Adrien Sénéchal: le peintre de la cathédrale

Adrien Sénéchal heureux dans son atelier

Doté de dons exceptionnels, le peintre rémois Adrien Sénéchal (1895-1974) est connu comme LE peintre de la cathédrale dont il a d’ailleurs immortalisé le martyre en septembre 1914. Témoignage.

« Il l’avait quotidiennement sous les yeux. Il vivait pour SA cathédrale. Parfois il se levait à 5 heures du matin pour saisir un lever de soleil sur tel ou tel vitrail, puis la respiration de la lumière montante, heure après heure. »

Le regard tourné vers la grande baie vitrée qui surplombe la cathédrale Notre-Dame, Yvonne Maréchal, 87 ans, évoquait avec passionen 1998 le souvenir de son défunt mari, peintre de renom, enterré depuis 1974 au cimetière du Nord.

Sur la tombe du cimetière du Nord, la tête sculptée d’Adrien Sénéchal d’après un médaillon du sculpteur Guéry. « La mienne est prête à prendre place à ses côtés, affirmait en 1998 Yvonne, son épouse

Bien que parti depuis un quart de siècle rejoindre le paradis des artistes, Adrien Sénéchal demeure toujours bien vivant dans le cœur des vieux Rémois. Et le visage grave réalisé à partir d’un buste de Guéry qui orne sa tombe dissimule une personnalité quelque peu énigmatique. Touches de couleurs d’une palette de vie.*

Rémois, amoureux de sa ville

Natif de Reims où il a vu le jour le 5 juillet 1895, rue Saint-Symphorien n’épouse pas la profession de son père fabriquant de chaussures puis bottier.

A 5 ans, on le surprend déjà à dessiner. Le gosse est doué. A partir de 1908 il suit des cours à l’école régionale des arts industriels. Admis en 1913 à l’école nationale des arts décoratifs à Paris, il entre dans l’atelier particulier du peintre Jules Adler qui devient un peu son maître. L’étudiant qui domine aussi bien le pastel, l’huile (parfois rehaussée de pastels)que les sanguines, n’oublie pas Reims. Il obtient le premier prix d’un concours d’affiches pour le Syndicat d’initiative, expose au Salon d’architecture.

Immortalise l’incendie de la cathédrale

Témoin oculaire des bombardements allemands effectués sur Reims et de l’incendie de la cathédrale qui s’ensuivit le 14 septembre 1914, Sénéchal prend des notes, réalise des pochades qui vont lui permettre d’établir une série de 18 pastels qui raconte heure par heure le martyre, puis « le crime de Reims »si bien racontée par le journaliste Albert Londres.

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Présentées en 1919 à la galerie Georges Petit à Paris ces pastels suscitent l’admiration de MM Poincaré et Wilson, respectivement Présidents de la République française et des Etats-Unis. Et le temps a passé. Ces œuvres ont été exposées pour la dernière fois sur les cimaises des A.G.F en 1989. Aujourd’hui ces pièces uniques sont exposées chez les descendants du peintre.

« Elles ne semblent pas intéresser la ville (1), tout comme ces portraits que voulait léguer Adrien au Musée des Beaux-Arts à la seule condition qu’ils ne dorment pas dans les réserves et qu’une petite salle porte son nom »regrette Mme Maréchal approuvée par sa fille FRANCE.

La guerre est finie, Sénéchal est sollicité pour faire des relevés pour les Monuments historiques: tapisseries de la cathédrale de Reims et de Soissons (1916), fresques de l’ancien couvent des Jacobins et de l’hôtel de ville (1924). Le Rémois expose beaucoup aussi: à Strasbourg, Reims, Paris. Il décore la chapelle des filles de la charité et travaille avec le sculpteur Bourgouin.

1930: la consécration

1930: Adrien Sénéchal présente l’ensemble de ses oeuvres à Reims. En 1932 il réalise une cinquantaine de portraits de personnalités politiques, militaires et religieuses. Un an plus tard, il immortalise aussi le Dr Pozzi, ancien maire de Reims. Il fait même au Vatican le portrait du pape Pie XI « en se cachant derrière quelqu’un au cours d’une visite ».

Le 15 juin 1937 Adrien épouse Yvonne Simon « selon le rite catholique à Ligny-en-Barois et au temple à Bar-le-Duc. C’était cela ou pas de mariage. » Le curé voulait absolument que je devienne catholique. »

Représentante d’une famille de bonbons Yvonne fait bouillir la marmite pour ses filles Claude et France et la famille élargie, tandis qu’Adrien s’adonne à sa passion, expose chaque année au Salon des artistes Français. Travaille pour un numéro spécial de « L’illustration » (1938)à l’occasion des fêtes de réouverture de la cathédrale. Fait de 1939 à 1940 le portrait des grands chefs militaires français et alliés. « Il fit aussi des portraits d’officiers américains. Inscrit au Rotary club de Boston, il n’a pas voulu émigrer aux Etats-Unis, trop attaché à Reims. »

Amoureux des voyages (mais il n’avait pas de permis de conduire), l’artiste voyage en famille. Il raconte en peintures les pays d’Europe, la Roumanie, le Maroc, l’Egypte. « Miné par un cancer, il trouve l’énergie pour se rendre en Iran où il peint ses derniers tableaux avant de s’éteindre le 28 août 1974. »

(1)La famille estimait en août 1998 à un million de francs le prix de cette série unique au monde « qui risque fort de partir un jour loin de Reims comme d’autres ont déjà été achetées par le Musée de la Guerre. »

Alain MOYAT

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