A la mémoire de Raoul Villain, l’assassin du pacifiste Jean-Jaurès

Sur le devant de la tombe est inscrit: Raoul Alexandre Villain 1185-1936 (Ibiza).

Son corps ne repose pas au cimetière du Nord. Pourtant, sa famille a souhaité rappeler sa mémoire sur un monument. Car Raoul Villain, l’assassin de Jean-Jaurès, était d’origine rémoise.

Le pacifiste Jean-Jaurès

Raoul Alexandre Villain 1185-1936 (Ibiza). » L’inscription en lettres dorées est fort discrète sur la tranche de la tombe en granit gris et blanc posée récemment dans le cimetière du Nord. Elle rappelle la mémoire du Rémois entré dans l’histoire le 29 juillet 1914 après avoir assassiné de deux coups de revolver le député socialiste, le pacifiste Jean Jaurès, fondateur du journal « L’Humanité », qui était au « café du croissant » à Paris. Un acte dicté par  » un très grand amour de la France pour éliminer le propagateur d’idées antimilitaristes », expliquera l’assassin. Emprisonné pour homicide volontaire, incarcéré durant 56 mois – une première dans les annales de la justice criminelle – , Raoul Marie Alexandre Villain avait bénéficié d’un étonnant verdict d’acquittement le 29 mars 1919. Libre, obligé de vivre en France sous un nom d’emprunt (René Alba), Raoul Villain, qui avait ensuite acheté une maison aux Baléares, fut rattrapé par l’Histoire. En 1936, il fut assassiné par les Républicains espagnols. Le journal « Rivarol » a laissé entendre que son corps avait été dévoré par les fourmis rouges.

De lourds antécédents

Fils du greffier en chef du tribunal de Reims, Raoul Villain, né le 19 à Reims, avait « une hérédité chargée »du côté maternel. Sa maman, internée à l’asile psychiatrique de Châlons était morte très jeune.
Après des études à Saint-Joseph, puis au Lycée de Reims, Raoul Villain suit une formation agricole à Rennes, interrompue par la maladie et le régiment.
Gentil, poli, doux, blond, les yeux bleus, les cheveux bouclés, la barbe frisottante, souvent porteur d’une lavallière, le jeune homme isolé mentalement est rempli d’une souffrance morale. Il constate dans le Rethélois qu’il n’est pas fait pour le monde agricole.Pour financer des études d’archéologie, il devient « pion » au collège Stanislas à Paris qui le congédie en 1912. Entre-temps, le Rémois a adhéré au Sillon, puis aux Jeunes amis d’Alsace-Lorraine animés par un esprit de revanche, favorables à un retour de ces deux régions dans le giron de la France. Raoul avait déjà la fibre du nationaliste… exalté! A Reims, lors de la fameuse semaine de l’aviation (1910), il avait applaudi son frère Marcel aviateur, persuadé qu’en cas de guerre la France aurait la maîtrise des airs.
S’estimant un peu comme Jeanne D’Arc investi d’une mission, voulant quelque part passer à la postérité, le jeune homme exprime son désir de tuer le kaiser Guillaume II ou le … directeur du « Figaro », M.Caillaux; puis
Jean-Jaurès qui prônait le désarmement, préconisait la grève de la mobilisation: « un vrai danger pour la Patrie », pour Raoul Villain.
Pour se prouver sans doute qu’il était capable d’agir, il possède deux revolvers sur lesquels étaient, parait-il, gravés les noms de Jaurès et de Caillaux.
Le climat en France est tendu. Une certaine presse comme « Paris-Midi » appelle carrément à tuer Jaurès. Maurras qualifie Jaurès de « fille vendue à l’Allemagne ». Et l’empereur qui proclame la mobilisation.De retour à Paris, Villain met ses menaces à exécution et tue Jaurès.

Alain MOYAT

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s