Eugène courmeaux: infatigable défenseur du peuple laborieux

Photo AM 2021

Mangée par les pluie acides la colonne tronquée sous laquelle repose Eugène Courmeaux voit s’effacer année après année le nom de ce rémois trop méconnu. Témoin de la révolution de 1848, de la fin de règne de Louis-Philippe, de la seconde République et de l’Empire rétabli par Napoléon III après son coup d’Etat, Courmeaux « partisan d’un socialisme dans le calme et sans débordement » paya avec plusieurs exils un lourd tribut pour avoir résisté aux gouvernements pas assez près du peuple laborieux à son goût. Homme de lettres, bibliothécaire, secrétaire général du théâtre du Châtelet à Paris, défenseur de la poésie, il fut aussi représentant des maisons de champagne Mumm. Conseiller municipal de 1871 à 1874, Courmeaux fut aussi conseiller général du 3 ème canton (1871-1881) puis député de 1881 à 1891 soutenu par « la liste Démocratie ouvrière et socialiste. » Infatigable épistolier, journaliste dans plusieurs journaux rémois et marnais, écrivain, il laisse de nombreux écrits sur son époque et des contemporains.

Révolté par la misère des rémois laborieux

Eugène Courmeaux (1817-1902)BM Reims

Né rue de Vesle à Reims le 15 février 1817 Philippe Eugène Pierre Courmeaux, bercé aux sons du bourdon de la cathédrale suit des études à l’institut Pardonnet avant d’aller au lycée de Reims puis de suivre une école de droit à Paris. Témoin d’un duel avec mort d’homme il doit se réfugier à Francfort pour échapper à la prison. Il épouse à Paris, en 1842, Marie Joséphine Chocardelle (1818-1888)

Nommé en 1843 adjoint conservateur de la bibliothèque municipale qui se trouvait alors dans l’hôtel de ville, Courmeaux qui demande demande des réformes est révolté par la prospérité grandissante de la bourgeoisie d’affaires dans une ville où la misère des ouvriers est croissante, où les très jeunes filles doivent se prostituer après le travail pour faire bouillir la marmite familiale. Franc Maçon, membre de la loge « l’union parfaite », Courmeaux est membre de l’Académie de Reims.

Militant lors de la révolution de 1848 et partisan d’une calme révolte, opposé à « Napoléon III le petit » qui finalement gagne l’élection présidentielle, Courmeaux est emprisonné six mois et demi pour « complot socialiste ». S’il est finalement acquitté en 1849, il a été entre temps viré de la bibliothèque. Et ses ennuis continuent. Condamné en 1851 à un an de prison pour « offense au président de la République » (dans un article intitulé : « Où allons nous? Où nous conduit M.Bonaparte ? « , il avait pressenti et dénoncé un futur coup d’Etat de Napoleon qui rétablit bien l’Empire le 2 décembre 1851) Courmeaux s’enfuit et s’exile en Belgique .

Si avec le maire Werlé, nommé par décret, Reims connaît une belle croissance de 1852 à 1868 les libertés publiques sont supprimées. Au grand dam de Courmeaux. Pour vivre, revenu à Reims puis à nouveau reparti par prudence en Belgique, l’ancien bibliothécaire devient courtier pour les maisons de Champagne Jules Mumm et Cie et GH Mumm & Cie. Son rôle: créer des agences sur le littoral méditérranéen et en Orient. L’occasion pour lui de voyager dans toute l’Europe et d’observer et de commenter la guerre de Crimée mais aussi d’avoir quelques problèmes en Italie pour être rentré en relation avec Garibladi.

Durant deux ans, (1869-1870)Courmeaux qui avait déjà réécrit une partie la pièce d’honoré Thomas: « Richelieu ou la journée des dupes » devient secrétaire général du théâtre du Châtelet. Il corrige notamment des pièces de théâtre d’Alexandre Dumas, père; publie une biographie de Victor Hugo, deux exilés qu’il avait croisés. Après avoir apporté son soutien au gouvernement d’union nationale de Léon Gambetta, il adhère au parti républicain rémois . Collaborateur très productif de « l’indépendant rémois », du Progrès de la marne », du « radical de l’Est » . Il crée le« Franc Parleur rémois », et plusieurs articles contre De Broglie, président du conseil et l’archevêque de Reims lui coûtent quatre condamnations pour diffamation et six mois de prison. Membre cette fois de « la Loge de la sincérité », du Comité démocratique, du Comité rémois de la ligue de l’enseignement, il se présente aux élections législatives « pour améliorer la condition morale et matérielle des travailleurs. Fervant défenseur de la République, visionnaire, il défend aussi l’idée que « la République est une ancre de salut qui peut devenir le noyau initiateur de la fédération des Etats unis d’Europe que la démocratie internationale réalisera un jour. »

Lors des élections municipales de novembre 1874, bien que réélu sur la liste de l’extrême gauche ouvrière, Courmeaux préfère démissionner, n’acceptant pas le comportement des Républicains modérés et la victoire du royaliste Louis Victor Diancourt.

En 1879, bien qu’en tête du premier tour des élections législatives , Courmeaux est battu au second tour par une coalition avec à sa tête Louis Victor Diancourt.

Député en 1881 à 64 ans

Pas abattu pour autant Courmeaux sera finalement élu député en 1881 sur la « Liste Démocratie ouvrière et socialiste. » Inscrit à l’extrême gauche, il vote avec les radicaux intransigeants de Clémenceau. Il votera notamment la gratuité de l’enseignement, l’élection du maire et des adjoints par le conseil municipal. Il milite pour la liberté syndicale, une école obligatoire, laïque et neutre et une armée sédentaire. Contre le scrutin de liste il soutient la représentation proportionnelle. Il demande la suppression des fonds influant dans les journaux et veut la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

De 1881 à 1888 il occupe les fonctions de publiciste à l’Avenir de l’Est. Il récupère son poste de bibliothécaire en 1887 . Responsable des archives du musée, il occupera ces fonctions jusqu’en 1895. Il rédigera notamment un catalogue du fonds rémois et des incunables de la bibliothèque.

Eugène Courmeaux mourut le 21 novembre 1902.

Pour son éloge funèbre, Félix Mennesson Champagne dit de lui: « Il semblait puiser dans la lutte même des forces nouvelles. Loin de l’abattre, la lutte l’exaltait. »

Courmeaux voulut comme épitaphe: « Pro jure diu luctatus, meliora sperans ». « Ayant lutté longtemps pour le droit, espérant des évènements meilleurs. »

Source: la vie rémoise d’Eugène Dupont. Eugène Courmeaux d’Hervé Paul; plusieurs articles de presse du début du XX ème siècle; wikipedia.

Alain MOYAT


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