Épitaphes: de la sentimentalité avant toute chose et bonjour les excès!

Au cimetière du Nord, à l’image de son inspiration romantique, avec ses jardins à l’anglaise, ses allées sinueuses richement arborées, les épitaphes gravées parfois sur les pierres blanches aujourd’hui mangées par l’usure du temps et les pluies acides étaient souvent prolixes, interminables, très personnelles.
Faites avant tout pour afficher publiquement SA douleur.

Comme l’exprime le sociologue Philippe Ariès (1): « Le culte des morts est devenu la religion de tous les Français, la grande religion populaire. (..) La mort était un événement public. Ce n’était pas seulement un individu qui disparaissait, mais la société qui était atteinte et qu’il fallait cicatriser. »

Dans « le Courrier de la Champagne »du 1 novembre 1906, un rédacteur rappelait quelques épitaphes relevées au cimetière du Nord par le chroniqueur rémois célèbre pour ses descriptions de rues, quartiers, sa description de la Révolution à Reims avec la destruction des églises: Etienne François Xavier Povillon-Pierrard (1773-1846).

La famille Clément-Cochon perdit deux filles coup sur coup


DEUX CHAGRINS
.-(dans le canton 2): Deux épitaphes de la famille Clément-Cochon, vraiment touchée par le malheur puisqu’ils perdirent deux filles coup sûr coup: Hortense (1814-1828) puis Joséphine-Hortense (1829- 7 mars 1833).

« A Hortense née le 15 août 1814. Décédée le 17 juillet 1828 n’ayant pas 14 ans. Chère Hortense! Notre unique enfant, seul espoir de notre vieillesse, vois ton père et ta mère, désolés, verser des fleurs, sur ta tombe, tu réunissais aux talents qui te distinguaient des enfants de ton âge, l’âme la plus belle, le coeur le plus sensible et une vraie religion.
Depuis six ans, confidente de nos plus grands secrets, tu aimais à dire j’ai tout à ma disposition, tu étais aussi digne de cette confiance que tu en étais fière. Aimable fille!
Nous ne trouvions tous trois de vraie jouissance qu’étant l’un près de l’autre! Sûrs de te plaire nous réservons encore dans cette enceinte deux places à tes côtés pour y reposer après notre mort. En attendant, reçois les regrets amers des malheureux auteurs de tes jours qui auraient tout sacrifié pour te conserver la vie.
Sois persuadée qu’ils viendront souvent te visiter à ta demeure pleins de confiance en Dieu. »

A Joséphine-Hortense décédée le 7 mars 1833. Âgée de 3 ans et 8 mois. Pauvre petite! Dieu pour nous consoler s’est plu à te donner en tout une ressemblance parfaite à notre première Joséphine. Aussi nous pleurerons toujours. »

DIVIN.-Un homme qui pleurait sa belle: « Si les vertus, les qualités, pouvaient sauver des mains la Parque éternelle, ces dons à jamais respectés auraient dé la rendre immortelle. »

Le temps mange la vie… et les pierres tombales


MILITAIRE
.-Pour un lieutenant d’Almaire tué près de Tinqueux à la bataille de Reims en 1814 à l’âge de 18 ans: « Sa mort est le seul chagrin qu’il ait causé à ses parents. »

Autre épitaphe

FAMILLE NOEL-AUGER.-« A la mémoire de Mlle Joséphine Noël‘l décédée le 4 juin 1827 à 7 ans et demi. Elle tomba comme une fleur amèrement pleurée par ses parents dont elle chers délices. Laudate dominum. » »Ici repose Noël‘l, époux de dame Auger décédé le 19 novembre 1849 à 46 ans. Bon époux, bon père, sincère ami, il emporte les regrets de tous ceux qui l’ont connu. Priez pour lui ».

Louis amateur Polliart et son épouse Marie-Jeanne Joltrois sont morts le même jour.

ETONNANT.-Se sont-ils suicidés le même jour?Ont-ils été tout simplement victimes d’un accident? L’histoire ne le dit pas. Toujours est-il que sur la tombe décorée par deux couronnes entrelacées et encadrées par deux cercueils de pierre on peut lire: « A la mémoire de Louis Amateur Polliart mort à l’âge de 42 ans et de Marie-Jeanne Joltrois, son épouse, 38 ans. Ils avaient les mêmes sentiments, les mêmes pensées, le même cœur. Ils moururent le même jour: 9 août 1822.
De profundis.

Un hommage appuyé à messire François Jean-Iréné Ruinart

Sur une plaque de cuivre, à peine lisible, une épitaphe qui vaut le détour aussi.
« A la mémoire de messire François Jean Iréné Ruinart, vicomte de Brimont, ancien négociant, officier de la Légion d’honneur, ancien député du département de la Marne, ancien maire de Reims, membre de l’Académie de la même ville né à Reims le 30 novembre 1770, mort le 6 janvier 1850.
Chef de famille par excellence, il était le lien et le modèle de ses enfants. Tous avaient pour lui un véritable culte. Sujet fidèle, administrateur zélé, chrétien exemplaire, invariable dans ses principes, sévère avec lui-même, indulgent pour les autres. Se distinguait surtout par sa modestie, sa délicatesse et son affabilité.
Son nom était celui de l’honneur, de la bienveillance et de l’équité. Heureux de se rendre utile et de contribuer à la formation de plusieurs établissements de bienfaisance. Jamais on ne recourait en vain à sa générosité. Sa mort seule a découvert le bien qu’il faisait. »

(1)Philippe Ariès: « l’homme devant la mort ».

(Article publié en août 1998)

Alain MOYAT

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