L’Abbé Eugène Miroy :Le Martyre du curé patriote de Cuchery

L’abbé Eugène Miroy, un gisant à admirer absolument au cimetière. Afin que l’original en bronze ne soit pas volé, une copie le remplace aujourd’hui

Fruit d’une souscription publique, réalisée parle célèbre artiste rémois Saint-Marceaux, le monument de l’abbé Eugène Miroy, émouvant gisant, rend hommage à un martyr.

Le 12 février 1871: fusillé par huit soldats prussiens d’un peloton de la landwer, l’abbé patriote Eugène Miroy,
reconnu « coupable de crime de trahison «  et condamné à mort après un simulacre de procès en l’hôtel de ville de Reims, s’écroule sous les balles assassines.(1)
S’éteignent avec lui les dernières notes d’un « Salve Regina ».Le mouchoir blanc qu’il a accepté de placer sur ses yeux pour éviter toute « ostentation » a glissé. Le corps recroquevillé, le visage serein, immobile pour l’éternité dans sa soutane aux nombreux plis devenue son premier linceul l’abbé est allongé au pied du mur d’enceinte du cimetière du Nord, côté rue Jules-César là où une plaque posée en 1896 et aujourd’hui restaurée rappelle l’événement arrivé durant l’Armistice qui précéda la paix. Avec un remarquable talent, le sculpteur rémois René de Saint-Marceaux a parfaitement su immortaliser le martyre de l’abbé de Crugny dans un magnifique gisant de bronze, œuvre incontournable, et même emblématique du cimetière du Nord. La première commande publique (1872), la première sculpture funéraire d’un artiste qui en a réalisé bien d’autres dont certaines sont visibles au Petit père Lachaise.

Un abbé patriote

Portrait de l’abbé posé (en 1998)sur le sol de la sacristie de l’église de Crugny

L’autel sous lequel des fusils auraient été cachés

Natif de Mouzon (Ardennes où il a vu le jour le 24 novembre 1828, Eugène Miroy, jeune prêtre, officiait en 1870 dans la commune de rémois. Cuchery, 468 habitants (canton de Châtillon-sur- Marne), annexe de la paroisse de Belval. Outre son ministère, il usait son énergie à soigner les gens atteints de la petite vérole. Mais « vif, ardent,
franc et loyal »,
l’abbé « pourvu d’idées larges et libérales », n’était, paraît-il pas en odeur de sainteté auprès des autres ecclésiastiques (1) . Il avait tout simplement envie de servir Dieu et sa patrie. C’est pourquoi, après le désastre de 1870, face à la menace prussienne, l’abbé patriote n’hésita pas à choisir son camp. Il aurait proposé à cinq pompiers du village qui voulaient déposer des fusils à mousquetons dans un champ de les cacher sous l’autel de l’église.

Une personne bien intentionnée lui adresse aussitôt une lettre pour lui dire qu’il détient illégalement des armes.
Les prussiens approchent. « Nous devons secourir la France, la venger, mourir pour elle s’il le faut car mourir ainsi, c’est commencer à revivre éternellement », n’hésite pas à dire l’abbé en homélie. Il avoue qu’il se sent aussi menacé par des démons qu’il désigne sans les citer : le premier « espèce de mouchard au petit furet », le second « qui porte une écharpe à se ceinture et n’en serait pas digne. »Tous les paroissiens ont reconnu le maire Sibeaux et le garde-champêtre Chevry.

Des mains anonymes glissent régulièrement des fleurs dans la main gauche du martyr de Cuchery.

Le 12 février 1871: fusillé par huit soldats prussiens d’un peloton de la landwer, l’abbé patriote Eugène Miroy,
reconnu « coupable de crime de trahison  » et condamné à mort après un simulacre de procès en l’hôtel de ville de Reims, s’écroule sous les balles assassines.

Secret de confessionnal ?

Les Prussiens sont à Belval. Au lieu dit « les Balais » ils essuient quelques coups de feu . Des francs-tireurs paraît-il… La commune est menacée de représailles.
L’abbé Miroy, fait prisonnier de guerre est placé en état d’arrestation : il aurait caché des fusils dans son jardin. Lié, garrotté il est escorté par trente Uhlans à cheval. Ruisselant de pluie et de sueur il doit aller à pied à Reims. A la ferme de Charmoise on l’accuse d’être déjà violent, d’avoir l’âme et d’être le chef des francs-tireurs. L’abbé avoue avoir distribué 30 fusils sans munitions. Pour la chasse.
L’abbé est condamné à la peine de mort. « Il n’aura ni défaillance, ni larme, ni récrimination. » Il est exécuté. Certains ont dit qu’il aurait été dénoncé par une personne qui lui aurait confié un lourd secret en confession. Une façon de mettre un masque légal sur un assassinat en quelque sorte. On ne saura jamais.
Le cadavre de l’abbé placé dans un cercueil fut jeté à la fosse commune. Un cadenas a fermé l’église de Cuchery, jusqu’à « expiation ».
Un peu plus tard l’abbé est exhumé. Une balle avait transpercé son bandeau. Une souscription est lancée. Bien que pétri de rhumatisme articulaire, de Saint-Marceaux réalise ce sublime gisant.
L’œuvre médaillée lors d’un salon n’est pourtant visible qu’en cachette car Thiers n’a pas osé la faire exposer : « Car empreinte d’un patrimoine trop ardent « . Elle est finalement inaugurée en 1873 au cimetière du Nord. Durant la guerre 14-18 , œuvre en bronze fut soustraite à la vue des Allemands, remise en place en août 1922 puis à nouveau déposée le 28 septembre 1940.

Depuis plus d’un siècle, des mains anonymes glissent régulièrement des fleurs dans la main gauche du martyr de Cuchery.

(Article publié ans l’union en août 1998) D’après plusieurs documents dont « le drame de Cuchery » de Vidal. Edition Matot-Braine (1873)

Alain MOYAT

L’histoire de la statue de l’abbé Miroy

«D’après La Vie à Paris du 6 octobre 1909, Saint-Marceaux aurait appris l’exécution de l’abbé alors qu’il était en proie à une terrible crise de rhumatismes qui l’avait d’ailleurs empêché de prendre les armes. Quoique malade, il bondit dans son atelier et modela immédiatement une esquisse, au vu de laquelle son médecin lui proposa d’exécuter le monument.
Terminée en 1872, la statue fut envoyée au Salon, mais non exposée, à la demande de Thiers. (On refusait également les peintures trop chauvines qui auraient éveillé la susceptibilité d’un ennemi toujours menaçant). Elle obtint pourtant une 2ème médaille et valut à l’artiste l’achat par l’État de son marbre intitulé l’Enfance de Dante. Elle fut inaugurée, le 17 mai 1873, en grande pompe, et obtint un succès considérable dû pour une grande part à sa simplicité : sans emphase, sans rhétorique, Saint-Marceaux met le visiteur devant l’horreur d’un acte injuste : « Sa figure… c’est celle de la protestation du droit et de l’humanité, protestation d’autant plus ferme qu’elle est plus calme, qu’elle ne se dépense pas en menaces et en paroles… » (discours du maire, Victor Diancourt). »
La beauté du visage juvénil alors que l’abbé a 43 ans, et l’aspect pathétique de l’œuvre, font que ce monument est constamment fleuri par un public anonyme. C’est aussi devenu le symbole de la Résistance, alors que l’abbé s’est trouvé mêlé malgré lui à l’action des francs-tireurs, si bien que le maire de Reims dépose un coussin de fleurs, chaque année à la date anniversaire de la Libération de Reims. Non l’abbé Miroy ne faisait pas partie des innombrables défenseurs du Pont de Laon, en 1944…
Durant l’Occupation, un ordre de la Mairie, fit transférer le bronze par deux employés communaux, sur une charrette à bras, jusqu’à la Réserve du Sud, boulevard Dieu-Lumière, pour le soustraire aux Allemands. À la Libération, cet acte de Résistance fut récompensé. Mais ce ne sont pas les deux employés qui ont eu les honneurs, et pourtant s’ils s’étaient fait arrêter, c’est bien ceux-ci qui auraient été déportés… L’ordre était verbal « 

(1)L’endroit où fut exécuté l’abbé Miroy en 1871 était à l’époque hors du cimetière

Voir aussi le superbe site consacré aussi à l’oeuvre de Saint-Marceaux

http://saint-marceaux.fr/sculpture-abbe-miroy/

Dans l’union du 14 février 2021 un article de Marion Dardard

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