Amélie Doublié: créatrice de la première école ménagère française

Les vieux rémois connaissent le square Amélie Doublié (1). Ils sont moins nombreux à savoir que la Béthenyate ( 1836-1876) a créé en 1873 la première école ménagère de France reprise ensuite par la ville dont son mari le Dr Doyen fut maire de Reims de 1881 à 1884.

Une famille généreuse

Son père s’était déjà fait remarquer en aidant des ouvriers à construire leur maison sur de nombreux terrains faubourg de Laon et de Bétheny. Elevée avec le soucis de faire le bien à autrui, Amélie Marie Joséphine peinée par la misère qui frappait le milieu ouvrier eut l’idée de donner une profession aux jeunes filles des classes populaires. C’est ainsi qu’elle créa dans sa propriété de la rue de Mars la première école ménagère de France pour des jeunes filles à partir de 13 ans. Si la mentalité de l’époque demande surtout à la femme d »‘être une bonne épouse, une bonne mère; l’entretien du foyer constituant la mission première » , Amélie Doublié mit en place une formation de trois ans pour donner une formation générale de qualité aux jeunes filles. Lavage, repassage, raccommodage, cuisine, service de la table, comptabilité personnelle et commerciale, broderie, crochet, broderie, l’école connaît un beau succès et passe vite de 24 élèves à 200 élèves en 1914. Mieux, beaucoup d’élèves dont beaucoup avaient bénéficié de bourse pour étudier continuèrent leurs études pour devenir caissières, couturières, repasseuses, corsetières et même institutrices.

le mari d’Amélie Doublié fut maire de Reims de 1881 à 1884)

Nommé maire de Reims sous la III ème République et confirmé par le conseil municipal le Dr Octave Doyen, professeur à l’école de médecine et médecin de l’hôtel Dieu reprit sous l’égide municipale le projet de son épouse décédée . Il fit construire en 1880 une nouvelle école ménagère rue des Boucheries (l’école s’installant en 1910 dans l’ancien lycée de jeunes filles, rue de l’Université). Avec son adjoint Henri Henrot il favorisa aussi la création d’écoles communales à Reims au grand dam du clergé et de diverses congrégations.

Diplômée par la société mutuelle de Reims, Amélie Doublié fonda aussi le prix Doublié-Doyen pour un ouvrier méritant.

Un fils méritant aussi

Eugène Doyen

Fruit de l’union d’Amélie Doublié et d’Octave Doyen, Eugène Louis Doyen (1859-1916) a aussi marqué son époque. Chirurgien à Reims puis à Paris il perfectionna la technique opératoire et certains n’hésitent pas à dire qu’il est le créateur de la chirurgie moderne.

Des qualités qui collent mal avec ceux qui affirment que Marcel Proust s’est peut-être inspiré d’Eugène Doyen avec lequel il a plusieurs fois voyagé pour créer son personnage du Dr Cottard dans « A la recherche du temps perdu ». Un personnage qui ne brillait pas particulièrement par son esprit en société. Les gens sont méchants…

photo wikipédia (unenouvelle à venir en août)

Amélie Doublié repose avec sa famille dans le Canton 1 du cimetière du nord. Dans un état total d’abandon, sa sépulture a été reprise par la ville afin de refaire le caveau de cette famille généreuse.

(1)La localisation de la place Amélie Doublié s’explique, affirme Jean Yves Sureau,  » parce que la famille Doublié-Doyen a largement contribué à l’amélioration du quartier en cédant gratuitement des terrains qui formaient en 1883 le sol de plusieurs voies publiques et en prêtant des fonds à taux réduit aux constructeurs. »

Alain MOYAT

Source: 3 grand est du 19 juillet 2020; wikipédia; « Les rues de Reims » de Jean-Yves Sureau; « Cimetière du Nord » par Alphonse Rocha.

Barbe Nicole Ponsardin dite »la veuve Clicquot »(1777-1866)

Surnommée aussi la grande dame de la Champagne. Ici peinte par Léon Cogniet avec sa petite fille Anne

Elle n’a pas volé son surnom de « Grande dame de la Champagne ». Fille d’un riche industriel du textile, Barbe Nicole Ponsardin , veuve très jeune, mais bien entourée, a su développer avec passion et efficacité l’entreprise de négoce de champagne de feu son mari François Clicquot. Au point d’exporter jusqu’en Russie puis dans le monde entier des centaines de milliers de bouteilles malgré les divers aléas politiques connus en Europe.

Barbe Nicole Ponsardin Clicquot avait fait construire une superbe chapelle pour toute sa famille

1805.-Pas question de revendre les vignes familiales. Bien que jeune maman, la veuve Clicquot, 27ans, n’entend pas arrêter l’activité viticole développée depuis 1800 par son mari qui vient de mourir d’une fièvre maligne. C’est décidé: elle poursuivra l’oeuvre de son époux François Cliquot. Entouré de M. Bohne pour les exportations et de Jérôme Fourneaux puis Antoine de Muller pour les assemblages elle développe même de façon exponentielle la société Veuve-Clicquot-Ponsardin.

Passionnée par la vinification

Est-ce le mémoire sur le choix des plants, le travail de la vigne et la façon de gouverner les vins signé par Dom Pérignon en personne que le prêtre réfractaire qui l’a mariée lui a offert, toujours est-il que la veuve Clicquot se passionne vite pour la vigne, vinification, l’état des vins et la bonne tenue de la mousse dans la bouteille. Détestant les vins troubles et ceux qui avec une mousse épaisse avaient une apparence « d’yeux de crapauds « elle invente la table de remuage avec le concours d’Antoine Aloys de Muller. En plaçant le col des bouteilles de champagne dans des trous obliques percés dans le longues tables (ancêtres des pupitres)et en les secouant légèrement chaque jour durant trois mois, les dépôts contenus dans la bouteille glissaient jusqu’au goulot. Faciles à éjecter alors au moment du dégorgement le procédé permettait de rendre les vins plus clairs, nets et limpides.

Elle se joue des aléas politiques

Si son père, maire de Reims de 1810 à 1820 n’est pas particulièrement courageux (https://reimscimetieredunord.fr/2021/05/01/nicolas-ponsardin-pleutre-opportuniste/ )la veuve Clicquot s’adapte aux conséquences des guerres napoléoniennes.. Elle se joue du blocus britannique en faisant voyager ses commerciaux sous pavillon américain.

Après avoir gagné la cour de Frédrich William IV de Prusse surnommé « le roi Cliquot » son champagne abreuve la Russie écrit Prosmer Mérimée. Pouchkine compare « le vin béni « de la veuve Clicquot à la fontaine d’Hippocrène où les poètes puisaient l’inspiration. Alors, l’occupation de Reims par les Russes, la veuve ne s’en émeut pas. Si les Russes pillent et volent le Clicquot dans les caves, la veuve se fait une raison: « Qu’on les laisse faire. S’ils boivent, ils paieront ». Le 6 juin 1815 elle affréte un petit bateau hollandais chargé de 10.000 bouteilles qu’elle écluse à prix d’or à Koenisberg pour l’anniversaire du roi de Prusse puis à Saint Pétersbourg. Une seconde cargaison de 20.000 bouteilles connaît le même succès.

Un associé efficace: Edouard Werlé

Si la création d’une banque d’affaires pour se lancer dans le commerce de la laine doublée du départ de son chef de cave chez Ruinart lui occasionne des problèmes bancaires, la veuve Clicquot a la bonne idée d’engager en 1821 le jeune Mathieu Edouard Werlé. Celui-ci sauve l’affaire de la banqueroute, devient son associé en 1831 et gagne de nouveaux marchés en Angleterre et aux Etats-Unis. Maire de Reims de 1852 à 1868. il se voit confier la direction de la Maison de Champagne. A la mort de la veuve Clicquot à l’âge de 88 ans l’entreprise commercialise 750.000 bouteilles. La grande dame de la Champagne repose dans la chapelle qu’elle avait fait construire pour sa famille dans le canton 2.

De la rue Cérès au château de Boursault

La veuve Clicquot partagea sa vie entre l’hôtel particulier de son père rue Cérès et le château renaissance de Boursault qu’elle fit reconstruire. Sa fille Clémentine épousa Louis Marie Joseph comte de Chevigné (Louis de chevigné: une vie de comte et de contes).

On rapporte que la veuve Cliquot aurait sauvé la Porte Mars. Ce qui est sûr c’est qu’elle créa l’hôtel des petits ménages (une maison de retraite) et fit dons à Epernay de plusieurs sources afin de mieux alimenter la ville.

Alain MOYAT

Sources: Grandes marques et maisons de Champagne d’André Garcia; https:maisons-champagne.com; wikipedia.

Et comment réagirait la veuve Clicquot suite à la décision inique du président Poutine?

Actualité oblige (juillet 2021)on se demande ce que dirait aujourd’hui la veuve Clicquot au président Poutine qui interdit de traduire le mot CHAMPAGNE en cyrillique sur les bouteilles exportées en Russie par les Champenois. Pire, il exige que soit indiqué en cyrillique le mot VIN EFFERVESCENT au dos de la bouteille.

La grande dame de la champagne n’aurait sans doute pas hésité, elle qui s’est toujours attachée à produire des vins parfaits. Comme elle luttait contre la contrefaçon, qualifiée de brigandage, nul doute qu’elle exigerait pour cet indélicat personnage la même peine qu’à son époque: une marque au fer rouge et dix ans de réclusion! 🙂

Marc Christophe: plus de 20 ans à entretenir les sépultures des militaires

Appelé adolescent à se rendre souvent au cimetière Saint Charles de Sedan, suite au décès de deux de ses soeurs, Marc Christophe choqué de voir autant de tombes de soldats en déshérence, décide avec son frère Michel  de nettoyer ces sépultures. Son métier l’ayant conduit à Reims, c’est au cours d’une visite du cimetière du Nord, qu’il constate le mauvais état des sépultures des deux carrés militaires. Après en avoir informé la ville de Reims, il se propose de le prendre en charge et c’est ainsi que de 2004 à 2017 avec le concours de quelques élèves du lycée Croix Cordier de Tinqueux, dans le cadre de son action: « vois, comprends, agis », il redonne une tombe digne du sacrifice accompli à ces soldats. Atteint d’une cruralgie il y a quatre ans, il a dû arrêter mais tient toujours un livre d’or des soldats de la Grande guerre reposant dans les cimetières communaux. Rencontre

(Photo Marc Christophe) « Il me fallait redonner une belle image à ces tombes, pour moi des reliquaires sacrés, des petits Panthéon, une image digne du sacrifice qu’ils ont accompli.« 

Un devoir de mémoire

« Je n’ai pas passé une partie de ma vie à entretenir les tombes des carrés militaires du cimetière du Nord pour les monuments eux-mêmes mais pour rappeler combien ces hommes enterrés là méritent notre respect. Il me fallait redonner une belle image à ces tombes, pour moi de véritables reliquaires sacrés, des petits Panthéon, une image digne du sacrifice qu’ils ont accompli. Pour rappeler l’homme dans la guerre, le courage du citoyen ordinaire, la fraternité, la solidarité, le respect de l’ennemi. Autant de soldats dont je couche le nom dans un livre d’or des soldats de la Grande Guerre reposant dans les cimetières communaux. » (1)

258 tombes dans les carrés 14 et 35

« Je ne suis intervenu que dans les carrés 14 et 35 , un terrain propriété de la ville de Reims qui abrite 258 tombes à la charge des familles. Il y a une majorité de soldats de 14-18, mais aussi des morts de la Seconde guerre mondiale et d’autres conflits: Algérie, Maroc, Indochine.  » (2)

Pendant plus de vingt ans, Marc Christophe a d’abord fait des recherches pour retrouver les identités des soldats avant de restaurer les tombes. « il a fallu brosser toutes les tombes, les vider de tonnes de terre, remettre des tonnes de tout-venant en couche de fond, placer du géo textile et ensuite poser des tonnes de cailloux blancs. Ensuite il a fallu entretenir l’ensemble (lavage des croix, des cailloux blancs, nettoyer les allées. La ville a fourni les matériaux (tout-venant, cailloux blancs, une partie du géo textile). »

Professeur au lycée Croix Cordier, Marc Christophe a mis en place en 2004 ‘action: « vois, comprends, agis » dans l’établissement pour inculquer aux élèves la valeur de la Fraternité. « Si j’ai eu avec moi quelques lycéens dont certains étaient même des élèves punis le mercredi, c’est seul que j’ai restauré la majorité des tombes. »

Le Souvenir Français a offert les cocardes tricolores pour mettre en valeur les croix latines des tombes.

(1)L’engagement de Marc Christophe n’a pas concerné que le cimetière du Nord de Reims, mais aussi de nombreuses communes: Cormicy, Trigny, Villers-Franqueux, Pouillon, La Neuville en Tourne à Fuy, Villers-Semeuse, Vivier-au-Court etc.

(2) Pour info, Il faut savoir que les carrés 31 et 32, à la charge de l’Etat sont occupés par des soldats dont les corps n’ont pas été rendus aux familles suite à des erreurs dans les noms ou de régiments.

Alain MOYAT

Jean-Baptiste Langlet: médecin humaniste et héros civil de 1914-1918

Photo M. Branger (1909)

Il aurait pu devenir courtier en laine comme son père. Il a choisi la médecine comme son grand-père. Jean-Baptiste Langlet (1841-1927), maire de Reims de 1908 à 1919, est pourtant plus connu pour son comportement exemplaire lors de la Première guerre mondiale.

Si la ville de Reims recherche une personnalité lcoale à mettre à l’honneur dans le parc du quartier Saint Remi, pas besoin de lorgner vers le tsar Pierre Legrand du côté de la Russie… Une statue à la mémoire de Jean-Baptiste Langlet serait plus appropriée tant la vie de ce Rémois toujours soucieux de « faire appel à la raison » fut exemplaire.

Médecin et citoyen engagé

Après des études au collège Bons enfants et au lycée, Jean-Baptiste Nicaise Langlet débute ses études de médecine et de pharmacie à Reims en 1861 avant de devenir en 1867 interne des hôpitaux de Paris. Médecin major en 1870 lors du siège de Paris par les Prussiens puis témoin des massacres lors de la Commune, il passe sa thèse l’année suivante avec succès. De retour à Reims il se marie avec Louise Marie Lévêque de Pontfaverger et s’installe quartier Saint-Remi . (Il aura deux enfants et deviendra tuteur de ses trois neveux orphelins.)

Si sa thèse de médecine sur les rapports entre le sommeil et la nutrition des centres nerveux lui valent les honneurs, Langlet, conseiller municipal républicain de 1871 à 1879 crée l’Union médicale et scientifique du Nord-Est, creuset de nombreuses publications. Il se préoccupe notamment de la cause de la mortalité enfantine à Reims et la façon de la combattre; milite pour que chaque foyer ait l’eau potable. Il crée le bureau d’hygiène en 1882, ainsi que l’oeuvre des voyages scolaires pour permettre à tous les enfants de découvrir d’autres horizons. Elu Député radical contre Menesson-Champagne de 1889 à 1893, médecin chef des hôpitaux de Reims, il est nommé directeur de l’école de médecine en 1896. « Plus socialiste que radical« , sous une allure un peu rude, Jean-Baptiste Langlet , intègre, est très ferme pour défendre ses opinions. Conseiller général du 3ème canton en 1906, il est élu maire en 1908 et reconduit à ses fonctions jusqu’en 1919.

Défenseur de l’école publique

Si au début de son mandat, Langlet se contente de gérer les affaires courantes, fait des économies et termine le travail engagé par ses prédecesseurs Charles Arnould et Adrien Pozzi, il se heurte vite au cardinal Luçon fraîchement débarqué à Reims.

Anticlérical, membre de la section rémoise de la Ligue de l’enseignement, le maire n’accepte pas la campagne lancée en 1909 par le pape dénigrant les instituteurs de l’école publique accusés de « perversion morale et de donner un enseignement contraires aux moeurs et au bien social. »

A l’initiative du musée des Beaux-Arts

Président d’honneur de la Société des Amis du Vieux Reims, membre de l’Académie de Reims à qui il présenta la vie et l’oeuvre du sculpteur Saint-Marceaux , Jean-Baptiste Langlet est aussi celui qui favorisa l’installation du nouveau musée des Beaux-Arts dans l’ancienne abbaye Saint-Denis, musée inauguré en 1913 et dont il fut lui-même conservateur à la fin de sa vie.

Héros civil de 1914 à 1918

Agé de 73 ans au moment de la déclaration de la Première guerre mondiale, Jean-Baptiste Langlet est sans conteste une figure emblématique de la résistance de la France lors de l’invasion allemande. Interlocuteur des allemands qui occupent Reims du 4 au 12 septembre 1914 , demandent la reddition de la ville et une forte rançon, il est d’abord pris en otage avec d’autres Rémois. Il doit ensuite faire face à de nombreuses difficultés financières de la commune obligée d’emprunter pour acheter du ravitaillement à destination des 100.000 habitants, pour assurer le traitement des fonctionnaires municipaux mobilisés, accorder des crédits aux réfugiés et aux chômeurs. Pas d’accord pour faire évacuer Reims fin 1914 comme le voulait l’armée, Langlet s’attache par contre à réclamer au militaires français ce qu’ils doivent à la ville pour son occupation. Réclamant l’union sacrée à son assemblée communale, il fait aussi une paix intelligente avec le cardinal Luçon et multiplie les visites de la cathédrale et de la ville pour montrer au monde entier les dégâts occasionnés par les bombardements (qui durèrent 1051 jours).

Poignée de main entre le cardinal Luçon et Jean-Baptiste Langlet, deux hommes qui ne s’appréciaient pas mais qui surent oublier leur conflit au nom de l’intérêt de la ville et desRémois (photo collection Claude Langlet-Fargette)
La dernière visite de Reims avant d’être obligé de quitter la ville en mars 1918 (collection Reims Avant)

Suite à l’incendie de l’hôtel de ville il fut contraint d’organiser en 1917 le conseil municipal juste à côté dans les caves de la maison Werlé, rue de Mars. De même, obligé finalement de quitter la ville le 25 mars 1918 face à l’offensive allemande du printemps 1918 , il organise un conseil municipal de Reims … à Paris, 19, avenue de l’Opéra.

Pour ses obsèques le 10 mars 1927, Jean-Baptiste Langlet a droit à des funérailles grandioses avec un corbillard qui parcourt les rues de la ville jusqu’au cimetière du Nord. Une reconnaissance méritée pour ce grand Homme qui avait déjà eu droit de son vivant – fait exceptionnel- à l’inauguration d’une rue à son nom en 1924.

Cortège funèbre dans la ville pour accompagner Jean-Baptiste Langlet jusqu’à sa dernière demeure au Cimetière du Nord (photo collection Claude Langlet-Fargette)

Alain MOYAT

Sources

https://documentation-ra.com/2016/06/22/docteur-jean-baptiste-langlet-1841-1927/

https://www.lunion.fr/art/region/l-hommage-d-une-arriere-petite-fille-a-un-maire-courageux-ia3b24n414494

https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/marne/reims-metropole/reims/histoires-14-18-dr-jean-baptiste-langlet-maire-reims-777751.html

wikipedia, Jean-Yves Sureau: « les rues de Reims« ; « histoire de Reims » par Georges Boussinesq et Gustave Laurent

Charles Desteuque: expert en demi mondaines et pilier de la Belle époque

Charles Desteuque découvreur de demi mondaines pour les cabarets parisiens de la Belle Epoque
Charles Desteuque enterré dans le caveau familial

A cause de sa vie pour le moins singulière, il fut enterré avec discrétion dans la sépulture familiale ( canton 16 ). Journaliste critique-dramatique, Charles Desteuque (1851-1897) surnommé « l’Intrépide vide bouteilles » est devenu à Paris un expert en demi mondaines dont il alimentait les cabarets de la Belle époque.

ami de Toulouse Lautrec

Il est le fils d’Adèle Palloteau qui légua à la ville de Reims la propriété de « la Rosière «  à Villers-Allerand et d’Eugène Desteuque, fabricant de tissus, conseiller municipal de Reims en 1874, adjoint au maire de 1878 à 1892 puis maire de Villers-Allerand (1)

« Bon zig «  à en croire le fin observateur rémois Eugène Dupont, Charles Desteuque décédé à 45 ans dans l’asile psychiatrique de Prémontré (Aisne)est sans doute l’un des témoins et acteurs le plus singulier de la vie nocturne parisienne à la Belle Epoque. Plumitif dans le journal « Gil Blas »où il tenait une rubrique sur la promotion des demi mondaines, Il devint vite à la fois chevalier servant et impresario des plus célèbres cocotes des cabarets, du Moulin Rouge aux Folies Bergère: de la Goulue en passant par Emilienne d’Alençon, Liane de Pougy, la belle Otéro et Clémence de Pibrac.

Surnommé l’Intrépide vide bouteilles

Surnommé l’Intrépide vide bouteilles par Raoul Ponchon qui lui dédia des vers, Charles Desteuque fut aussi décrit de façon très précise en 1888 dans un article du « Courrier français illustré » et intitulé : »la légende de l’Intrépide Vide bouteilles ».

Et l’on en apprend un peu plus sur son rôle dans le Paris by night de la Belle époque. « Les horizontales ne peuvent pas prendre la position couchée qui est leur position naturelle si elles n’ont pas passé par l’intrépide vide bouteilles… (…) Cet « intrépide » est donc un véritable Minotaure (…).
Le Vide-Bouteille a été promu par le Gil Blas au grade envié de major du bataillon de Cythère. C’est lui qui reçoit les recrues et qui les immatricule. Il ne les habille pas. Plutôt ferait-il le contraire. »
Cette légende avait déjà dix ans, et le journaliste s’empressait d’ajouter qu’elle a été spirituellement inventée et « goguenardement » propagée à travers le monde par le baron de Vaux et de rectifier en ajoutant : il est très gentil ce Vide-Bouteilles. C’est ce qu’on appelle un bon zig.

C’est ainsi qu’au détour de sa vie nocturne au cours de laquelle il semble qu’il ne buvait que de l’eau de bouteilles de Vichy et de Vittel, Charles Desteuque fit la promotion et assura le suivit, si l’on peut dire, de nombreuses femmes qui animèrent les folles nuits parisiennes. Il fait engager au Moulin Rouge Louise Weber, danseuse de french cancan plus connue sous le surnom de « la Goulue ». Il lance dans le bain mondain Emilienne d’Alençon alors âgée de quinze ans; grande courtisane qui ruina le jeune duc Jacques D’Uzès arrière arrière petit fils de la Veuve Cliquot.

Emilienne d’Alençon

Il fait la promotion de demi mondaines: la Belle Otéro, Liane de Pougy, danseuse courtisane : « le luxe intime d’une horizontale de grande Marque ». Témoin de la vie rémoise, Eugène Dupont affirma que c’est une de ses protégées Clémence de Pibrac, née à Sainte-Ménehould qui fit découvrir au tout Paris le fameux « Cordon rouge » « de chez Mumm, élaboré « à partir de cuvées ratées. « Le champagne qui se boit quand on n’est plus à même d’apprécier seinement les qualités d’un vin mousseux ».

Charles Desteuque et Clémence de Pibrac née à Sainte Ménehould auraient fait dans les cabarets la promotion du « Cordon rouge » de chez Mumm élaboré « à partir de cuvées ratées »affirmait Eugène Dupont.

Devenu secrétaire des Folies Bergère, Charles Desteuque ne lésine pas pour promouvoir ce haut lieu de la vie parisienne. « La dernière fois que Charles Desteuque a été vu sur le Boulevard, c’était dans un équipage attelé de rennes. Un traîneau à roulettes, emprunté aux accessoires d’une troupe russe venue à Paris en représentations. L’Intrépide, ayant à ses côtés un moujik à longue barbe, en touloupe et bonnet en peau de mouton, une belle fille, coiffée du kakochnick national, et dont le corselet pailleté d’or était radieux, – semblait triomphant. Il trimballait à travers Paris, de rédaction en rédaction, ce nouveau numéro sensationnel des Folies-Bergère,

Des vers en guise d’oraison funèbre

On trouve une première version publiée, en 1920, dans La Muse au Cabaret, seule œuvre parue du vivant de Ponchon, l’homme aux 150.000 vers. Elle a, semble t-il, été revue et corrigée par son auteur, car Eugène Dupont  livre une autre variante, beaucoup plus drôle, dans La vie rémoise de ces vers écrits par Ponchon, deux ans après la mort de Charles Desteuque.

1ERE VERSION (1920)

Intrépide Vide-bouteilles,
Qui passas tes nuits et tes veilles
À boire de l’eau,
Intrépidement, dans laquelle
Devait se noyer ta cervelle,
Pauvre gigolo !Je te vois toujours, glabre et blême,
Avec ta face de carême,
Tes yeux comme… cuits ;
Ta chair exsangue, molle et grasse,
Révélant toute la disgrâce
De tes blanches nuits.Je te vois affairé, rapide,
Les bras ballants, le regard vide,
On eût dit épars..,
Distribuant mille poignées
De main, pas toujours renseignées,
Sur les boulevards.Ton nom encombrait les gazettes,
Parmi ceux d’un tas de mazettes,
Dont le leur me fuit ;
Qui te célébraient après boire,
Et tu prenais pour de la gloire
Tout ce vilain bruit !On t’invoquait comme la Muse
Du demi-monde où l’on s’amuse,
Du Paris fêtard,
Toi, plus triste qu’une Wallace,
Qu’un convoi de huitième classe,
Quartier Mouffetard.
Tu nous amusas, somme toute,
Tant que fus sur notre route…
Sommes-nous ingrats !
Car te voilà dans la Ténèbre,
Sans même l’oraison funèbre
Q’on fait au Bœuf gras,Une légende hyperbolique
Veut qu’un jour tu fus héroïque,
Et que, pour un doigt
De vin pur – ô sombre débauche
Tu passas, du coup, l’arme à gauche,
Après cet exploit.
L’histoire est autre qui m’agrée
Si ta fin fut prématurée,
N’est-ce pas, vraiment,
Pour avoir bu, toute ta vie,
De l’eau – que rien ne justifie
Intrépidement ?

 2 IEME VERSION (1899)

Je te vois vague, blême,
Avec ta face de carême,
Tes yeux gris et cuits,
Ta chaire exsangue, molle et grasse,
Révélant toute la disgrâce
De tes blanches nuits !Le rien avec la niaiserie
Étaient ton soleil, ta patrie,
Ton « home » à jamais,
La Tour-Eiffel, qui nous rebute
Ainsi que la Montmartre-Butte,
Tes plus purs sommets.Tu dénichais des demoiselles
Demi-vierges, quart de pucelles ;
Pour les casinos,
Sans Falconisme, et dont les rentes
Se trouvaient surtout apparentes
Dans leurs jambonneaux.Non. Tu travaillais pour la gloire
Et pour l’art ! Tout porte à le croire,
Pour la Gloire et l’Art !
Onc ne voulus chez l’une d’elle,
Non plus tenir une chandelle,
Que frotter ton lard !Ah ! que le Seigneur de Justice
À ta misère compatisse,
En son ciel divin,
Intrépide Vide-Bouteilles,
Sans boire du vin !

(1)On ignore, semble t-il les dates à laquelle Eugène Desteuque fut maire de Villers-Allerand

Alain MOYAT


Sources: Principalement : le remarquable article de Jean-Yves Sureau sur google.com/site/lavieremoise/remois-celebres/charles-desteuque

(tapez sur google: Eugène Dupont Charles Desteuque pour récupérer le lien.

http://www.janinetissot.fdaf.org/jt_desteuque.htm

wikipédia,.

Jean-Nicolas Ponsardin: pleutre ou opportuniste?

Il repose dans la chapelle des familles Clicquot, Ponsardin et de Chevigné. Le très fortuné baron Nicolas Ponsardin qui fut vingt ans maire de Reims était « ondoyant et souple dans ses convictions et expert à se tirer d’affaires » entre Révolution, Empire et Royauté. Mais, en clair fut-il un pleutre ou un opportuniste?

La chapelle des familles Clicquot, Ponsardin et de Chevigné.

Fils d’un important drapier Ponce Jean Nicolas Philippe Ponsardin est un singulier personnage. Né le 22 janvier 1747 à Reims il louvoya d’une discutable façon durant toute sa vie pour satisfaire son goût de l’autorité et du pouvoir. Vous allez pouvoir en juger. A l’abri du besoin grâce à son père Adrien et sa fabrique qui employait près d’un millier d’ouvriers Jean Nicolas Ponsardin, formé au collège des Bons enfants puis trois années à la fac de Droit commença à faire parler de lui quand en 1775 les notables de la ville le choisirent pour complimenter le roi Louis XVI pour son sacre.

Inscription sur la chapelle familiale

Deux ans plus tard en épousant Marie-Jeanne Joseph Clémentine Huart-Letertre (1760-1837), la fille de Nicolas Irénée Ruinart, fondateur de la marque de champagne éponyme, il devenait l’une des plus grosses fortunes de Reims (1)

« Consolider la Révolution »

Acteur économique majeur de la ville, libéral, Jean Nicolas Ponsardin, membre du conseil de ville se coule finalement sans peine dans la période révolutionnaire. Entretient, semble t-il, de bonnes relations avec Jean-Baptiste Armonville, ouvrier dans la laine, conventionnel ouvrier rémois élu pour représenter la ville en mars 1789 à l’assemblée du Tiers Etat du bailliage de Reims (3). Il entre en 1790 dans la Société des amis de la constitution dont le but est de » constituer de plus en plus une révolution qui fait honneur à toute la France. »(2) Il est élu au directoire du district de Reims, fait partie du Club des Jacobins dont l’idole est Robespierre. On rapporte que ceint d’un bonnet rouge il donnait le bras au président du Temple de la Raison. Il se fait oublier lors de massacres de 1792.

Nicolas Ponsardin ou l’art de retourner sa veste

Cumulant ensuite les fonctions: administrateur de l’hôpital général, juge consul, président co-fondateur de la chambre de commerce, président de la caisse patriotique etc… Nicolas Ponsardin sait flairer l’évolution de l’histoire.

Accueil de Bonaparte à Reims en 1803

En 1803 Nicolas Ponsardin, président du tribunal de commerce, apprenant que le premier consul Napoléon Bonaparte revient d’une tournée en Belgique se rend à Mézières pour lui demander de faire étape à Reims. Un arc de triomphe est élevé à l’entrée du faubourg Cérès avec une inscription en latin « Napolini Bonaparte Primo consuli ex amore populi precibusque Remus adeunti » et une inscription en vers: « En tous lieux sur ses pas on voit voler la gloire . Tout cède à ses efforts vainqueurs . Et par une constante et plus douce victoire il triomphe de tous les coeurs »

La réception du 22 thermidor an XI (10 août 1803) est à moitié réussie car Napoleon arrive à Reims à 3 heures du matin! Malgré tout on fait sonner les cloches de la cathédrale, la ville est illuminée un instant. Le maire Jobert Lucas lui remet les clefs de la ville. Après une courte nuit à l’hôtel Ponsardin fils, 18, rue de Vesle, on lui fait visiter les industries textiles rémoises. Mais le soir, si son épouse Joséphine participe une heure au bal organisé dans la salle de la Bourse(aujourd’hui la salle du Tau), le premier consul lui, n’y paraît pas. Il passe la nuit à l’hôtel et quitte la ville dès potron-minet. Il n’y reviendra pas avant 1814.

1810 Faste pour accueillir Marie-Louise d’Autriche

Le 27 mars 1810, Reims accueille avec faste et de nombreux arcs de triomphe Marie Louise d’Autriche, la nouvelle épouse de Napoléon. Sur la porte Dieu Lumière aux couleurs de la France et de l’Autriche a été inscrit: « A Marie-Louise d’Autriche Impératrice des Français, Reine d’Italie. les maires et habitants de la ville de Reims. » Sur la porte du « Palais » (l’hôtel Ponsardin)a été inscrit dans le marbre:

« Du grand Napoleon suivant les nobles traces,

Louise dans ces lieux tient un instant sa cour

Et fit de ce simple séjour l

Le temple des Vertus et le Palais des Grâces. »

La nouvelle impératrice ne s’éternise pas. Elle reçoit les compliments de Jean Nicolas Ponsardin avant de rejoindre Napoléon à Courcelles-sur-Vesle.

Quelques mois plus tard Ponsardin est récompensé de ses efforts. Par décret impérial il est nommé maire de Reims en 1810. En mars 1811 le nouveau maire fait sonner les cloches des églises et le bourdon de la cathédrale, tirer des salves d’artillerie pour saluer la naissance du fils de Napoléon. Les habitants sont invités à illuminer les façades de leurs maisons.

Baron d’empire, Ponsardin en profite pour créer ses propres armoieries

En 1813 Ponsardin est fait baron d’empire. Ilreçoit la légion d’honneur et le droit de créer ses armoiries: d’argent à la fasce d’azur, chargée d’une sardine d’or, accompagnée en chef d’une muraille crênelée de sable, adextrée d’une tour carrée, et en pointe d’un pont à trois arches du même soutenu d’une rivière de sinople. Explications: Ponsardin choisit d’illustrer son nom par un pont surmonté d’une sardine : pon(t)sardin(e). Le pont a trois arches pour rappeler ses trois enfants et le mur crénelé est le signe distinctif des barons maires de ville.

Mars 1814 La fuite avant l’arrivée des cosaques

Un an plus tard, les revers militaires de Napoléon font trembler Jean Nicolas Ponsardin qui préfère prendre la fuite comme son adjoint Félix Boisseau lors de l’arrivée d’une poignée de cosaques aux portes de Reims. Prétextant une maladie… il part se réfugier au Mans. Napoléon reprendra Reims, sa dernière victoire, mais c’est le maire par défaut Florent Andrieux qui est là pour l’accueillir.

Ponsardin plus royaliste que le roi…

Dévoués à l’Empire les Rémois redeviennent alors royalistes en avril 1814 quand Napoléon est exilé sur l’île d’Elbe. On remplace le drapeau blanc par le drapeau tricolore. Les Rémois présentent à Paris leur soumission au roi Louis XVIII. Pour le coup, Ponsardin et Boisseau sont du voyage…. Et là, le 18 avril Ponsardin prononce un discours dithyrambique. « Monseigneur, la ville de Reims, que nous avons l’honneur de représenter auprès de votre altesse, vient d’adhérer, avec transport, aux grandes mesures qui ont été prises pour le rétablissement de l’autorité légitime et sacrée de nos rois (…) L’élan de nos coeurs nous amène aux pieds de Votre Altesse royale pour y déposer nos sentiments d’amour et de respect et la féliciter de son heureuse arrivée. « 

Quelques jours plus tard le Rémois écrit au roi pour lui demander d’agir pour Reims, « une ville négligée, oubliée, délaissée dans les derniers temps. » Et de demander aussi le rétablissement du siège épiscopal de Reims, ville des sacres, supprimé au profit de Meaux lors du Concordat de 1801.

Mars 1815: Il reprête serment à Napoléon!

Napoléon ayant réussi son retour de l’île d’Elbe, aussitôt Jean-Nicolas Ponsardin prête à nouveau serment à l’empereur, et devient député et conseiller général.

Au bout des « Cent jours », Napoléon étant définitivement vaincu et prisonnier sur l’île de Sainte-Héléne, Nicolas Ponsardin souffle quand Louis XVII redevient roi de France et de Navarre en juillet 1815.

Reims retrouve son siège épiscopal, voit revenir ses congrégations religieuses, se crée le Petit séminaire. Toujours maire il demande que soit refaite sur l’hôtel de ville la statue de Louis XIII détruite à coups de marteau à la Révolution. Le 30 juin 1818 il inaugure la première pierre d’une restauration de la statue de Louis XV Place royale, la première ayant été renversée en 1792 et fondue à Metz pour en faire des canons. La statue réalisée par Pierre Cartellier et Pigalle pour les statues du piédestal est inaugurée le 25 août 1819.

Un an plus tard, le 27 octobre 1820 Jean Nicolas Ponsardin s’éteignait et donnait son nom à une rue à Reims le 16 août 1849.

Alain MOYAT

(1) Il eut trois enfants. Deux filles: Barbe Nicole (plus connue sous le nom de Veuve Clicquot et Clémentine et un garçon: Jean-Baptiste.

(2) Il la présidera de mars à novembre 1794

(3) Député de la Convention il vota la mort du roi Louis XVI, mais défendit toujours le club des Jacobins.

Sources:Reims un siècle d’évènement (1600-1800) (1800-1900); Wikipédia, presse locale; la vie Rémoise d’Eugène Dupont; « les rues de Reims » par Jean-Yves Sureau; Grand Armorial de France, tome V, page 330, lignes 4,5 et 6).

Léon Chavalliaud: un sculpteur plus connu Outre Manche qu’à Reims

Inhumé au cimetière du Nord, Léon Chavalliaud (1858-1919) est un sculpteur connu sans le savoir des visiteurs de la nécropole où plusieurs de ces oeuvres décorent plusieurs tombes (Censier, abbé Deglaire, Etienne Robert). Malheureusement cet artiste reposant dans le 8 ème canton est moins connu des Rémois que des Anglais qui lui ont confié durant quinze ans la réalisation de nombreuses oeuvres.

Léon Joseph Chavalliaud (1858-1919)

Fils d’un aubergiste de Mourmelon et onzième d’une fratrie de quatorze enfants, Léon Joseph Chavalliaud né à Reims le 29 janvier 1858 commence son apprentissage à l’âge de quatorze ans. Apprenti modeleur-mouleur sur le chantier de la cathédrale, très doué, il bénéficie d’une bourse municipale et entre aux Beaux-Arts à Paris. Elève de Falguière, de Jouffroy puis de Louis Auguste Roubaud, il se fait remarquer par son talent de sculpteur. Il travaille en 1880 sur les cariatides de la façade de l’hôtel de ville de Reims (détruites lors d’un incendie survenu en 1917). Réalise quelques sculptures sur la façade de l’hôtel Georget, 43, rue de Talleyrand.

Deuxième second prix de Rome

« Tobie retirant le poisson »

Participant en 1886 au grand prix de Rome sur le thème: « Tobie retirant le poisson », il obtient le 2ème second prix. Si le palmarès le déçoit, le travail de Chavalliaud a séduit Mme Pommery qui lui commande un buste et lui finance aussi un voyage en Italie où il s’imprègne des oeuvres des grands maîtres.

Pour le consoler de son (seulement)2ème grand prix de Rome, Mme Pommery lui commanda un buste. Il fera aussi celui de Henri Vasnier et de Melchior de Polignac

Sollicité pour le monument de la Fédération Bretonne-Angevine

la sculpture de bronze: « le serment des volontaires »
« Le génie de la liberté » »en bronze préalablement réalisé par Le Goff avant sa mort a été détruit en 1938 par des autonomistes bretons

Appelé à Pontivy (Mayenne) suite au décès du sculpteur Joseph Le Goff en 1890, choisi pour réaliser le monument de la Fédération bretonne angevine (1), Léon Chavalliaud réalisera un motif en bronze intitulé : « le serment des volontaires. »Le monument aux morts et commémoratif fut finalement inauguré en 1894.

Quinze années de sculpture en Angleterre

Sollicité pour quelques commandes par des britanniques appréciant ses sujets toujours très ressemblants, Léon Chavalliaud part en 1892 en Angleterre. Il y résidera quinze ans dans le quartier de Brixton à Londres. S’il expose à la réputée National Gallery et à la Walker& Brindley de Liverpool, il gagne sa vie en réalisant des monuments pour les cathédrales de Winchester, Lincoln, Ely et plusieurs églises. Il sculpte des portraits de personnalités: Ewart Gladsone et Lord Roberts, des hommes politiques ainsi que des tombeaux de personnalités . Impressionnante aussi la réalisation de huit statues de marbre pour le Conservatoire de botanique de Liverpool dont celles de Christophe Colomb, du Capitaine Cook, Le Nôtre, Darwin et Parkinson.

Six des huit statues de bronze réalisées par Chavalliaud pour le conservatoire de botanique de Liverpool

Vainqueur d’un concours devant 21 artistes à Londres

En l’honneur de la tragédienne Sarah Siddons, une sculpture encore visible dans un parc londonien

Deuxième grand « prix de Rome », ce qui l’avait fort contrarié, Chavalliaud eut sa revanche à … Londres. Il remporta en effet en 1897 un concours organisé pour immortaliser une célèbre artiste ,  la tragédienne Sarah Siddons dont la statue est toujours dans le parc de Paddington Green de Londres.

Un Dom Pérignon inspiré par son papa!

Dom Pérignon aurait le visage du père de Chavalliaud!

De retour à Reims en 1907, le sculpteur auquel les membres de l’Académie nationale de Reims avaient remis une médaille d’or l’année précédente immortalise le célèbre champenois Dom Pérignon pour l’abbaye d’Hautvillers. On rapporte que pour réaliser l’inventeur du champagne il s’inspira de la figure de bon vivant de son papa!

On retiendra enfin que le sculpteur rémois (marié à  Marie Julienne Rousseau) et décédé le 5 février 1919 immortalisa aussi plusieurs autres personnalités rémoises dont le Dr Langlet et Charles Arnould, tous deux maires de Reims.

(1) Sur le monument on peut lire: « A la glorieuse mémoire des jeunes volontaires et des représentants de Bretagne et d’Anjou qui se fédérèrent à Pontivy les 15 janvier et 15 février 1790 pour adhérer solennellement à la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen pour serrer les liens d’une amitié fraternelle, proclamer leur nationalité française et affirmer l’unité de la patrie.« 

Alain MOYAT

Sources: Grandes marques et Maison de Champagne; les rues de Reims par Jean-Yves Sureau, wikipedia, https://www.geocaching.com/geocache/GC6GV5Z_leon-chavailliaud?guid=ea9ba873-9ba3-4507-88b7-ad91949f0907

Jean-François Ferrand (1802-1885) fervent partisan du secours mutualiste

Le médaillon réalisé par le Rémois Chavaillaud a été volé au début du XXI ème siècle.(Photo A.M.1998)

Si natif de Reims où il a vu le jour le 6 juin 1802, Jean-François Xavier Ferrand n’a été député qu’un peu plus d’un an, on doit à cet ouvrier tisseur devenu contremaître chez Charles Pétriau une belle invention: la Société des secours mutuels de Reims

Reims est sans doute la ville de France où est née le mutualisme à une époque indécise qu’à été la monarchie de Juillet (1830-1848). En effet, alors que les idées socialistes progressaient même à l’initiative du patronat (voir notre article sur Alphonse David) Jean-François boosta les mouvements mutualistes naissant à l’époque.

Un médaillon réalisé par le rémois Chavaillaud

Après la création en 1833 d’un mouvement né chez les serruriers rémois, il créa la Société fraternelle des ouvriers de la Fabrique en 1836 avant de devenir en 1843 le président fondateur des Sociétés de secours mutuels regroupant dix sept corporations forte de 1.200 associés: tisseurs, ouvriers serruriers, charpentiers, cordonniers, tailleurs de pierre, d’habits, ébénistes.

Des secours temporaires

Le but de la mutuelle: apporter un secours temporaire aux membres qui se trouvaient sans travail, qui souffraient de maladie ou des conséquences d’un accident du travail. Seize des 17 sociétés engagées avaient ouvert un compte à la Caisse d’Epargne avec un capital estimé à 30.000F. L’initiative était appréciée des patrons comme le relatera plus tard le maire de Saint-Marceaux: « Les mutualistes étaient estimés par les patrons pour leur bon ordre et l’esprit d’économie. » A la même époque il faut savoir que la Chambre de commerce réclamait au préfet l’établissement de caisses de secours et de retraites par les ouvriers « alors que de son côté, « la classe industrielle était plus préoccupée par ses affaires personnelles que par la solidarité « comme le note Levasseur dans son histoire de la classe ouvrière.

Député républicain modéré

Le roi Louis Philippe ayant démissionné en février 1848 sitôt la Révolution, l’élection de l’ assemblée nationale constituante qui suivit voit Jean-François Ferrand présenter sa candidature. Proposé par les républicains démocrates du Club démocratique du faubourg Cérès, le contremaître ne fut pas soutenu par les socialistes du Comité électoral de la démocratie rémoise qui le trouvait trop proche du patronat et de la bourgeoisie. Finalement présent sur une liste modérée soutenue par le National de Paris, Ferrand est élu 7ème sur 9 avec 63.168 voix sur 93.184 et fait partie du groupe du général Cavaignac. Le 3 mai, les ouvriers l’ont même accompagné au pont de Muire pour qu’il prenne une diligence à destination de l’assemblée constituante de Paris.

À l’Assemblée Ferrand fait partie du Comité de travail. Il refuse notamment de voter contre les poursuites à l’égard de Louis Blanc et de Caussidière, contre le rétablissement de la contrainte par corps, pour la suppression de l’impôt sur le sel. Mais il se prononce contre l’inscription du droit au travail dans la Constitution, pour l’ordre du jour de félicitations en faveur de Cavaignac, contre l’amnistie aux transportés de Juin, pour l’expédition de Rome, contre l’interdiction des clubs.
Figurant sur une liste de candidats républicains modérés, il fut battu aux élections législatives du 13 mai 1849. Explication avancée: les monarchistes l’ont rejeté à cause de certains de ses votes, à leurs yeux trop démocratiques.

Ferrand eut sa revanche, si l’on peut dire, quand Napoléon III ayant diligenté une enquête sur les Sociétés de secours mutuels accusées d’agitation socialiste ne fut pas destitué par décret. Au contraire, il fut confirmé à sa place de président de la société fraternelle des ouvriers de la Fabrique

Jean-François Ferrand épouse Marie Félicité Ancelet (1799-1886).

Avant qu’il ne soit volé, on pouvait voir sur sa tombe son médaillon en bronze réalisé par Léon Chavalliaud. Ses insignes de représentant du peuple auraient été offerts au Musée des beaux arts en 1882.

Alain MOYAT

Source: Histoire de Reims (volume 2) de Georges Boussinesq et Gustave Laurent; la vie rémoise par Eugène Dupont; https://maitron.fr/spip.php?article30891

Salvatore Corda: frère du célèbre sculpteur

La sculpture d’un homme nu sur la tombe ne laisse pas indifférent le visiteur du cimetière du Nord. Elle est l’oeuvre, offerte à la ville, du sculpteur Mauro Corda rendant hommage à son frère de 24 ans « décédé dans un accident ».

Salvatore Corda (1952-1983) avec cette inscription: « O, non ne t’en vas pas Laisse moi contempler du regard L’ombre chère de tes pas (Photo journal l’union de 2002)
La sculpture bien abimée aujourdh’ui mériterait un entretien (photo Alain Moyat 2021)

Dix neuf années ont passé entre ces deux images prises de la tombe de Salvatore Corda. Et l’on peut remarquer les cicatrices du temps qui viennent altérer la pierre blanche sculptée dans la douleur par son frère sculpteur pour le faire revivre comme il l’a expliqué un jour: « Chacune de mes sculptures, sans le ressusciter physiquement le fait revivre en pérennisant ses émotions et sentiments. »

Rien ne prédisposait Salvatore Corda à être enterré dans un cimetière rémois si ce n’est la profession de son père sarde, venu en Champagne au hasard des chantiers d’ouvrages d’art où le conduisait son métier. Né à Lourdes le 21 avril 1959, Salvatore Corda vécu déjà à Arens, dans les contreforts des Pyrénées. Menant ensuite « une vie d’exil dans toute la France« , il avait un frère: Mauro Corda, sculpteur et une soeur. Après « avoir vécu dans une bicoque à Courcy, un vrai taudis » dira Mauro Corda, la famille est arrivée à Reims. Inscrit aux Beaux arts de Reims, Mauro ira ensuite aux Beaux arts de Paris entamer la carrière qu’on lui connaît. Et des interventions dans les nécropoles, il n’en était pas à sa première. « Pour améliorer l’ordinaire « J’ai taillé dans du Carrare des bas reliefs pour des cimetières parisiens. »

Passionné par la représentation du corps masculin

Dans un entretien réalisé par Patrice de Méritens (extraits tirés du livre Mauro Corda, 2003) l’artiste explique son attirance par la représentation du corps masculin. Il évoque aussi avec pudeur l’homosexualité de son frère Salvatore dont sa mère n’a jamais eu connaissance.

« Ce qui m’intéressait particulièrement, en dessin comme en statuaire, c’était la représentation du corps masculin. Or après cette tragédie, un certain dédale intérieur allait me porter vers l’évocation de l’homme dans l’amour. L’absence. Le recueillement. « La Déchirure » montre la séparation de deux hommes qui s’aiment. Au fil des ans, de retour à Paris, et aujourd’hui encore, m’obsède le thème de l’androgynie. Comment en montrer l’élégance? Il n’est pas question de se placer dans la mode en représentant de façon insistante, ou pesante, l’homosexualité telle qu’on la voit s’étaler ou se complaire, mais le sentiment d’amour qui lui revient. La Déchirure, ce couple qui s’arrache – par sa fluidité lors de sa fusion, sa finesse de grain, le compact de sa matière, le bronze s’accommode de la violence: il la retranscrit au mieux – ou bien encore l’Androgyne, personnage double, entité ambiguë que je vais façonner, doivent être désirables et désirés par le public ordinaire, échappant à un quelconque communautarisme. Ce que je veux, c’est l’universel.

Question.-C’est aussi la célébration du deuil de votre frère.

« Exactement! Lui dire que je l’accepte plus que jamais. Avant, je tolérais sa marginalité sans problème, sans me poser de question. Depuis, j’ai intégré sa mémoire pour l’admettre de manière absolue, pour la transcrire, l’offrir à l’intelligence du monde. Qu’il ne soit, en quelque sorte, pas mort pour rien. Chacune de mes sculptures, sans le ressusciter physiquement, le fait revivre en pérennisant ses émotions et sentiments. Il était si troublé de n’avoir rien dit à ma mère! Chargé de cet héritage, j’avais pour mission de faire accepter sa vérité par d’autres gens, avec l’écriture qui m’est propre. »

Sur la tombe de Salvatore, on peut lire cette épitaphe en forme de supplique de Mauro Corda:

« O, non ne t’en vas pas

Laisse moi contempler du regard

L’ombre chère de tes pas . »

Alain MOYAT

Source: Entretien avec Mauro Corda , réalisé par Patrice de Méritens extraits tirés du livre MAURO CORDA, 2003. L’interview complète sur: http://www.galleriadelleone.com/artistes/corda/corda-bio-fr.htm

Eugène bourgouin (1880-1924): sculpteur, créateur et généreux humaniste

Eugène Bourgouin par M.P.Berthelot

Le musée des Beaux arts de Reims possède plusieurs de ses sculptures et médailles. Il a aussi réalisé l’élégant buste du compositeur rémois Ernest Derodé enterré lui aussi au Cimetière du Nord. Peu connu des Rémois, Eugène Bourgouin mériterait une belle exposition dans le futur Musée tant son oeuvre est variée et de qualité: (sculptures, calice, objets religieux, lampe art-déco, poignées de cannes, chevets, sabre, monument aux morts…

Eugène Bourgouin à gauche sur le chantier de la cathédrale . Photo 1898.

Adrien Sénéchal réputé avare de compliments a dit beaucoup de bien sur son ami Eugène Bourgouin (voir plus loin). Voilà ce qu’il faut encore savoir.

Eugène Bourgouin peint par Maurice Lenoir (Musée de beaux arts de Reims)

Né à Reims en 1880, Eugène Marie Joseph Bourgouin ne suit pas les traces son grand-père, bonnetier chez Warnier David. Très tôt il participe au chantier de restauration des statues de la cathédrale de Reims. « Nourri du génie de vieux maîtres », présenté en 1898 à l’atelier Louis Ernest Barrias, il côtoie beaucoup d’artistes à Paris qui l’incitent à entrer à l’école des Arts décoratifs puis à l’école des beaux Arts.

Médaille de bronze pour la monnaie de Paris: « Pour garder le spectacle de la vie »

Inspiré par le religieux, mais pas seulement, il expose son travail de 1907 à 1924 au salon de « la Nationale » des Beaux-arts et ses bustes en 1923 et 1924 au salon des Tuileries. S’il réalise des sculptures en marbre et en bronze, il répond à des commandes d’objets d’orfèvrerie et autres pour les musées du Luxembourg, de Sèvres et le Palais Galliera. Son projet de couronne pour le Sacré Coeur est refusé par le pape, Bourgouin ne s’en offusque pas qui réalise entre de nombreuses sculptures dont une de Jeanne d’Arc en grès) , une lampe électrique de bureau avec Lalique, un sabre d’officier de marine , des médailles commémoratives, des bustes de femmes etc.

‘L’amour contrit » au Musée des beaux arts de Reims

Sensible aux douleurs occasionnées par la guerre

« Le Poilu mourant »de Warmeriville inauguré en 1925, Eugène Bourgouin étant décédé un an avant (photo wikipedia)

Si durant la première guerre Eugène Bourgouin taquine encore un peu la glaise, l’artiste met son art au service des blessés. Il fait une exposition à Bordeaux au profit des mutilés de France, va à l’hôpital de Troyes visiter les mutilés de la face (ces fameuses Gueules cassées). Il crée des médailles au profit des infirmières de la Croix Rouge, des prisonniers de guerre. Il reçoit de nombreuses demandes pour sculpter des monuments aux morts. Il en signera plusieurs: au collège Stanislas à Paris, pour la ville de Salins, Lamarque, la commune de Warmeriville (un poilu mourant), la ville de Reims (un monument pour les verriers morts à la guerre)au cimetière Sud.

Saint Benoit réalisée avec Adrien Sénéchal pour l’église Saint-Benoit de Reims

Eugène Bourgouin eut plusieurs fois l’occasion de travailler à Reims avec Adrien Sénéchal. Pour la création d’une statue de Saint Benoît en marbre blanc pour l’église éponyme et « une Vierge immaculée « pour la chapelle des filles de la charité, rue Ferry.

Eugène Bourgouin par Adrien Sénéchal

« Écrire sur l’œuvre de Bourgouin c’est écrire le cantique de la foi, exalter l’espérance, absoudre le repentir. Les mots, les phrases les plus ciselées ne sauraient rendre avec autant d’intensité, l’expression des humanités de bronze, de marbre et de pierre due à son talent méditatif…. »

http://cimetiere.du.nord.free.fr/eugene_bourgoin.htm

Alain MOYAT

Source: la vie rémoise d’Eugène Dupont; le musée des beaux arts de Reims; Wikipédia; discours d’Adrien Sénéchal lors des obsèques de Bourgouin.

Louis de chevigné: une vie de comte et de contes

La chapelle-caveau dans le canton 2 du cimetière du Nord (photo AM 2021)

Reposant dans la chapelle-caveau de la famille Cliquot Ponsardin (canton2), Louis Marie Joseph comte de Chevigné (1793-1876), gendre de la Veuve Cliquot, est connu pour ses contes Rémois légers, pétillants et grivois. Elève puis ami de Louis Castel , auteur du « Poème des plantes », il commanda aussi la Garde nationale rémoise durant près de vingt ans.

Sa famille victime de la Révolution

Né le 30 janvier 1793 en Vendée Louis Marie Joseph de Chevigné n’eut pas le temps de connaître longtemps ses parents Chouans, disparus dans les tourments de la Terreur révolutionnaire. Orphelin avec sa soeur Pélagie, sauvé par la demoiselle Duchenet, il connut des débuts difficiles avant d’être récupéré en 1802 par son grand-père de retour d’émigration. Après des études au lycée à Nantes, c’est à Paris qu’il entre au lycée impérial où il a la chance de rencontrer Louis Castel, un professeur, vite précepteur qui lui fait découvrir le goût de la poésie. Et qui deviendra son ami jusqu’à la mort.

Fervant royaliste, Louis Chevigné, engagé dans la Garde nationale milite à Savenay (Loire inférieure) pour défendre les Bourbons contre un retour de Napoléon. Actif, après le désastre de Waterloo (1815), il part à Gand durant « les 100 jours » avec Louis XVIII qu’il ramène à Paris.

Mariée en 1817 à Clémentine Cliquot, la fille de Barbe Nicole Ponsardin (plus connue sous le nom de Veuve Cliquot), Louis de Chevigné est à l’abri du besoin. Ils vivent régulièrement dans le château de Boursault près d’Epernay , (1) y organise des repas et des chasses. Cela ne l’incite pas à faire de poèmes comme le souhaiterait Castel devenu son ami qu’il retrouve régulièrement.

S’il traduit bien une oeuvre en vers de Virgile (« le moretum »), il faut attendre 1825 pour le voir accoucher de quelques poèmes personnels sur des sujets variés: la chasse, des odes au champagne, aux vins de Bourgogne et au cidre… En 1827 il publie ses premiers contes puis une vingtaine d’autres en 1832 dans une annexe de la chasse et de la pêche.

Le Rémois Hervé Paul a écrit une biographie du conte de Chevigné

C’est seulement en 1836 qu’il présente « les contes rémois », plus d’une cinquantaine de fabliaux au total écrits sur un ton badin, taquin -certains à ne surtout pas mettre dans les mains des écoliers !

Il les enrichira dans onze éditions de son vivant. « Sa verve a un goût de terroir, légère et pétillante comme le vin mousseux, rieuse, moqueuse et grivoise peinture de maris jaloux, de femmes coquettes, de curés de l’ancien temps, de mariage arrangés. »

19 ans colonel de la garde à Reims

Dans ses souvenirs, Charles Monselet évoque le comte de CHevigné: « c’était le type du beau par excellence; il avait cette beauté officielle de l’homme du monde, l’embonpoint du bonheur, un teint reposé et fleuri, la bouche souriante et ferme, la barbe en collier. Sa fortune lui avait permis de sacrifier aux muses dans les meilleures conditions ».

Soutien de Louis Philippe, Louis de Chevigné est nommé en 1830 colonel de la légion rémoise dite Garde nationale, chargée du maintien de l’ordre. Il y restera 19ans, s’acquittant de sa tâche avec justice et exemplarité. Ainsi il réprime sans violence une émeute ouvrière à Saint-Brice-Courcelles, sauve la vie d’un prédicateur menacé par la population. Décoré de la légion d’honneur sous Louis Philippe, le royaliste dans l’âme, finalement pas si hostile à la révolution de juillet 1830 sera même fait officier de la Légion d’honneur sous le second empire. Battu à la députation un an plus tard , il se consacrera à ses contes qu’il n’hésite pas à peaufiner au grès des éditions.

Accusé d’attentat par les Prussiens

Il n’en a pas fait un conte, mais celui-là aurait pu faire un beau thriller en vers. En 1870, Louis de Chevigné, 77 ans se voit accusé d’avoir fait dérailler un train rempli de prussiens à proximité de Boursault . Arrêté et incarcéré par Blücher, l’envahisseur lui réclame la somme de 400.000F. Refus du poète qu’on menace du peloton d’exécution après quinze jours de prison. Nouveau refus. Croyant faire céder de Chevigné, les prussiens font alors prisonnier le maire de Reims Edouard Werlé, ancien associé de la Veuve Cliquot, sa belle mère. Informé de la situation, de Chevigné se rend à Blücher qui touché par le courage du septuagénaire lui rend la liberté.

Six ans plus tard Louis de Chevigné mourait. Il est enterré au Cimetière du Nord, dans la chapelle-caveau de la famille Cliquot Ponsardin aux côtés de son épouse et de sa belle mère à quelques mètres du monument de son ami Richard Castel qu’il avait lui-même payé de sa poche

(1) Le château fut reconstruit de 1842 à 1848 par la veuve Cliquot pour sa fille chérie. Elle possédait aussi un château à Villers-en-Prayère dans l’Aisne. A Reims de Chevigné vécut aussi dans l’hôtel Le Vergeur.

Alain MOYAT

Source: Regard sur notre patrimoine N°22 par Hervé Paul; site des grandes maisons de champagne; histoire de Reims (volume 2) de Georges Boussinesq et Gustave Laurent.

Le général Bernard Verrier (1773-1837)fait scier la croix de la Mission

(Photo A.M. 2021)

Il y a une vingtaine d’années déjà, Philippe Gonzalés, architecte des bâtiments de France alertait les autorités sur l’état dégradé du tombeau qui abrite à l’entrée du cimetière du Nord la dépouille mortelle du général Verrier « qui risquait de ne pas passer le XXème siècle. Les gels humides dégradent sérieusement les décors- symboles funéraires de l’officier d’Empire qui fut aussi nommé commandant de la garde nationale à Reims lors de la Révolution de 1830.

Surélevé comme celui de de Napoléon aux Invalides, le tombeau-échafaudage qui abrite le général Verrier (1773-1837) et son épouse Françoise Armande Moreau est dans un triste état.(Photo A.M. 2021)
Bernard Verrier

Natif comme le pape Urbain II de la commune de Châtillon-sur-Marne Marie Claude Bernard Verrier, témoin de la Révolution et du premier Empire a dû en faire aussi des croisades pour mériter ses galons et la Légion d’honneur. Fils de serrurier, c’est dans l’armée qu’il fait carrière en entrant en 1793 à l’école d’application de l’artillerie de Châlons-sur-Marne. Lieutenant du 5 ème régiment d’artillerie à pied, il participe de 1798 à 1801 à l’expédition d’Egypte conduite par Napoléon Bonaparte décidé à bloquer la route des Indes aux Anglais. Maréchal de camp d’artillerie on le retrouve en 1806 en Italie à l’état-major du royaume de Naples auprès de Massena, royaume dont Joachim Murat, beau frère de Napoléon sera roi en 1808.

Bouleversement de l’histoire, Verrier qui avait juré de se dévouer au service de l’empire doit quelques années plus tard jurer fidélité au roi. Et celui qui dût plaider âprement sa cause pour arriver à obtenir la Légion d’honneur « comme tous ceux qui ont fait la campagne d’Egypte » fut plus tard nommé ensuite chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis.

Révolution de 1830: il parvient à calmer les Rémois

Nommé en 1823 général commandant du dépôt de Metz, Bernard Verrier refait vraiment parler de lui quand à la fin juillet 1830, on lui demande de calmer à Reims la colère provoquée à Paris par le roi Charles X qui dissout la Chambre, musèle la presse et modifie la loi électorale au profit de l’aristocratie. Prié de prendre le commandement de la place de Reims et de réorganiser la Garde nationale avec pour aide de camp Augustin de Saint-Marceau, Verrier contrôle assez bien les révoltés qui insultent les membres du clergé et veulent d’abord briser un peu partout les fleurs de lys symboles de la royauté . Verrier ne tergiverse pas non plus face ensuite à des ouvriers rémois qui réclament la destruction de la gigantesque croix de la Mission de 19 mètres de hauteur et de plusieurs tonnes élevée en 1820 lors d’une campagne de rechristianisation « pour expier les outrages faits à l’église depuis trente ans » .

Il fallut , dit-on, que huit équipes de 240 hommes se relaient pour transporter la croix qu’au Rond Point de Mars (l’actuelle Place de la République). En souvenir de cet évènement une urne fut déposé sur le site avec une inscription: « Aux mânes des Français morts pour la conquête de la liberté »

Le maire Florent Andrieux se défausse en prétextant que « la croix ne lui appartient pas « car « elle se trouve hors la ville » (à l’actuel emplacement du monument aux morts place de la République.) Pas question de céder au peuple qui veut faire tomber « ce symbole de la domination tyrannique du clergé et du régime monarchique » . Verrier sollicité sur place refuse d’ordonner à la troupe de mater ces 3.000 manifestants regroupés autour du calvaire et qui l’accueillent aux cris de  » A bas les Jésuites, A bas la croix ». Il règle le problème en ordonnant de faire scier la croix. Ce qui fut fait aux sons de « la Marseillaise » et de « la Parisienne. »

Plus tard, devenu maire de Reims, de Saint-Marceau se félicita qu’aucun mort n’eut été à déplorer à Reims lors de cette Révolution de 1830. « Grâce à de bons citoyens et des membres de la Garde nationale qui se sont mêlés à la masse du peuple agité et firent entendre des paroles de paix et de conciliation. »

Deux mois plus tard, c’est le comte de Chevigné qui remplace Verrier à la tête de la Garde nationale. La ville de Reims honorera le général Verrier en lui donnant le nom d’une rue située entre deux casernes de cavalerie.

Source: Histoire de Reims tome 2 de Georges Boussinesq et Gustave Laurent; Reims: « un siècle d’évènement » de Daniel Pellus; « la vie rémoise » d’Eugène Dupont; wikipédia; base Eléonore du ministère de la Culture.

Alain MOYAT

Hugues Krafft: du globe trotter fortuné au musée le vergeur

Dans le carré protestant, Hugues Krafft est enterré seul à côté de la sépulture familiale

Réputé mondialement comme « voyageur-photographe » Chrétien Pierre Guillaume Hugues Krafft est plus connu à Reims comme le légataire de l’hôtel musée Le Vergeur qu’il avait sauvé en 1910 des Américains, reconstruit après la première mondiale et légué à la société des Amis du vieux Reims . Un fortuné globe-trotter qui a parcouru le monde, appareil photo Zeiss à plaques et coffret d’aquarelles en bandoulière.

Sur la tombe de Krafft: « Je suis la résurrection et la vie: celui qui croit en moi, encore qu’il soit mort, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. »

Il pétille pour une vie facile

Hugues Krafft photographié par Bourne Shepherd

Fils d’un baron allemand venu en France faire fortune, Hugues Krafft né en 1853 à Paris passa toute sa jeunesse à Reims à partir de 1855. Après avoir commencé des études au lycée, malade, il suit des cours avec un précepteur et fréquente même le célèbre collège privé d’Eton (GB). Son père, d’abord représentant puis associé de la maison de champagne Louis Roederer lui promet un bel avenir en lui succédant. Krafft n’est pas du même avis. S’il commence sa carrière comme caviste, en dandy, le champagne, il préfère le boire dans les soirées mondaines, lui qui adore aussi la danse et l’équitation. Engagé volontaire conditionnel au 3ème Régiment du Génie en 1875, Krafft perd successivement son père (1877) et sa mère (1880)et hérite d’une fortune considérable en plus du château de Toussicourt près de Villers-Franqueux (Marne) et un hôtel à Paris, Avenue Vélasquez.

Un deuil dont il se console vite en entreprenant dès 1881 un tour du monde avec son frère Edouard et deux autres amis fortunés en s’inspirant du « tour du monde en 80 jours » publié en 1872 par Jules Verne. Lui boucla son tour du monde en 573 jours. (1)Il découvre d’abord Alexandrie et le Canal de Suez, l’Inde, le Sri Lanka, la Chine, Hawaï, les États-Unis et le Japon qu’il adore.

Un combat de sumo immortalisé en 1882 par Hugues Krafft

Photos, récits et aquarelles pour témoigner

Il découvre aussi la Grèce, l’Espagne, l’Italie, la Bavière. Il poursuit par le Maghreb, l’Egypte, la Palestine, la Bosnie, le Monténégro, la Russie où il assiste au couronnement du tsar Nicolas II, la Transcaucasie, le Turkestan russe. En 1885 il publie chez Hachette son voyage autour du monde.

C’est ainsi qu’il immortalise ses vingt années de voyages dans des expos photos (on parle de 3.000 images sur plaques de verre) , en aquarelles, dans de nombreuses publications et lors de conférences . Membre de nombreuses sociétés (touchant à l’art et à la géographie, mécène, il reçoit la Légion d’honneur des mains du président Sadi Carnot.

Hugues Krafft passionné aussi par l’histoire, la géographie et l’art

Profondément épris du Japon il fait réaliser par Wasuke Hata le premier jardin japonais de France (Midori no sato: « colline de la fraîche verdure ») dans sa propriété de Loges-en-Josas.

Une association pour mieux faire connaître l’artisanat d’art

Si un accident de bicyclette l’handicape à partir de 1896, Krafft n’oublie pas Reims où avec l’architecte Ernest Kalas il crée en 1909 la Société des amis du vieux Reims avec pour but de faire mieux connaître l’artisanat d’art.

C’est dans cet esprit qu’en 1910 il rachète l’hôtel Le Vergeur au nez et à la barbe des américains qui voulaient le bâtiment juste pour y enlever dans une salle gothique son magnifique plafond sculpté polychrome du XV ème siècle.

La gestion de lhôtel Musée Le Vergeur (Place du forum à Reims)est passée sous la coupe de la ville en 2019.

Mal récompensé par ce beau geste puisque l’hôtel souffrira énormément des bombardements de 1914-1918 (le fameux plafond fut même détruit) , Krafft n’hésite pas à revendre sa somptueuse collection d’extrême Orient pour reconstruire l’hôtel à partir de 1924, y habiter aux étages et organiser en 1930 son musée au rez-de-chaussée.

Krafft légua aussi à la ville une magnifique collection d’oeuvres du peintre Jacques Brascassat

Décédé à Reims le 10 mai 1935, Krafft légua l’hôtel musée le Vergeur à la société des Amis du vieux Reims. Il fit don aussi au musée des Beaux-Arts de Reims d’une imposante collection de tableaux et dessins (on parlait à l’époque de 114 peintures et 900 dessins (2)réalisés par Jacques Brascassat qui les avait lui-même légué au papa d’Hugues Krafft, son mécène.

La gestion du musée Le Vergeur a été reprise en 2019 par la ville de Reims.

(1)Lire l’article d’Isabelle Chastang dans le numéro 18 de Regards sur notre patrimoine, bulletin de la société des Amis du vieux Reims

(2)(Un chiffre fortement revu à la baisse des décennies plus tard…. Erreur de comptage ou détournement?)

Source: presse rémoise du 11 mai 1935; la vie rémoise d’Eugène Dupont; écrits inspirés par Amélie Trabichet Beaujouan conservateur du Musée le Vergeur et Isabelle Chastang biographe de Krafft; wikipédia.

Alain MOYAT

2/2.-1814: Le prince Gagarine, un cosaque qui ne méritait pas les honneurs

Un singulier monument qui pose beaucoup de questions. En 1893/1894, un hommage a été rendu au cimetière du Nord aux soldats français et russes morts en mars 1814 lors de la bataille de Reims. Si l’hommage à César de Vachon de Belmont Briançon est compréhensible (1) celui rendu au russe Gagarine « commandant des Baschkirs  » est plus contestable. D’abord il n’est pas mort à Reims. Mais surtout à cette période, les cosaques ont commis beaucoup d’exactions dans le pays rémois. Le monument viendrait plutôt sceller l’alliance franco russe militaire, économique et financière signée en 1892 entre les deux frères ennemis (« hostes fratres ») de 1814.

Le prince Gagarine a été fait prisonnier le 5 mars à Berry-au Bac. Et nul ne sait (sauf à pouvoir consulter des archives russes si elles existent encore) quand et où il est mort

6 février 1814 .- Une poignée de cosaques qui n’a rencontré aucune résistance pour entrer en ville, (le maire Nicolas Ponsardin ayant pris la poudre d’escampette), la ville de Reims est occupée. Au passage des Prussiens, succède celui de l’armée russe de Winzingerode qui quitte la ville le 1 mars pour aller à la conquête de Soissons.. Ne reste plus sur sur place qu’une poignée de cosaques commandés par le prince Gagarine « un jeune officier sans expérience, très infatué de lui même et entiché de sa situation sociale. Ferme mais avec peu d’autorité « le commandant des hussards de Belorouski et des cosaques de la garde impériale russe (1) ne contrôle pas les exactions de ses hommes. Comme en témoigneront les monographies de villages du pays rémois, durant l’occupation de Reims, les cosaques ont été odieux. « Ils obligent les femmes de Montbré à se sauver dans les bois glacés; violent des enfants de dix et onze ans à Rilly et Taissy; martyrisent des vieillards pour connaître leurs caches; réquisitionnent des filles pour les soldats. » Gagarine menaça même les autorités rémoises (encore là) de brûler le quartier Dieu lumière si les derniers canons des troupes coalisées n’étaient pas assez vite évacués au delà du faubourg de Vesle.

Il prend la poudre d’escampette le 5 mars

C’est dire que peu de Rémois ne l’ont regretté quand le 5 mars, arrivant de Fismes le général Corbineau et la division Laférière ont pénétré dans Reims à 4 heures du matin. N’ayant, paraît-il, pas eu le temps de s’habiller, le prince Gagarine et plusieurs centaines d’hommes ne durent leur salut qu’en prenant la fuite à bride abattue en direction Berry-au-Bac. C’est là qu’il est fait prisonnier par le brigadier Lallement des dragons de la garde. « On leur a pris 200 hommes et presque autant de chevaux« explique Nansouty dans un rapport. « On a pris un prince Gagarine major. Je l’ai envoyé à votre majesté. »

La suite: une grande inconnue

Voilà pour les faits. Alors, si on les compare aux inscriptions sur le monument du cimetière du Nord, Gararine n’est pas mort à Reims, porte de Paris. Il n’est pas mort non plus lors de la bataille de Reims qui se déroula les 13 et 14 mars. Force est de reconnaître qu’on en sait pas plus sur le devenir de ce commandant russe peu estimable. Ni sur Joseph de Heck, mentionné lui aussi sur le monument.

Si le monument commémoratif est bien un mausolée pour César de Vachon de Belmont Briançon; pour le prince Gagarine il s’agit seulement d’un cénotaphe… De circonstance.

Ce que l’on peut imaginer, c’est que soucieux de rapprocher les deux peuples quelques mois après l’alliance franco-russe de 1892, ce monument a été élevé à Reims, comme le signe d’une amitié retrouvée entre Français et Russes. Et comme il fallait bien inscrire le nom de militaires russes, le prince Gagarine a été choisi. Le méritait-il. Sans doute pas.

Qui saura un jour nous dire comment et où il a fini ses jours. C’est une autre histoire à écrire.

Alain MOYAT

(1)https://reimscimetieredunord.fr/2021/04/16/cesar-de-vachon-de-belmont-briancon-tue-a-la-bataille-de-reims-13-mars-1814/(ouvre un nouvel onglet)

(2)et non les Baschkirs

Sources: Reims en 1814 pendant l’invasion par M.A.Dr, pseudonyme du colonel Fleury (1857-1925).

–Site de Christian Hanry: napoleonprisonnier.com/lieux/reims.htlm (sur les traces de Napoléon et de l’empire à Reims)

-wikipedia.

1/2 César dE Vachon de Belmont-Briançon tué à la bataille de Reims (1814)

Edifié en 1893/1894, un monument entouré d’une grille rend hommage à César de Vachon de Belmont-Briançon colonel major du 3 ème régiment des gardes d’honneur décédé le 13 mars 1814 lors de la bataille de Reims. Curieusement le monument y associe en même temps les soldats russes dont le commandant Gagarine (1) Etonnant quand on sait les exactions infligées par les envahisseurs cosaques envers les habitants du pays rémois .

Fils d’un maréchal de l’armée du roi Louis XVI, César-René-Marie-François-Rodolphe de Belmont-Briançon est entré en 1785 à l’Ecole militaire . Nommé garde du corps du roi de la compagnie du Luxembourg en 1788, il fait ses premières armes comme sous lieutenant du régiment de cavalerie d’Orléans. Trois ans plus tard on le retrouve comme aide de camp de son père au sein de la 3ème Division militaire de Metz. Capitaine du 15 ème régiment d’infanterie en 1782 puis capitaine du 1er régiment des hussards la même année, sa carrière fulgurante connaît un coup d’arrêt brutal à la Révolution.

René-Marie-François-Rodolphe de Belmont-Briançon (peint par Horace Vernet)

Issu d’une famille noble il ne fait plus bon rester en France à cette époque. Qu’à cela ne tienne, il quitte son pays pour rejoindre à Trèves l’armée des princes, appelée aussi l’armée des émigrés et il devient l’aide de camp du Maréchal de Broglie.

Inscription sur l’une des quatre surfaces du monument

Rentré en France au moment du Consulat il est fait chambellan de l’empereur en mars 1813. Nommé la même année colonel major du 3 ème régiment des gardes d’honneur il participe en octobre à la campagne d’Allemagne: bataille de Leipzig (bataille des Nations)et celle de Hanau. Il enchaîne avec les batailles de Montmirail et de Château-Thierry (février 1814) contre l’armée des coalisés. A la tête de son régiment il repousse les tirailleurs prussiens et s’empare de plusieurs pièces d’artillerie dans le village de Viffort.

Tué le 13 mars dans les faubourgs de Reims

Le 13 mars 1814, c’est la bataille de Reims. La ville est occupée par un corps russo-prussien commandé par le général Saint-Priest. Ces derniers résistent avec acharnement dans le faubourg de Vesle, alors que presque toute la ville est évacuée à la suite de l’attaque fulgurante du maréchal Marmont . En fin d’après-midi, Napoléon, qui veut en finir, lance le 3e régiment des gardes d’honneur de Belmont-Briançon sur les Russes. Lors de la charge, Belmont est entouré de plusieurs dragons russes mais il parvient à être dégagé à la suite de l’intervention du garde d’honneur François Daguerre qui met en fuite le groupe d’ennemis. Malheureusement, arrivé dans le faubourg, le colonel Belmont-Briançon est tué net par un coup de feu. Il est enterré le lendemain matin au cimetière du Nord.

Alain MOYAT

(1) https://reimscimetieredunord.fr/2021/04/17/1814-le-prince-gagarine-un-cosaque-qui-ne-meritait-pas-les-honneurs/(ouvre un nouvel onglet)

Sources: wikipedia.

-Reims en 1814 pendant l’invasion par M.A.Dr, pseudonyme du colonel Fleury (1857-1925).

-Site de Christian Hanry: napoleonprisonnier.com/lieux/reims.htlm (sur lestraces de Napoléon et de l’empire à Reims)

Coup de projecteur sur le plus ancien cimetière de la ville de Reims ouvert en 1787.