouvelles mesures:

-Tout citoyen de 21 à 55 ans peut être convoqué dans la Garde nationale comme soutien à la République,

–les journaux entravant la presse populaire ne seront plus cautionnés,

–baisse du prix du pain à 75 centimes pour 3 kg,

-abolition des droits d’entrée sur les boissons, la viande, l’impôt sur le sel,

-baisse du prix des loyers,

-suppression du personnel du haut clergé et baisse des appointements des grands dignitaires de l’église,

-abolition complète et immédiate de l’enseignement mis en vigueur par les prêtres et les rois.

Fatigué, malade, Adolphe qui son poste de commissaire général de l’arrondissement de Reims le 9 juillet.

Fin juillet lors de la première élection municipales au suffrage universel, même si Mennesson et David sont réélus, les conservateurs font un retour à Reims en force avec Carteret, Belin, Werlé, Richardot. Cinq mois plus tard, Louis Napoléon Bonaparte est élu président de la République française.

Le 26 février 1849 Adolphe David meurt. Il était marié depuis 1837 à Alexandrine Victoire Lambert (1808-1889) .

Après sa mort prématurée, son associé et gendre, Jules Warnier, prit la direction des établissements Warnier-David.

Le vent tourne

Signe que les idées socialistes rémoises déplaisent à Paris. Le sous préfet de Reims est muté pour avoir assisté aux obsèques de David. Le succès des listes socialistes au cantonales de mai 1849 va exaspérer un peu plus l’Etat.

Pour avoir dénoncé l’expédition de Rome et la suspension du préfet, demandé la reconnaissance de « la République démocratique et socialiste » et organisé la distribution d’armes aux ouvriers pour entrer dans la Garde nationale, dix sept amis de David sont arrêtés pour « complot contre la sûreté de l’Etat » et placés en détention. Courmeaux perd son poste de bibliothécaire, Maldan celui de médecin de l’administration.

Source: Histoire de Reims par Georges Boussinesq et Gustave Laurent; lettres de Pierre Dubois à Nicolas David

Alain MOYAT

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