l’abbé Pierre Charlier fondateur de l’orphelinat de Béthléem

Document : la vie rémoise d’Eugène Dupont

L’abbé Pierre Charlier a bien mérité d’avoir sa tombe à perpétuité dans le canton 9 du cimetière du Nord. Sensible à la situation dramatique dans laquelle vivaient les orphelins de son époque, il a créé en 1837 l’orphelinat de Béthléem qui continue son action en faveur des mineurs en difficultés depuis 1966 dans l’établissement laïc du Foyer Saint-Rémi .

Un généreux ardennais

Né en 1804 dans la commune ardennaise de Flaigne les Oliviers (aujourd’hui Flaignes-Havys )Pierre Charlier devenu prêtre pour aider son prochain commença son action dans la paroisse de Bétheny. C’est en devenant aumônier de l’Hôtel Dieu qu’il fut particulièrement ému par les conditions dramatiques des orphelins chétifs et souffreteux confiés par l’administration des hospices à des familles rémunérées .

En 1835 il aurait fondé une école d’apprentissage près de l’église Saint Remi , école qui se serait déplacée rue Carrouge puis rue Chanzy.

En 1837, grâce au produit d’une souscription publique lancée avec des actions vendues dans la presse et sur le conseil du cardinal Thomas Gousset, il crée rue Jacquart une oeuvre de protection et d’enseignement des orphelins: l’orphelinat de Béthléem ouvert aussi aux enfants abandonnés par leurs parents et aux jeunes délinquants. Le but: donner aux enfants des familles pauvres une éducation chrétienne et des travaux manuels.

Il s’agissait à l’origine d’un terrain de 5 hectares dont quatre hectares de jardin. Sur le reste création de salles de classe, d’études et de dortoirs. Les enfants âgés de 13 ans étaient envoyés chez les industriels.

« Ayant obtenu le statut de « père nourricier » il dit aux enfants: « vous n’êtes plus sans famille. Vous avez un nom. On vous appellera « les enfants Charlier. »

En 1843 l’établissement connu une épidémie de typhoïde. Sur les 80 pensionnaires de l’orphelinat, 70 furent touchés et 15 moururent.

Pour toute son oeuvre, il fut décoré en 1857 chevalier de l’ordre impérial de la Légion d’honneur et put bénéficier pour ses subsides des bourses Napoléon.

En 1919 l’établissement de la rue Fery tenu par des religieuses de la congrégation Saint-Vincent de Paul s’est vu confier l’orphelinat de garçons.

En 1966 l’association laïque :Foyer Saint-Remi prit le relais. Son but: être une maison de l’enfance à caractère social pour accueillir les mineurs en difficultés.

Salué par l’Académie de Reims

L’académie de Reims ayant choisi l’éloge de cette belle création pour sujet d’un de ses concours, de nombreuses pièces de vers lui furent adressées. Celle qui fut couronnée avait pour épigraphe :

L’œuvre….. c’est l’homme .
Le poète raconte ainsi les humbles commencements de Bethléem :
La veille de Noël mil huit cent trente-sept,
Le soir, dans une grange, et presque sans lumière
Un prêtre et cinq enfants adressaient leur prière
À ce Dieu des Chrétiens, qui du haut de sa croix
Priait pour notre monde et celui d’autrefois…
C’étaient l’abbé Charlier et ses premiers pupilles !…
Bethléem !
Trois fois il t’a fallu changer de domicile
Avant de pouvoir dire : «  Ici, je suis chez moi,
Libre, chéri de tous, protégé par la loi ».
Et pour finir l’auteur s’écriait :
O Rheims ! qu’à l’avenir le présent fasse envie !
Bethléem est à toi, c’est ton œuvre …. et  tu sais
Que si l’on peut compter tous les jours de sa vie
Dieu seul… du bon Charlier peut compter les bienfaits 

Source: la vie rémoise ( 1865-1868) d’Eugène Dupont. L’Académie de Reims.

Alain MOYAT

Lié Louis Périn, miniaturiste, portraitiste

A l’état d’abandon au cimetière du Nord, sa sépulture à perpétuité a été reprise par la ville en 1978. Mis à l’honneur par le musée des Beaux-Arts qui présente une exposition en son honneur au Musée Le Vergeur (expo victime de la Covid en 2020/2021), le rémois Lié Louis Périn (1753-1817), miniaturiste, portraitiste mérite d’être connu.

Quelques miniatures de Lié Louis Périn

Pas question de devenir curé ou d’être fabricant de laine comme son père et ses cinq frères et soeurs . Séduit par les cours gratuits du rémois Jean-François Clermont, Lié Louis Périn, lui, veut devenir artiste. Pour celà, il se rend à Paris où il découvre les ateliers de Sicard et Lemonnier, et découvre sa vraie vocation de miniaturiste chez Alexander Roslin .

Dans une période (La Terreur)où la vie ne tient qu’à un couperet de guillotine, beaucoup veulent laisser un souvenir à leurs proches. Alors Périn gagne sa vie en réalisant dans les salons et jusque dans les prisons des miniatures (petits portraits à la gouache)sur de l’ivoire, du velin, du carton et des petits objets: broches, bracelets, bagues, ceintures. Fin, élégant et précis, son travail l’enrichit et lui confère une belle notoriété.

Portraitiste et opportuniste

Peintre de chevalet le Rémois réalise aussi des portraits en pied de personnalités: le sculpteur Houdon, la duchesse de la Rochefoucauld, la duchesse d’Orléans etc. On lui attribuera même bien longtemps après sa mort un portrait de la reine Marie Antoinette intitulée « la petite reine » qui n’était en réalité que la représentation de Justine Philippine Elisabeth Justine de France, 8 ème enfant de Louis XV et de son épouse Marie Leszczynka.

Durant une longue période on a cru que ce portrait intitulé « la petite reine » de Périn était celui de Marie Antoinette. Il s’agissait en fait après expertise de la huitième enfant de Louis XV
Pour faire parler de lui il peint une célèbre courtisane surnommée « la demoiselle du thé! »

Exposés plusieurs fois aux Salons organisés par les artistes de l’Académie royale, les portraits de Périn jugés « de qualité modestes avec des poses raides »ne font pas un tabac. Qu’à celà ne tienne, le Rémois fait parler de lui en réalisant deux portraits d’une courtisane à la mode: Rosalie Gérard Duthé, surnommée « la demoiselle du Thé », maîtresse du comte d’Artois. Il peint d’elle un portrait en pied de plus de deux mètres de haut et un plus petit où elle est nue.

« Mais la Révolution lui enleva le fruit de ses travaux, lorsque la conversion en papier-monnaie rendit bientôt la petite fortune, qu’il avait acquise, sans valeur. »

De retour à Reims

Anne Félicité Salbreux, peinte par son mari Lié Louis Périn

Presque ruiné, l’artiste père de deux enfants revient en 1799 à Reims où son épouse Anne Félicité Salbreux relance une manufacture d’étoffes tandis que lui, au fil de ses rencontres réalise le portrait de personnalités Rémoises et Lyonnaises.

Son fils Alphonse Henri Périn peintre, architecte et historien est l’auteur, en 1833, des peintures murales de la chapelle de l’Eucharistie de l’église Notre-Dame-de Lorette  à Paris.

Lié Louis Périn est mort d’une apoplexie en 1817.

Source; Catherine Delot, musée de Reims, musée de Tous, Wikipédia,

Alain MOYAT

René Richard Louis Castel, poète et naturaliste, ami du comte Louis de Chevigné

Sur la tombe on peut lire un extrait du « poème des plantes »: « C’est lui qui le premier sur le mont poétique à la cour des neuf soeurs mena la botanique »
« Si de mon sang trop froid les débiles esprits
n’osent tenter l’accès des célestes lambris
Je suivrai les ruisseaux: au pied d’un roc sauvage
du rossignol caché j’entendrai le ramage
murmurantes forts, ombrages ravissants,
Vous serez mon amour et l’objet de mes chants. »

Abimée par la pluie, salie par la pollution, sa tombe se délite tout doucement mais inexorablement dans le canton 2. Déjà éloigné de son Calvados natal, René Richard Louis Castel (1758- 1832)mort du choléra à Reims peut se consoler, inhumé pas très loin de son élève et ami le comte Louis de Chevigné, époux de la fille de la Veuve Cliquot.

René Richard Louis Castel à la fin de sa vie. Portrait à l’huile de Louis Germain

Rien ne prédestinait René Richard Louis Castel à finir ses jours à Reims. Né à Vire d’un père directeur de la Poste, le Normand aurait dû suivre les destinées de son père après de longues études au lycée Louis Le Grand à Paris.

Premier maire de Vire

Passionné de nature et de botanique, Castel nommé procureur syndic avant la Révolution, (c’est à dire magistrat chargé d’assurer le lien entre le pouvoir exécutif et les administrations)entre en politique. Marié en 1783 à Angélique Dehieu; favorable à la Révolution; il devient le premier maire de Vire dont il occupe les fonctions de février à juillet 1790. Avec 214 voix sur 413 Il est ensuite élu le 10 septembre 1791 député du Calvados à l’Assemblée Nationale législative et siège chez les constitutionnels modérés . Mais défenseur de la monarchie et de la royauté, hostile à la folie violente qui s’est emparée de la France, il est exclu des Jacobins. Fini la politique. Il ne se consacrera plus qu’à ses vraies passions, la poésie et la nature.

Editeur et auteur

De 1793 à 1803 il édite une version adaptée de l’histoire naturelle de Georges Louis Leclerc comte de Buffon selon la classification de Lunné (1)

En 1797 Castel publie d’abord « Les plantes » une longue série de poèmes lyriques mais très documentés scientifiquement. L’ouvrage est divisé en autant de Chants que de saisons. Il consacre le printemps à l’entretien du jardin; l’été à l’arrosage et au célèbre éclat des plantes à leur maturité; l’automne aux champignons et l’hiver au travail de la serre. Chaque chapitre est suivi d’une nomenclature linnéenne des espèces évoquées (1).L’ouvrage sera traduit en six langues dans toute l’Europe.

En 1801 il publie : « l’histoire naturelle des poissons »illustrée par Bloch avec des figures dessinées d’après nature.

Nommé professeur des belles lettres au collège Louis le Grand en 1803 il donnera le goût de la poésie à de nombreux élèves dont le jeune orphelin Louis le comte de Chevigné avec lequel il entretiendra à partir de 1813 et jusqu’à sa mort une importante correspondance intitulée: « Lettres de René Castel au comte « Louis de Chevigné, son élève et ami ».

Inspecteur général de l’université en 1809, il apprendra en 1815 sa révocation par le journal « Le Moniteur ». Il terminera tout de même inspecteur de l’école royale militaire où il exercera de 1816 à 1818.

Entre temps, sa passion pour l’écriture l’a amené à écrire un opéra en trois actes en 1813 intitulé: « Le prince de Catane », d’après « l’éducation d’un prince » de Voltaire.

C’est finalement est à Reims que le poète Castel peut vivre sereinement sa retraite, invité par le Comte Louis de Chevigné (fameux auteur des « Contes rémois ») dans son somptueux hôtel de la rue Cérès.

La statue de Castel fiancée par le Comte Louis de Chevigné a d’abord décoré les jardins du château de Boursault avant d’être léguée à la ville de Vire

L’estime entre ces deux poètes était si grande que le comte Louis de Chevigné finança la tombe de René Richard Louis Castel au cimetière du nord de Reims avant de faire réaliser par le statuaire Jean Baptiste Joseph Debay une statue de bronze de son professeur qu’il installa d’abord dans les jardins de son château de Boursault avant de l’offrir à la ville de Vire en 1862.

Si la ville de Reims n’entretient pas plus que celà la tombe de Castel, le poète et botaniste a donné son nom à une place à Vire et à un Ehpad à la Valdallière (Calvados)

Source BNF Gallica, Castel par François Cazin et Jean Porquet, canalblog de Davis Shenandoah, wikipedia.

Alain MOYAT

(1)En 1735, Carl von Linné (1707-1778) publie le premier essai de classification systématique des trois règnes minéral, végétal et animal. Son Système de la nature divise les animaux en six groupes (quadrupèdes, oiseaux, amphibiens, poissons, insectes, vers), déterminés en fonction d’organes spécifiques : dents, bec, nageoires ou ailes. La dixième édition, de 1758, généralise le système de nomenclature binomial avec un double nom latin, générique et spécifique, pour chaque espèce.

Florens-Louis Heidsieck fondateur de la célèbre marque de champagne

Surprise dans le cimetière du Nord. En passant devant une grande tombe en marbre gris très sobre et en excellent état j’ai eu la surprise en découvrant sous le large bandeau : « Famille Walbaum », nom très connu des vieux rémois, un autre nom pas moins célèbre dans le monde entier: Heidsieck.

En effet au dessus du nom de Ferdinand François Walbaum ( 1813 – 1883), de son épouse Frédérike Louise Luling (1821-1861) et de Johanne Marie Luning (1825-1889), on peut y lire celui de Florens Louis Heidsieck (1749-1828) fondateur en 1785 de la marque de Champagne Heidsieck &Co . Une marque suivie ensuite au grès des années, des sissions, des procès et des mariages des marques Heidsieck Monopole, Piper Heidsieck, Charles Heidsieck.

Florens Louis Heidsieck

Fils d’un pasteur luthérien, Florens Louis Heidsieck, né en 1749 en Westphalie (Allemagne) était venu en France pour y découvrir le négoce de la laine. Amour, hasard ou opportunité, il épousa en 1785 à Reims, Agathe Perthois, fille d’un négociant en drap de laine et de vins(décédée le 25 janvier 1812). Plutôt attiré par le commerce des vins de Champagne il mit son dynamisme à développer sa propre marque « Heidsieck & Co ».

Il fit déguster ses vins de Champagne à la reine Marie Antoinette en personne.

N’hésitant pas à parcourir l’Europe en calèche, il rencontra même en Lorraine la reine Marie-Antoinette pour y faire découvrir « une pinte » de son meilleur vin.

Demeurant à Reims, rue Albert Reville, il n’hésita pas à réunir chez lui des adeptes du culte réformé interdit à cette époque dans la ville. Epousant la nationalité française il fut aussi membre de la Garde municipale.

Son fils Henri Louis étant décédé à l’âge de cinq ans, son affaire fut dirigée à sa mort (1828) par trois de ses neveux: Auguste Delius, C. Heidsieck et Henri Louis Walbaum. C’est Ferdinand Walbaum père qui fut désigné comme seul et unique héritier testamentaire de Florens Louis Heidsieck son grand oncle. Des dissensions familiales aboutirent en 1834 à la dissolution de la société originelle « Heidsieck & Co ».

Si Auguste Delius s’orienta vers la banque, ses autres neveux poursuivirent l’activité de commerce des vins de champagne. Et c’est ainsi qu’apparurent d’autres marques familiales avec des durées de vie plus ou moins longues: « Walbaum-Heidsieck », « Heidsieck Monopole », Charles Heidseick », Charles Heidseick Henriot », Piper-Heidsieck etc. Une longue histoire qui demanderait des pages et des pages et un immense arbre généalogique tant il est difficile de s’y retrouver dans les multiples appellations données au précieux breuvage Heidsieck au cours du XIX ème et au début du XXème siècle . Mais c’est une autre histoire. ..

Au gré d’un procès qui dura plus d’un siècle, des alliances, des hyménées et des rachats, on y retrouve ainsi des noms bien connus dans la cité champenoise, notamment: Piper, Kunkelmann, de Suarez d’Aulan, Goulden, Henriot. Avec une mention particulière à Florens Walbaum qui fut le premier président du commerce des vins de Champagne de 1882 à 1893.

Sources: « Grandes marques et Maisons de Champagne par André Garcia; wikipedia; le courrier de la champagne.

Alain MOYAT

Adolphe David un patron rémois ayant foi dans le socialisme

Adolphe David 1808-1849)

Avec Eugène Courmeaux, qui repose comme lui au Cimetière du Nord, nous avons évoqué la naissance d’un grand mouvement socialiste à Reims lors de la révolution de février 1848 ayant entraîné l’abdication du roi Louis Philippe. Ce mouvement n’aurait pas pu naître sans l’investissement aussi d’un groupe de bourgeois dont faisaient partie notamment Dubourg-Maldan, Mennesson -Tellier, Emile Dérodé et Adolphe David (1808-1849), manufacturier, négociant en tissu, partisan lui aussi de la réforme. Avec Courmeaux, plusieurs autres démocrates francs maçons, des dirigeants de sociétés mutuelles et quelques travailleurs acquis aux thèses communistes de Cabet, Alphonse David, soucieux de transformer les conditions des travailleurs et de faire des réformes sociales pour faire le bonheur de l’ouvrier mit en place une administration municipale provisoire. Conseiller municipal en 1846, nommé commissaire de la République en 1848, il n’eut pas le loisir de poursuivre son oeuvre décédant un an plus tard en 1849.

La filature Croutelle incendiée

Illustration histoire de Reims de Boussinesq et Laurent

La révolte à Paris connaît aussi quelques soubresauts à Reims. Le préfet ne voulant pas recevoir le courrier proclamant la République s’enfuit tout simplement. Mis en cause par des citoyens voulant du neuf Carteret accepte à contre coeur de démissionner, laissant place à un conseil municipal provisoire piloté par David, Mennesson, Dérodé et Butot.

Dans la foulée le conseil au complet vote des mesures sociales:

-porte à 1,25F le salaire des ouvriers employés aux travaux de charité,

-met une somme de 2.000F à la disposition du bureau de bienfaisance pour des distributions extraordinaires de pain,

-nomme quatre ouvriers supplémentaires au bureau de bienfaisance pour mieux assurer la répartition et la distribution de ces suppléments.

La Garde nationale

Côté rues, l’agitation est palpable. Le 25 février la préfecture avait déjà été assaillie, des devantures de la rue Neuve et de la rue du Barbâtre enfoncées, des lanternes cassées. Plusieurs gardes nationaux avaient essuyé des jets de pierre.

Le 26 des citoyens surexcités accompagnent David en ville aux cris de « A bas les baïonnettes ». David doit demander à la Garde Nationale de faire preuve de mansuétude. Le 26 février au soir, l’incident le plus grave a lieu à Fléchambault où l’usine du filateur Croutelle est incendiée. Les ouvriers lui reprochaient notamment d’avoir introduit dans son usine les métiers mécaniques « briseurs de bras » et d’utiliser la force hydraulique. Un métier à tisser est vandalisé chez Pradine et Bureau. Un marchand de vin et un autre de tabac sont pillés…

le 27 février, avec l’appui d’ouvriers les incendiaires sont arrêtés par la Garde. Tout rassemblement est interdit et un couvre feu est ordonné. Le conseil siège en permanence à l’hôtel de ville.

Le conseil décide que tous les ouvriers sans ouvrage pourront se présenter au bureau des Prudhommes. Du travail leur sera donné immédiatement. Il demande aussi que l’on dégage au frais de la ville tous les objets engagés au Mont de Piété dont le prêt ne dépasse pas 10F.

Une médaille frappée à l’occasion de la nomination d’Adolphe David comme commissaire spécial du gouvernement pour l’arrondissement de Reims

Chargé de la question financière et industrielle, David est nommé le 1 mars commissaire du gouvernement par décret de Ledru-Rollin. Adolphe David accepte mais demande d’avoir Eugène Courmeaux comme adjoint à la sous-préfecture.

Si l’administration provisoire veut qu’on assure de l’ouvrage à tous les ouvriers et promet d’aider les patrons à payer la main d’oeuvre inutilement employée en occupant tous les bras devenus libres dans les ateliers communaux (entre 2.000 à 3.000 personnes) , l’argent fait cruellement défaut. Les caisses de la ville sont à peu près vides. Qu’a cela ne tienne après consultation … d’un grand nombre de bourgeois, le conseil vote un impôt révolutionnaire de 400.000F.

Le cardinal Gousset

De son côté, le cardinal Gousset forcé de reconnaître la chute de la royauté remplace la prière d’usage pour le chef de l’Etat par la prière « Domine salvum fac populum » (« Seigneur, sauve le peuple ».)

Le projet de fonte de la statue de Louis XV, remplacée par celle de Colbert ne de fait pas « au nom de l’art » plaide Courmeaux.

Le 2 avril un arbre de la Liberté (un peuplier) est planté sur l’emplacement de la croix de la mission démolie en 1830.

Mais la Révolution menace à nouveau quand le Ministre des travaux publics refuse qu’il y ait des ouvriers envoyés pour ouvrir sur la ligne de chemin de fer Reims-Epernay le chantier du tunnel de Rilly-la-Montagne. Le conseil réduit le prix de journée de à 25F pour les ouvriers communaux dont il dissout les ateliers après l’organisation de barricades sur le chantier de la Porte Mars. Il faut l’intervention à Paris de Courmeaux puis de David pour qu’un crédit de 800.000F soit débloqué pour le tunnel de Rilly. Les ateliers municipaux peuvent redémarrer le 15 avril.

Vote d’autres mesures sociales

Le conseil vote de nouvelles mesures:

-Tout citoyen de 21 à 55 ans peut être convoqué dans la Garde nationale comme soutien à la République,

–les journaux entravant la presse populaire ne seront plus cautionnés,

–baisse du prix du pain à 75 centimes pour 3 kg,

-abolition des droits d’entrée sur les boissons, la viande, l’impôt sur le sel,

-baisse du prix des loyers,

-suppression du personnel du haut clergé et baisse des appointements des grands dignitaires de l’église,

-abolition complète et immédiate de l’enseignement mis en vigueur par les prêtres et les rois.

Fatigué, malade, Adolphe qui son poste de commissaire général de l’arrondissement de Reims le 9 juillet.

Fin juillet lors de la première élection municipales au suffrage universel, même si Mennesson et David sont réélus, les conservateurs font un retour à Reims en force avec Carteret, Belin, Werlé, Richardot. Cinq mois plus tard, Louis Napoléon Bonaparte est élu président de la République française.

Le 26 février 1849 Adolphe David meurt. Il était marié depuis 1837 à Alexandrine Victoire Lambert (1808-1889) .

Après sa mort prématurée, son associé et gendre, Jules Warnier, prit la direction des établissements Warnier-David.

Le vent tourne

Signe que les idées socialistes rémoises déplaisent à Paris. Le sous préfet de Reims est muté pour avoir assisté aux obsèques de David. Le succès des listes socialistes au cantonales de mai 1849 va exaspérer un peu plus l’Etat.

Pour avoir dénoncé l’expédition de Rome et la suspension du préfet, demandé la reconnaissance de « la République démocratique et socialiste » et organisé la distribution d’armes aux ouvriers pour entrer dans la Garde nationale, dix sept amis de David sont arrêtés pour « complot contre la sûreté de l’Etat » et placés en détention. Courmeaux perd son poste de bibliothécaire, Maldan celui de médecin de l’administration.

Source: Histoire de Reims par Georges Boussinesq et Gustave Laurent; lettres de Pierre Dubois à Nicolas David

Alain MOYAT

Eugène courmeaux: infatigable défenseur du peuple laborieux

Photo AM 2021

Mangée par les pluie acides la colonne tronquée sous laquelle repose Eugène Courmeaux voit s’effacer année après année le nom de ce rémois trop méconnu. Témoin de la révolution de 1848, de la fin de règne de Louis-Philippe, de la seconde République et de l’Empire rétabli par Napoléon III après son coup d’Etat, Courmeaux « partisan d’un socialisme dans le calme et sans débordement » paya avec plusieurs exils un lourd tribut pour avoir résisté aux gouvernements pas assez près du peuple laborieux à son goût. Homme de lettres, bibliothécaire, secrétaire général du théâtre du Châtelet à Paris, défenseur de la poésie, il fut aussi représentant des maisons de champagne Mumm. Conseiller municipal de 1871 à 1874, Courmeaux fut aussi conseiller général du 3 ème canton (1871-1881) puis député de 1881 à 1891 soutenu par « la liste Démocratie ouvrière et socialiste. » Infatigable épistolier, journaliste dans plusieurs journaux rémois et marnais, écrivain, il laisse de nombreux écrits sur son époque et des contemporains.

Révolté par la misère des rémois laborieux

Eugène Courmeaux (1817-1902)BM Reims

Né rue de Vesle à Reims le 15 février 1817 Philippe Eugène Pierre Courmeaux, bercé aux sons du bourdon de la cathédrale suit des études à l’institut Pardonnet avant d’aller au lycée de Reims puis de suivre une école de droit à Paris. Témoin d’un duel avec mort d’homme il doit se réfugier à Francfort pour échapper à la prison. Il épouse à Paris, en 1842, Marie Joséphine Chocardelle (1818-1888)

Nommé en 1843 adjoint conservateur de la bibliothèque municipale qui se trouvait alors dans l’hôtel de ville, Courmeaux qui demande demande des réformes est révolté par la prospérité grandissante de la bourgeoisie d’affaires dans une ville où la misère des ouvriers est croissante, où les très jeunes filles doivent se prostituer après le travail pour faire bouillir la marmite familiale. Franc Maçon, membre de la loge « l’union parfaite », Courmeaux est membre de l’Académie de Reims.

Militant lors de la révolution de 1848 et partisan d’une calme révolte, opposé à « Napoléon III le petit » qui finalement gagne l’élection présidentielle, Courmeaux est emprisonné six mois et demi pour « complot socialiste ». S’il est finalement acquitté en 1849, il a été entre temps viré de la bibliothèque. Et ses ennuis continuent. Condamné en 1851 à un an de prison pour « offense au président de la République » (dans un article intitulé : « Où allons nous? Où nous conduit M.Bonaparte ? « , il avait pressenti et dénoncé un futur coup d’Etat de Napoleon qui rétablit bien l’Empire le 2 décembre 1851) Courmeaux s’enfuit et s’exile en Belgique .

Si avec le maire Werlé, nommé par décret, Reims connaît une belle croissance de 1852 à 1868 les libertés publiques sont supprimées. Au grand dam de Courmeaux. Pour vivre, revenu à Reims puis à nouveau reparti par prudence en Belgique, l’ancien bibliothécaire devient courtier pour les maisons de Champagne Jules Mumm et Cie et GH Mumm & Cie. Son rôle: créer des agences sur le littoral méditérranéen et en Orient. L’occasion pour lui de voyager dans toute l’Europe et d’observer et de commenter la guerre de Crimée mais aussi d’avoir quelques problèmes en Italie pour être rentré en relation avec Garibladi.

Durant deux ans, (1869-1870)Courmeaux qui avait déjà réécrit une partie la pièce d’honoré Thomas: « Richelieu ou la journée des dupes » devient secrétaire général du théâtre du Châtelet. Il corrige notamment des pièces de théâtre d’Alexandre Dumas, père; publie une biographie de Victor Hugo, deux exilés qu’il avait croisés. Après avoir apporté son soutien au gouvernement d’union nationale de Léon Gambetta, il adhère au parti républicain rémois . Collaborateur très productif de « l’indépendant rémois », du Progrès de la marne », du « radical de l’Est » . Il crée le« Franc Parleur rémois », et plusieurs articles contre De Broglie, président du conseil et l’archevêque de Reims lui coûtent quatre condamnations pour diffamation et six mois de prison. Membre cette fois de « la Loge de la sincérité », du Comité démocratique, du Comité rémois de la ligue de l’enseignement, il se présente aux élections législatives « pour améliorer la condition morale et matérielle des travailleurs. Fervant défenseur de la République, visionnaire, il défend aussi l’idée que « la République est une ancre de salut qui peut devenir le noyau initiateur de la fédération des Etats unis d’Europe que la démocratie internationale réalisera un jour. »

Lors des élections municipales de novembre 1874, bien que réélu sur la liste de l’extrême gauche ouvrière, Courmeaux préfère démissionner, n’acceptant pas le comportement des Républicains modérés et la victoire du royaliste Louis Victor Diancourt.

En 1879, bien qu’en tête du premier tour des élections législatives , Courmeaux est battu au second tour par une coalition avec à sa tête Louis Victor Diancourt.

Député en 1881 à 64 ans

Pas abattu pour autant Courmeaux sera finalement élu député en 1881 sur la « Liste Démocratie ouvrière et socialiste. » Inscrit à l’extrême gauche, il vote avec les radicaux intransigeants de Clémenceau. Il votera notamment la gratuité de l’enseignement, l’élection du maire et des adjoints par le conseil municipal. Il milite pour la liberté syndicale, une école obligatoire, laïque et neutre et une armée sédentaire. Contre le scrutin de liste il soutient la représentation proportionnelle. Il demande la suppression des fonds influant dans les journaux et veut la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

De 1881 à 1888 il occupe les fonctions de publiciste à l’Avenir de l’Est. Il récupère son poste de bibliothécaire en 1887 . Responsable des archives du musée, il occupera ces fonctions jusqu’en 1895. Il rédigera notamment un catalogue du fonds rémois et des incunables de la bibliothèque.

Eugène Courmeaux mourut le 21 novembre 1902.

Pour son éloge funèbre, Félix Mennesson Champagne dit de lui: « Il semblait puiser dans la lutte même des forces nouvelles. Loin de l’abattre, la lutte l’exaltait. »

Courmeaux voulut comme épitaphe: « Pro jure diu luctatus, meliora sperans ». « Ayant lutté longtemps pour le droit, espérant des évènements meilleurs. »

Source: la vie rémoise d’Eugène Dupont. Eugène Courmeaux d’Hervé Paul; plusieurs articles de presse du début du XX ème siècle; wikipedia.

Alain MOYAT


Jean-Baptiste Pierre Léon Jeuge, dit Jean d’Arvor, grand-père de PPDA

Force est de reconnaître que son petit fils, plus connu sous les initiales de PPDA (Patrick Poivre D’Arvor), journaliste de TF1 et écrivain, est plus connu que lui. Reste que les amateurs de poésie apprendront que Jean-Baptiste Pierre Léon Jeuge, dit Jean d’Arvor (1883-1970), arrivé à Reims en 1928 a laissé de nombreux poèmes à la postérité dont plusieurs sonnets qui évoquent la cathédrale de Reims et lui ont valu la médaille d’argent de l’Académie de Montauban et un prix au 22ème congrès des Écrivains de France à Reims en 1953.

Rien ne prédisposait pourtant cet auvergnat, né à Pionsat (Puy de Dôme), très tôt orphelin à prendre la plume pour ciseler des poèmes de gloire et de foi sur sa région natale puis sur sa ville de Reims d’adoption célèbre pour sa cathédrale Notre-Dame.

En effet, c’est dans le travail du cuir, à Montluçon qu’il commença sa vie professionnelle. Mais c’est la découverte d’un atelier de reliure qui lui donna le goût de la littérature puis de l’écriture. Manufacturier dans une usine de caoutchouc à Clermont-Ferrand, c’est en 1928 qu’il arriva ainsi à Reims pour monter une affaire de gros en chaussures.

PPDA s’attribue le pseudo de son grand-père

Jean-Baptiste Jeuge épousa Eugénie Alexandrine Jouannet, puis Marie Victorine Nore 1896-1972).

Sa fille Madeleine Jeuge épousa Jacques Poivre. De cette alliance sont issus le journaliste Patrick Poivre d’Arvor (1947) et le romancier Olivier Poivre d’Arvor (1958), tous deux nés à Reims, 22, rue Talleyrand.

À l’occasion de l’inauguration de la rue (à l’intersection de la rue Monseigneur Georges Béjot et des rues du Docteur Serge Bazelaire et Joannès Brochet) , la famille a fait graver sous l’épitaphe de Jean-Baptiste Jeuge son pseudonyme d’écrivain : Jean d’Arvor.

Patrick Poivre s’est officiellement attribué le pseudonyme de son grand-père d’Arvor .

Jean d’Arvor a aussi sa rue à Pionsat (63) depuis 2013.

Jean-Baptiste Jeuge et sa seconde épouse reposent au cimetière du Nord.

Source: généalogie d’Alain Garric, Wikipedia, les rues de Reims de Jean-Yves Sureau

Alain MOYAT

Etienne Alfred Luton vulgarise les injections hypodermiques

Le canton 7 du Cimetière du Nord abrite la tombe du Docteur Etienne Alfred Dupont né à Reims en 1830 et décédé en 1896.

Docteur en médecine en 1859, suppléant d’anatomie et de pathologie interne à l’hôtel Dieu, il fut titulaire de la chaire de la clinique interne et nommé en 1861 directeur de l’école de médecine et de pharmacie de la ville.

Si les Rémois connaissent la place qui porte son nom et accueille tous les jeudis un marché apprécié, peu savent que ce médecin fut l’un des premiers à vulgariser en France l’usage des injections sous cutanées à effet local (seringue de Pravaz). Un sérum porte même son nom: le sérum Luton employé contre la diarrhée cholériforme enfantine.

La seringue de Pravaz

On lui devrait aussi le traitement du goître par les injonctions interstitielles de teinture d’iode.

Marié à Louise Olympe Angéline Tonnelet, Alfred Luton était aussi poète et amateur d’art. Il travailla aussi au dictionnaire de médecine et de chirurgie et fit un essai sur la guérison de l’alcoolisme par la strychine.

Pour la petite histoire, son arrière petite fille Monique Luton (1924-2005) était écrivaine sous le nom de Claude Orcival. Elle était l’épouse d’Alain Peyrefitte, successivement ministre de la Justice, des Affaires culturelles et de l’environnement, des Réformes administratives, de l’Education nationale, de la Recherche scientifique et de l’Information.

Si Alfred Luton a une place à son nom, on le doit à un mécène Eugène Parmentier qui offrit en 1899 le terrain à la ville à la condition qu’elle portât le nom du fameux médecin.

Son fils Ernest dans ses pas

Fils d’Etienne Luton, Ernest Luton (1863-1916) consacra aussi sa vie à la médecine. Il fit sa thèse à la faculté de Paris sur le thème: « le traitement de la tuberculose par les sels de cuivre. » En 1896 il conseilla l’utilisation de l’eau oxygénée en injections pour le traitement du psoriasis.

Sources: la vie rémoise d’Alfred Dupont, Wikipédia, presse locale.

Alain MOYAT

Isaac, fils de Jonathan Holden, expert en peignage de la laine

Depuis 1890 les corps de la famille Holden qui reposaient dans le cimetière du Nord ont été transférés à Bradford (Grande-Bretagne)

L’élégant buste posé sur un joli marbre de Carrare sculpté par Joseph Wary dans le canton 25 du cimetière du Nord et signé Thomsen rappelle la mémoire d’Isaac Holden (1861-1889). Le nom de sa mère née Tamar Gill (1828-1892)épouse de Jonathan Holden est aussi inscrit sur la tombe. Mais depuis 1890, la sépulture est vide. Leurs corps ont été rapatriées à Bradford (Grande Bretagne).

Cet élégant vingtenaire était le fils du grand industriel anglais Jonathan Holden (1828-1906) créateur en 1880-1881 d’une usine de peignage située Bd Dauphinot et baptisée « les Nouveaux anglais »; un génial industriel par ailleurs créateur d’une entreprise d’omnibus hippomobiles à Reims, mécène d’une fanfare à Reims et financeur aussi du pavillon bibliothèque-municipale , faubourg Cérès, Place Brouette, réalisé par l’architecte Narcisse Brunette (1888).

Ne pas confondre Isaac Holden et … Isaac Holden

Quelques années collaborateur de l’industrie créée par son père Jonathan, Isaac Holden, décédé très jeune, ne doit pourtant pas être confondu avec le hollandais Isaac Crothers Holden son grand oncle , créateur d’une usine de peignage en 1853 à Reims. Une usine baptisée « usine des Anglais » dont la cheminée culminait à 85m de hauteur au dessus du Bd Saint-Marceaux était située à l’angle des rue des Moissons et Houzeau Muiron.

Une brouille familiale génératrice de… misérables

Jonathan Holden p ère d’Isaac Holden mort très jeune (1861-1889)

Pour la petite histoire on retiendra que Jonathan, le père du jeune Isaac Holden avait appris le métier de peigneur dans l’atelier créé à Saint-Denis chez son oncle Issac Holden. Devenu directeur de l’usine des Anglais créée ensuite à Reims par son oncle associé à Brumley de Bradford, moyennant 20% des bénéfices, Jonathan coupa le cordon ombilical familial quand on lui interdit de créer à son tour une manufacture. En 1880, il fonde alors l’usine des Nouveaux anglais » et crée 75 peigneuses circulaires utilisant le principe des égratteroneuses Harmel qui enlevaient automatiquement les crochets végétaux qui s’accrochaient à la laine des moutons, un travail accompli jusque là avec leurs lèvres par des ouvrières !

On estime qu’en 1880, 89 fabricants représentant 709 peigneuses produisaient 24.800 kg de laine par jour.

Si la brouille familiale a pour effet d’augmenter la production de laine peignée et au final de créer tout de même pas mal d’emplois sur le bassin rémois, force est de souligner que les conditions de travail dans les usines étaient difficiles. A tel point qu’en avril 1880 une révolte prolétarienne s’est développée à Reims avec plus de 12.000 ouvriers/ouvrières qui sont mis en grève 33 jours. Ils réclamaient de ne plus travailler 11 heures par jour mais dix heures et voulaient un peu plus de temps pour prendre leur deux repas au cours de la journée de travail.

La querelle entre les deux Holden eut aussi pour conséquence de voir Isaac Holden demander à l’architecte Alphonse Gosset de construire dans les dépendances de son « usine des Anglais », rue des Moissons, un temple pour les anglicans.

Du côté de son neveu, à la demande de sa seconde épouse née Ellen Sudgen, les obsèques de Jonathan Holden le 7 février 1906 eurent lieu au Temple en présence du général Mayniel; de l’association de la Légion d’honneur, des médaillés militaires et de la Gauloise. « Selon le désir du défunt, ni fleurs, ni couronnes. » Et ces deux citations: « Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur! Oui, dit l’esprit, car ils se reposent de leurs travaux et leurs oeuvres les suives « (Apoc XIV 13).

« En vérité, en vérité, je vous le dis: celui qui croit en moi a la vie éternelle » (Jean VI 47).

Alain MOYAT

(1)Une usine dans laquelle s’est installée la firme Electrolux en 1957)

Source: la vie rémoise d’Eugène Dupont; article de presse du début du XXème siècle: le courrier de la Champagne; wikipédia.

Frère Arnould déclaré bienheureux par le pape

Une pensée de Frère Arnould:  » Les Saints se forment, non pas par des oeuvres extraordinaires, mais par leur fidélité à bien faire ce que Dieu veut.

D’origine modeste, mais très courageux, Jules Rèche, devenu novice chez les Frères des écoles chrétiennes sous le nom de Frère Arnould est décédé en 1890. Il a été proclamé bienheureux en 1987 par le pape.
Le Cimetière du Nord abrite-t-il un Saint? « Pour cela, il faudrait un deuxième miracle ou plus exactement une deuxième guérison d’une personne qui aurait intercédé avec succès auprès de Frère Arnould. Une guérison stable et inexpliqué par le monde médical «  explique le plus sérieusement du monde Emile Noirez, Frères des écoles chrétiennes. En effet, s’il a été enterré en octobre 1980 dans le carré des Frères, au fond du cimetière du Nord, si les bombardements de 1914-1918 ont bouleversé sa sépulture, considéré de son vivant comme « un saint homme », Frère Arnould, Jules-Nicolas Rèche pour l’état-civil a été proclamé Bienheureux le 1 novembre 1987 par le pape Jean-Paul II. Un grand pas vers la canonisation. Sur les pas de Jean-Baptiste de la Salle, son prédécesseur chez les Frères des écoles chrétiennes présentes aujourd’hui dans 85 pays du monde.

Frère des écoles chrétiennes

Rien ne prédestinait Jules Nicolas Rèche, natif de Landroff (Moselle)a faire parler de lui. Fils d’une famille nombreuse il est condamné dès l’âge de 10 ans à travailler.
Successivement valet de ferme, cocher, il devient charretier sur le chantier de construction de la basilique Notre-Dame Saint-Remi de Charleville-Mézières. Et se plaît à catéchiser ses proches.
Lors de cours du soir qu’il suit assidûment, il découvre les Frères des écoles chrétiennes dont il veut aussitôt suivre l’exemple. « Sa vocation tardive pour l’époque le conduit à Beauregard Thionville » explique Emile Noirez. Après un an au noviciat, désormais revêtu d’une soutane à rabats blancs, Jules Nicolas devenu Frère Arnould (du nom d’un ancêtre de Charlemagne) entre au pensionnat Saint-Joseph de Reims créé par les Frères.
Il enseigne l’agriculture, prépare des jeunes à l’école des Arts et Métiers. En 1877 désormais maître des novices, il forme de futur religieux au noviciat de Thillois (l’actuel lycée privé agricole).
Il suit ce noviciat dans son déménagement à la maison du Sacré-Coeur et en devient le directeur général. Atteint d’une congestion cérébrale il s’éteindra le 23 octobre 1890.
Honorer un modèle « Spirituel, pieux, attentif, méritant de son vivant. On dit que des phénomènes extraordinaires se seraient produits sur son intercession. Frère Arnould considéré par ses contemporains comme un saint homme se devait d’être proposé comme un modèle en 1905 » poursuit Emile Noirez.

De nombreux passants allument des bougies sur sa tombe au cimetière du Nord
Une bande dessinée de Michèle   Ardisson met à l’honneur la vie de Nicolas Roland

« Ses écrits furent épluchés, les témoignages de ceux qui l’avaient connu cossignés. Mais en raison des lois anti-congrégations religieuses, puis de la guerre 1914, puis la suivante, le procès en béatification reprit en 1937 fut à chaque fois repoussé alors que le nombre de faveurs obtenues par l’intercession de Frère Arnould allaient s’accentuant. »
Il reprit sous le ministère du regretté cardinal Marty. « En Haute-Saône, une femme qui était atteinte d’un cancer du sein et qui invoqua Frère Arnould fut miraculeusement guéri » explique le frère des écoles chrétiennes,  » en dehors des lois normales de la médecine. »
Frère Arnould gagna son « galon »de Bienheureux, dernière marche avant d’être canonisé, de devenir un Saint.
Il faudra pour cela n nouveau miracle. Le tribunal diocésal charger de mener le procès en canonisation devra alors se réunir.
Si son verdict est favorable, le dossier sera transmis à la congrégation pour les Saints à Rome.
Mais Dieu seul sait quand!

Alain MOYAT

(Article écrit en 1998 + 2021)


Fallait-il vraiment refaire comme ça le buste de Marie-Louise Godbert?

Il y a encore quelques années, lors des journées du patrimoine, le public avait l’habitude de s’arrêter longuement pour admirer dans le Canton 7 le superbe monument dessiné par Auguste Dufay avec des sculptures de Joseph Wart et surmonté par un marbre affichant un superbe buste représentant Marie-Louise Deverly, l’épouse de Rose Croix Godbert décédée douze ans après lui.

Aujourd’hui, force est de constater que la surprise et la déception sont immenses en voyant l’interprétation qu’en a fait une plasticienne rémoise par ailleurs très brillante. Rien à voir avec l’esprit du mausolée et de la sculpture originale réalisée par Emile Peynot dérobée dans les années 2000 (1)

Pour la petite histoire, il faut savoir que Rose Croix Godbert (1818- 1897)fut en quelque sorte un généreux self made man . En effet, commençant en bas de l’échelle comme apprenti tisseur il a su par son immense travail s’imposer comme l’un des plus grands manufacturiers textile rémois de son époque.

On rapporte que, sans doute gêné par son prénom (les Rose-Croix étaient en quelque sorte une secte qui prétendait posséder la sagesse (2) il préféra qu’on l’appelle toute sa vie Godbert Jeune. Conseiller municipal, censeur à la Banque de France, juge au tribunal de commerce, président de l’association des déchets, Godbert jeune « passa »dit-on « sa vie à faire du bien. » Dans le domaine sportif notamment en finançant une société de gymnastique réputée en France ainsi qu’un club de tir.

Par deux fois l’immeuble a failli être détruit. (photo la vie rémoise)

Homme de goût il se fit construire un superbe hôtel particulier Place Cérès qui faillit disparaître en 1972 victime de bâtisseurs sans scrupules qui voulaient édifier un immeuble de cinq étages à la place. Il fallut l’intervention de la volontaire Arlette Rémia, par ailleurs defendeur du Cimetière du Nord pour que le permis de démolir soit annulé. Une autre tentative avorta aussi quelques années plus tard.

Alain MOYAT

(1)C’est un point de vue personnel. Et vous, qu’en pensez-vous? Vous avez le droit de vous exprimer et de donner votre avis dans les commentaires)

(2) Confrérie de la rose croix, secte illuminée du commencement du XVIIe siècle, qui prétendait posséder la sagesse et la piété au suprême degré, forcer à son service les esprits et les démons, et procurer la prochaine instauration de toutes les choses de ce monde en un meilleur état (voy. NAUDÉ, Rose-croix, IV, 2).

Claude Goiot, mécène du crématorium du cimetière de l’est

La tombe est dans le canton 9. Photo AM 2021)

On le sait, on le dit souvent: « nul n’est prophète en son pays ». Ce dicton pourrait être attribué au président fondateur de la ligue rémoise de la Libre pensée Claude Goiot (1807-1892). Un bouffeur de curés qui fut pourtant crématisé au cimetière du Père Lachaise à Paris, onze ans avant l’inauguration du premier crématorium rémois, au cimetière de l’Est, grâce à l’important legs qu’il avait laissé pour permettre cette réalisation.

Natif de Saint-Thierry où il a vu le jour le 12 octobre 1807, Claude Goiot, architecte métreur fut conseiller municipal socialiste à Reims (1884).

Estimant sans doute qu’il n’y avait aucun argument rationnel en faveur de l’existence de Dieu, Claude Goiot s’affranchit assez vite de toute religion, de tout dogme religieux. En créant en 1872 la ligue rémoise de la Libre Pensée, il officialise sa philosophie personnelle et rêve au terme de sa vie (1) à être incinéré. Il le fut, mais pas dans sa ville de coeur. Crématisé à Paris, ses cendres demeurèrent dans le caveau de la ville (canton 2) avant que sa famille ne fasse l’acquisition d’une concession au Cimetière du Nord.

Si l’ancien conservateur du site Alphonse Rocha n’a pas trouvé trace de translation des cendres de Claude Goiot dans la concession familiale acquise finalement dans le canton 9, un autre spécialiste rémois des cimetières Jean-Yves Sureau affirme le contraire. Selon lui, les cendres de Claude Goiot ont été divisées en quatre et se partageraient sur quatre communes: le cimetière du Nord, le cimetière de l’Est, Saint-Thierry et Quatre-Champs, patrie de sa maman.

Claude Goiot a financé quasiment totalement le crématorium du cimetière de l’Est dont il reste encore une partie aujourd’hui

Le crématorium du cimetière de l’Est inauguré en 1903 a fonctionné jusqu’en 1972.

(1)Claude Goiot est mort à Châlons-sur-Marne. Il était mariée à Antoinette Pauline Charloteau (1816-1839)

Alain Moyat

Philippe Honoré Deglaire: le curé qui soulagea tous les malheureux

(Photo AM 2021)

Enterré au Cimetière du Nord Philipppe Honoré Deglaire a eu droit à une sépulture imposante sous la forme d’une très belle tombe, dans le canton 6. Sous l’imposant crucifix qui surplombe sa stèle, on peut admirer un joli médaillon réalisé par le sculpteur Léon Chavaillaud.

(Photo AM 2021)

Un détail: le visage du curé a été touché par un éclat d’obus durant la guerre et son oeil présente une large ouverture. « Cà fait la joie des petits oiseaux qui y font chaque année leur nid » avait remarqué l’ancien conservateur des lieux Alphonse Rocha.

Natif de Dom le Mesnil (Ardennes où il a vu le jour le 16 janvier 1832, Philippe Honoré Deglaire a suivi des études au séminaire de Reims. Il est ordonné prêtre en 1856 par Mgr Gousset et nommé vicaire à la basilique Saint-Remi . C’est en 1862 qu’il est choisi comme vicaire de la cathédrale de Reims où il s’occupe de la chorale Notre-Dame mais assume surtout la charge de secrétaire particulier du cardinal Gousset.

Philippe Honoré Deglaire fut aussi président de l’Académie de Reims.

Il est notamment l’auteur de: « Le Cardinal Gousset, archevêque de Reims » et de :

Il mourut subitement le dimanche 27 octobre 1889 après avoir normalement dit sa messe paroissiale le matin .

Inscription dans la cathédrale

Philippe Honoré Deglaire a sans nul doute vraiment marqué les esprits à Reims car son nom est gravé dans un marbre apposé sur un mur de la cathédrale de Reims à droite des orgues. Avec cette belle inscription: « Il soulagea les malheureux, orna la maison de Dieu, fonda une école pour les pauvres, réconcilia les mourants et fut l’ami de tous les paroissiens.

Alain MOYAT

LE CIMETIÈRE DU NORD EN QUELQUES DATES

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est cim-vue-generale-10.jpg
Photo AM 2021

1786.-Cette vaste enceinte aux portes de Reims fut désignée en 1786 pour la sépulture commune des habitants de Reims par Jean-Baptiste Caqué, médecin qui y repose depuis le 5 septembre 1805.

1787.-Le 8 juillet le cimetière est béni par Mgr de Tricomie. Il mesure 3 arpents de long et 50 toises de côté. Il y a 200 toises de murailles de 14 pieds de hauteur.

1 arpent = 58,47m. La toise: 1,949m

1814.-Un colonel russe est inhumé par le clergé de Notre-Dame

-Un boulet de canon russe brise la pierre funéraire de Dom Warenflot.

1822.-Inhumation de Louis Amateur Polliart et de sa femme née Marie-Jeanne Joltrais décédés à quelques heures d’intervalle.

1824.-En avril le conseil municipal décide la vente de concessions perpétuelles.

1825.-Arrêté réglementant la vente de concessions perpétuelles et obligation de soumettre les projets de monuments et d’épitaphes à la municipalité.

1830.-En août, la croix de la mission et le crucifix déposés dans la chapelle Sainte Croix.

-Trouvaille de 200 pièces d’or à l’effigie de Pertinax et Albin.

1833.-Selon le principe: « Après la mort l’égalité commence » on mure la porte qui conduisait aux tombes protestantes et israélites. Le portail d’honneur réservé jusque là aux catholiques servira à tous.

– Premier agrandissement du cimetière et découverte de tombeaux de plâtre avec inscriptions.

1835.-En juin découverte d’une sépulture romaine.

1837.-On accorde des concessions temporaires.

1840._Un essaim d’abeilles attaque des personnes qui accompagnaient le corps d’un major de la Garde nationale.

-Réparation de la chapelle

1844.-Le 3 avril inhumation de Jean-Baptiste Drouet d’Erlon

-Le 1 novembre mort subite de la femme d’un bottier de la ville en franchissant la grille du cimetière.

1845.-Adduction d’eau dans le cimetière.

1852.-Sortie d’un réglement général du cimetière.

-Deuxième agrandissement du cimetière.

1869.-28 avril: concession à perpétuité à l’abbé Charlier fondateur de l’orphelinat de Béthléem.

1871.-Février: inhumation de l’abbé Miroy fusillé par les Prussiens à proximité du cimetière

Source: notamment: annales de l’Académie tome 1 pages 345 et 346. Povillon Piérard MSS 1885 fos 209 à 216

(à compléter)

Coup de projecteur sur le plus ancien cimetière de la ville de Reims ouvert en 1787.